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Réinventer l’imagerie médicale : Le pari audacieux de Fayçal Djeridane au nom des patients

Portrait

Dans les allées animées du salon SIMEM à Oran, entre stands ultramodernes et démonstrations technologiques, une voix tranche. Débit rapide, ton engagé, parfois incisif, souvent traversé par des moments d’émotion brute. Celle de Fayçal Djeridane, ingénieur-chercheur formé en Algérie, aujourd’hui à la tête de Olea Medical basée en France.

Il  s’agit d’une entreprise française spécialisée dans le développement de solutions logicielles avancées pour l’imagerie médicale en particulier pour l’analyse des données IRM et scanner représentée par Aures Medical.

Ses technologies visent à améliorer le diagnostic et le suivi des pathologies neurologiques, oncologiques et cardiovasculaires. En 2015, l’entreprise a été rachetée par le groupe japonais Canon Medical Systems afin de renforcer ses capacités en intelligence artificielle et en analyse d’images quantitatives.

Un retour en Algérie chargé d’émotion

La rencontre avec l’ingénieur, brillant mathématicien formé au lycée technique du Ruisseau à Alger, se fait au niveau du stand d’Aures Medical, où il est l’un des invités phares.

Un retour symbolique, après 32 ans d’absence. Mais très vite, l’échange dépasse le cadre du salon. Il devient personnel, engagé, presque urgent.

Face aux discours convenus, Fayçal Djeridane impose une conviction simple : «l’imagerie médicale doit servir le patient avant tout». Pas de démonstration marketing ici, mais une vision a lancé dès sa prise de parole lors du symposium animé à cette occasion. Celle d’une médecine affranchie des logiques industrielles.

Tout part d’une question qu’il pose comme un défi : pourquoi une imagerie de perfusion fiable chez l’adulte devient-elle incertaine chez l’enfant ? Une incohérence qu’il refuse d’accepter. Lorsqu’on lui suggère d’«injecter plus vite», il s’insurge : «On ne prend pas ce genre de risque avec des enfants».

Quand les mathématiques réinventent la médecine

Alors, il choisit une autre voie. Loin des standards médicaux classiques, il puise dans les mathématiques. En mobilisant des modèles issus de la balistique, de l’astrophysique ou encore de la géologie, et en s’appuyant sur les approches mathématiques, il développe des outils capables de corriger le bruit et les biais des images, notamment en pédiatrie.

Aujourd’hui, ses solutions sont déployées dans de nombreux hôpitaux à travers le monde. Elles permettent d’améliorer significativement la précision des diagnostics, notamment en imagerie de perfusion, un domaine clé dans la détection des cancers et des accidents vasculaires cérébraux.

Une conviction forte : remettre le patient au centre

Mais derrière l’innovation, il y a aussi un combat. Fayçal Djeridane critique ouvertement certaines pratiques de l’industrie. Selon lui, les marges d’erreur de certains outils peuvent fausser l’évaluation des pathologies.

«On ne peut pas se permettre l’approximation quand il s’agit de vies humaines», insiste-t-il. Une position rare dans un secteur dominé par de grands groupes, mais qu’il assume pleinement.

Son indépendance, il l’a construite en fondant Olea Medical en 2008. Une structure pensée comme un espace de liberté, où il peut remettre en question les standards et refuser les compromis. «La santé ne doit pas être dictée par le marché», tranche-t-il.

Aujourd’hui, son regard est tourné vers un défi encore plus ambitieux : éliminer l’usage des produits de contraste. Coûteux et parfois risqués, notamment pour les patients souffrant d’insuffisance rénale, ils restent pourtant largement utilisés.

Sa réponse repose sur une idée audacieuse : exploiter l’eau du corps humain comme signal naturel. Grâce à des techniques avancées de traitement du signal, il parvient à amplifier certains marqueurs liés aux cellules cancéreuses. Résultat : une détection potentiellement plus précoce des tumeurs, sans injection. «L’hydrogène devient un amplificateur naturel», explique-t-il.

Autour de lui, l’intérêt est palpable. Des collaborations se dessinent à l’international, du Japon à l’Europe, notamment autour de l’imagerie du cancer du sein sans produit de contraste. Une reconnaissance qui contraste avec son positionnement critique, mais qui confirme l’impact de ses travaux.

faucal djeridane au SIMEM

Une vision qui dépasse la technologie

Au fil de la discussion, une dimension plus intime apparaît. Une énergie, presque une tension intérieure, qu’il revendique sans détour : «toute la rage, je l’ai transformée en moteur».

Dans les couloirs du SIMEM, où l’innovation se mesure souvent en performances techniques, Fayçal Djeridane impose autre chose : une vision. Celle d’une technologie qui ne cherche pas seulement à aller plus vite, mais à aller mieux.

Un profil atypique, parfois dérangeant. Mais dans un secteur en pleine mutation, peut-être l’un de ceux qui redessineront les contours de l’imagerie médicale de demain.

Djamila Kourta

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