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Pr Bouderda Zahia, pédiatre au CHU de Constantine

Diabète de l’enfant en Algérie : L’alerte et l’espoir du Pr Bouderda Zahia

Après plus de quatre décennies consacrées à la diabétologie pédiatrique, le Pr Bouderda Zahia, pédiatre au CHU de Constantine, dresse un constat sans détour : le diabète de type 1 progresse de manière préoccupante chez l’enfant en Algérie.

Par Rania N.

Entre hausse de l’incidence, avancées technologiques et nouvelles pistes thérapeutiques, elle revient sur l’évolution de la prise en charge et les perspectives d’avenir.

Quarante-deux ans au service des enfants diabétiques

Professeure en pédiatrie et ancienne médecin-chef au CHU de Constantine, le Pr Bouderda Zahia a consacré près de 42 ans à la prise en charge du diabète de l’enfant.

Au début de sa carrière, elle suivait non seulement les patients de Constantine, mais également ceux d’autres wilayas, à une époque où les structures spécialisées étaient encore rares. Progressivement, la formation de nouveaux spécialistes a permis d’élargir la prise en charge à travers le pays.

Car, pour elle, le soin ne pouvait être dissocié de la transmission. «Il était essentiel d’assurer la relève», souligne-t-elle, insistant sur l’importance de former de jeunes médecins capables de répondre à l’augmentation des cas.

Une progression préoccupante du diabète de type 1

Le constat épidémiologique est clair. À la fin des années 1980, l’incidence du diabète de type 1 était estimée entre 8 et 10 nouveaux cas pour 100 000 enfants. Aujourd’hui, elle dépasse les 30 à 35 cas pour 100 000. Une augmentation significative qui confirme l’expansion de cette maladie chronique, déjà considérée comme l’une des plus fréquentes chez l’enfant après l’asthme. Cette évolution impose une adaptation constante des stratégies de prise en charge et de dépistage.

Une maladie lourde, mais des outils de suivi en progrès

Le diabète de l’enfant reste une maladie contraignante, nécessitant une surveillance quotidienne rigoureuse. Injections d’insuline, contrôles glycémiques répétés, adaptation de l’alimentation et de l’activité physique : la charge est importante, aussi bien pour l’enfant que pour sa famille.

Cependant, les avancées technologiques ont profondément transformé le suivi. Les capteurs de surveillance continue du glucose permettent désormais un contrôle en temps réel de la glycémie.

Même si certaines valeurs doivent encore être confirmées par une glycémie capillaire, ces dispositifs représentent un progrès majeur. Ils sont particulièrement utiles chez les jeunes enfants, les adolescents en période d’examens ou de déséquilibre glycémique, ainsi que chez les femmes enceintes diabétiques nécessitant un contrôle strict.

Au-delà du suivi médical, ces outils participent à l’éducation thérapeutique. Ils aident l’enfant et sa famille à mieux comprendre l’impact de l’alimentation, de l’activité physique ou des doses d’insuline sur la glycémie, favorisant ainsi l’autonomie.

De l’insuline aux nouvelles thérapies : un siècle d’innovations

Depuis la découverte de l’insuline en 1922, les progrès ont été constants. Les premières insulines étaient peu purifiées et exigeaient de nombreuses injections quotidiennes. Les formulations se sont progressivement améliorées, rendant le traitement plus sûr et plus confortable.

Aujourd’hui, de nouvelles pistes sont explorées :

  • Le glucagon inhalé pour traiter les hypoglycémies sévères ;
  • L’immunothérapie pour retarder l’apparition du diabète de type 1 chez les patients à risque ;
  • Des stratégies visant à maintenir le plus longtemps possible les stades précoces de la maladie avant le recours définitif à l’insulinothérapie.
  • Ces innovations ouvrent des perspectives encourageantes pour les années à venir.

L’importance cruciale du diagnostic précoce

Pour le Pr Bouderda Zahia, un point reste fondamental : le dépistage Il ne faut pas attendre l’acidocétose, complication grave traduisant une quasi-absence de sécrétion d’insuline. À ce stade, l’équilibre glycémique devient plus difficile à stabiliser.

Identifier la maladie à un stade très précoce, notamment chez les enfants porteurs d’auto-anticorps et à risque, permet d’améliorer la prise en charge et d’éviter les complications sévères.

Entre vigilance et espoir

Si la progression du diabète de type 1 chez l’enfant en Algérie est préoccupante, les avancées scientifiques nourrissent l’espoir. Recherche, innovations technologiques et nouvelles approches thérapeutiques laissent entrevoir des stratégies plus efficaces pour prévenir, retarder ou mieux contrôler cette maladie chronique.

Un message lucide, mais porteur d’optimisme, au service des jeunes patients et de leurs familles.

R. N.

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