Le service de toxicologie médicale du CHU de Bab El Oued a lancé une alerte urgente suite à une recrudescence inquiétante de cas d’intoxications graves, voire mortelles, chez les nourrissons et jeunes enfants. En cause : l’ingestion accidentelle de liquides anti-moustiques disponibles sur le marché algérien.
Ces produits, largement utilisés pendant l’été, présentent un danger majeur en raison de compositions réelles non conformes à celles affichées sur les étiquettes.
Des solvants dangereux passés sous silence
Contacté par Tdmsanteinov, le Pr Selma Kaddour, cheffe du service de toxicologie, affirme que son équipe a été alertée par la répétition de cas aux symptômes sévères. « Nous avons constaté que les signes cliniques observés chez les enfants ayant ingéré ces liquides, notamment les recharges de diffuseurs électriques, ne correspondaient pas à la composition indiquée sur les emballages ».
Elle explique que plusieurs analyses effectuées sur des échantillons ont révélé la présence de solvants hydrocarbonés toxiques, comme l’hexane, non mentionnés sur les emballages. Ces solvants, associés à des pyréthrines, accentuent considérablement la toxicité du produit. «
Des gestes qui aggravent la situation
Le Pr Kaddour met également en garde contre certains réflexes dangereux adoptés par les parents. «Provoquer le vomissement, donner de l’eau ou du lait peut entraîner des pneumopathies d’inhalation. Cela aggrave l’état de l’enfant, surtout si des solvants sont impliqués», a-t-elle indiqué. Elle insiste sur la nécessité de ne pas improviser les premiers secours et de consulter immédiatement un service médical.
Symptômes sévères et décès signalés
Les cas observés présentent des symptômes inquiétants : convulsions, coma profond, détresse respiratoire, arrêt cardio-respiratoire et pneumopathies chimiques. Des tableaux cliniques atypiques suggérant la présence de substances plus dangereuses que les insecticides autorisés.
Données préoccupantes
En 2024, le CHU de Bab El Oued a enregistré 216 cas d’intoxication, dont 11 graves et atypiques. Deux nourrissons sont décédés cette même année. Sept décès ont été comptabilisés entre 2020 et 2024. En 2025, de nouveaux cas graves continuent à être signalés, confirmant la persistance du danger.
Des gestes inadaptés qui aggravent les cas
Le CHU déplore également des erreurs de prise en charge en amont, souvent commises par méconnaissance : lavage gastrique ou induction du vomissement. Des gestes qui, au lieu d’aider, peuvent précipiter l’apparition de complications respiratoires sévères.
Le service de toxicologie réclame un renforcement des contrôles : vérification de la composition réelle des produits, conformité de l’étiquetage, et retrait du marché de ceux présentant des risques non déclarés.
Il appelle également à la diffusion urgente de recommandations médicales adaptées aux situations d’intoxication par ces produits non conformes.
Une vigilance impérative à domicile
Face à la menace persistante, les autorités sanitaires recommandent vivement aux familles de garder ces produits hors de portée des enfants, de lire attentivement les étiquettes et de ne pas tenter de prise en charge à domicile. En cas de suspicion d’intoxication, seul un recours rapide à un service médical spécialisé peut sauver l’enfant.
Rania N.
