Chaque été, des dizaines d’Algériens finissent aux urgences pour avoir simplement… mangé. Ils avaient commandé un sandwich, partagé un repas en famille, ou bu un yaourt frais sous le soleil. Quelques heures plus tard, ils vomissaient, avaient des crampes, de la fièvre, parfois des complications graves. Chaque été, le même scénario. Et chaque été, les mêmes questions : pourquoi ? Qui est responsable ? Comment prévenir ?
Pour Hassan Menouar, président de l’association de protection du consommateur Amane, le constat est sans appel : ce drame est évitable. Et il est temps d’en finir avec l’indifférence.
Intoxication alimentaire : une urgence sanitaire trop banalisée
«Une intoxication alimentaire n’est pas un simple “mal de ventre”. C’est une pathologie qui peut être grave, voire mortelle», alerte Hassan Menouar. Bactéries, toxines, virus ou parasites : derrière un plat appétissant peut se cacher un cocktail pathogène dangereux, surtout pour les plus fragiles – enfants, femmes enceintes, personnes âgées ou immunodéprimées.
Les agents infectieux responsables ? Salmonella, E. coli, Listeria… Invisibles à l’œil nu, mais redoutablement efficaces dans un environnement chaud et humide – autrement dit, l’été algérien.
Les aliments à haut risque : attention à ce que vous mangez
L’été est une période propice aux intoxications alimentaires. Pourquoi ? «Parce que la chaleur accélère la prolifération des bactéries, surtout quand la chaîne du froid est rompue», explique Hassan Menouar. En clair, un yaourt mal conservé ou une viande mal cuite peuvent devenir de véritables poisons.
Et les exemples ne manquent pas : viandes hachées achetées en boucherie, laits fermentés vendus en bord de route ou poissons exposés au soleil. «Le danger est partout, surtout lorsqu’il n’y a ni contrôle rigoureux, ni conscience chez les consommateurs», prévient-il.
Parmi les aliments les plus souvent incriminés, la viande hachée arrive en tête. «Elle devrait être interdite à la vente en été», tranche M. Menouar. Hautement périssable, ce produit nécessite une rigueur absolue en matière d’hygiène et de conservation. Un maillon faible dans cette chaîne, et le risque devient majeur.
Autres produits sous haute surveillance : laitages, œufs, salades mal lavées, fruits entamés exposés à l’air libre, mais aussi poissons vendus sans glace ni protection.
Une chaîne de négligence : commerçants, autorités, consommateurs
Hassan Menouar ne mâche pas ses mots. «Certains commerçants coupent l’électricité de leurs congélateurs la nuit pour économiser. Résultat : des produits sont décongelés puis recongelés. C’est criminel».
Mais la responsabilité est partagée. Le consommateur aussi doit s’éduquer. Beaucoup ignorent les règles d’hygiène de base : ne jamais recongeler un produit décongelé, éviter les aliments exposés en plein soleil, laver fruits et légumes, désinfecter les surfaces…
«On entretient sa voiture avec soin, mais pas son alimentation. Pourtant, c’est notre santé, celle de nos enfants», déplore-t-il.
Parents : votre vigilance est vitale
L’été, les enfants mangent souvent à l’extérieur, seuls, ou achètent ce qui leur plaît dans la rue. Mauvaise idée. «Ce ne sont pas à eux de décider ce qui est sûr ou non. C’est aux adultes de surveiller, d’éduquer, d’interdire si nécessaire».
Les bons réflexes :
- Utiliser des glacières ou sacs isothermes pour les courses.
- Ranger immédiatement les aliments sensibles.
- Respecter les températures : frais entre 4 et 6°C, surgelés à -18°C.
- Toujours vérifier l’odeur, l’aspect et la date de péremption.
Symptômes typiques d’une intoxication alimentaire :
- Nausées
- Vomissements
- Diarrhées
- Fièvre
- Crampes abdominales
Le premier réflexe à avoir, en cas de symptômes suspects, est de consulter rapidement un médecin, en évitant toute forme d’automédication. Ensuite, il est impératif de signaler le cas aux autorités compétentes : services d’hygiène communaux, direction du commerce, gendarmerie, ou associations de consommateurs. «Chaque citoyen devrait enregistrer ces numéros dans son téléphone. C’est un réflexe de santé publique», affirme M. Menouar, soulignant que cela n’est pas juste un réflexe citoyen demain C’est une mesure de santé publique.
Des chiffres flous, une réalité cachée
L’un des grands problèmes en Algérie : l’absence de statistiques fiables. « Beaucoup de cas ne sont pas déclarés. Certains passent inaperçus, d’autres sont traités à domicile. On sous-estime l’ampleur du phénomène ». Et cela empêche toute stratégie nationale cohérente.
