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Adnene Toumi, Professeur en maladies infectieuses hôpital Monastir en Tunisie et Vice-président de la société tunisienne de pathologies infectieuses

Adnen Toumi, Professeur en maladies infectieuses hôpital Monastir en Tunisie et Vice-président de la société tunisienne de pathologies infectieuses : «La résistance aux antibiotiques est un problème de santé publique»

Dans cet entretien, Pr Toumi avoue que la corporation des infectiologues fait face aujourd’hui, à des maladies infectieuses « plus difficiles à traiter » étant donné que l’agent causal que sont les bactéries, devient « plus résistant aux antibiotiques ». Il suggère comme, entre autres solutions, « d’approfondir davantage la réflexion sur les diverses politiques du bon usage des antibiotiques que l’on doit implémenter dans les structures sanitaires afin de réduire le risque de résistance de ces maladies ».

  • La participation tunisienne à des manifestations scientifiques organisées en Algérie et celle des Algériens en Tunisie est devenue désormais une tradition qui date de plusieurs décennies déjà. Comment expliqueriez-vous cette longue collaboration ?

C’est le résultat d’un échange permanent entre la société algérienne d’infectiologie et la Société tunisienne de pathologies infectieuses.
Chaque année, deux à trois intervenants tunisiens viennent prendre part à des événements à Alger comme c’est le cas, actuellement, pour le 6ème Congrès nationale de la Société Algérienne d’Infectiologie (SAI), (entretien réalisé pendant le Congrès du 21 au 23 novembre 2025).

Et nous avons toujours le plaisir d’accueillir nos amis et confrères algériens à Tunis à l’occasion de rendez-vous ayant trait à la médecine et tout ce qui est inhérent à ce domaine.

  • Vous avez pris part à cette rencontre en tant que communicant. Quel est, brièvement, l’objet de la communication que vous ont confié les organisateurs ?

Ma communication traite de la lutte contre la résistance aux antibiotiques devenue un véritable problème de santé publique.

  • Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur cette problématique ?

Les bactéries qui sont responsables de maladies infectieuses deviennent résistantes aux antibiotiques. En un mot, les antibiotiques ne sont plus efficaces comme ils l’étaient auparavant. Ce qui engendre un échec du traitement et entrainerait probablement la mort du malade.

Conséquence : nous faisons face, aujourd’hui, à des maladies infectieuses plus difficiles à traiter étant donné que l’agent causal que sont les bactéries, devient plus résistant aux antibiotiques.

Ma communication est axée sur l’amélioration de la prescription des antibiotiques dans les hôpitaux. C’est d’approfondir davantage la réflexion sur les diverses politiques du bon usage des antibiotiques que l’on doit implémenter dans les structures sanitaires afin de réduire le risque de résistance de ces maladies.

  • En quoi consiste cette implémentation ?

C’est d’opter pour une bonne collaboration entre les différentes spécialités à l’hôpital. Que les divers spécialistes coordonnent leurs efforts, discutent entre eux et décident, d’un commun accord, du traitement à prodiguer au malade. Cela d’une part.

D’autre part, l’on favorise l’éducation la formation des étudiants, des médecins, des spécialistes dans la thématique de la prescription des antibiotiques qui, jusqu’à présent n’est pas très développée.

Sans oublier le rôle du citoyen qui doit être mis au parfum quant au risque encouru en cas de mauvaise utilisation des antibiotiques, sans le conseil de son médecin traitant. L’on prévoit également la formation des jeunes médecins.

  • Cette collaboration s’étendrait-elle au secteur de l’industrie pharmaceutique et aux acteurs de la production et de la distribution des produits pharmaceutiques ?

Effectivement, l‘industrie pharmaceutique joue un rôle dans cette action d’envergure. Son apport consiste en la formation des jeunes médecins.

Il sert d’appui aux actions des sociétés savantes dans leur lutte contre les maladies infectieuses ou autres. Les industriels peuvent faire passer un message scientifique clair et correcte. Il ne faut pas que le bénéfice soit la seule motivation majeure de ces investisseurs.

Aujourd’hui, l’on ressent une prise de conscience du monde l’industrie pharmaceutique pour améliorer la communication scientifique fondée sur la science, les données de la science, l’efficacité et la formation.

  • Quelles solutions préconiseriez-vous pour résoudre toutes ces problématiques ?

Il faut mettre en place un plan stratégique national. Il faut que l’Etat s’approprie ce problème et élabore des lois afin de mieux organiser cette prescription des antibiotiques qui, faut-il le souligner au passage, ne concerne pas l’humain seulement mais touche aussi les animaux.

  • C’est ce qui est appelé communément : l’approche «One Health» (une seule santé) ?

Exactement. Par conséquent, des actions doivent être menées simultanément en milieux vétérinaire et agricole et d’autres pour la santé humaine.

Entretien réalisé par B.K.

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