L’Institut national de santé publique (INSP) dresse un bilan globalement encourageant de la situation épidémiologique des envenimations scorpioniques en Algérie en 2025.
Le nombre de cas a diminué de 10,49 % par rapport à l’année précédente. Toutefois, le nombre de décès demeure inchangé et les autorités sanitaires appellent à maintenir une vigilance constante, notamment dans les régions du Sud où le risque reste particulièrement élevé.
Selon le rapport annuel de l’INSP consacré à la surveillance des envenimations scorpioniques, 41 987 cas ont été enregistrés en 2025, contre 46 908 en 2024, soit une baisse de 10,49 %. En revanche, le nombre de décès est resté stable à 20 cas, ce qui confirme que les envenimations scorpioniques continuent de représenter un enjeu majeur de santé publique malgré l’amélioration observée du nombre de cas.
Le rapport rappelle que les envenimations scorpioniques sont considérées en Algérie comme une priorité de santé publique depuis le milieu des années 1980, en raison des complications qu’elles peuvent entraîner, des décès qu’elles provoquent et de leur impact économique.
Bien qu’il ne s’agisse pas d’une maladie transmissible et que la déclaration des cas ne soit pas obligatoire, les autorités sanitaires ont instauré une surveillance épidémiologique dès 1986. Cette démarche a été consolidée en 1997 avec le lancement du Programme national de lutte contre les envenimations scorpioniques, dont l’objectif est de réduire la morbidité et la mortalité liées à ces accidents.
20% des espèces présentes en Algérie sont venimeuses
L’INSP rappelle qu’environ 2 500 espèces de scorpions sont recensées à travers le monde, mais seule une faible proportion représente un danger pour l’être humain.
L’Algérie abrite 46 espèces de scorpions, soit 1,8 % des espèces connues dans le monde, dont deux espèces endémiques. Selon le rapport, près de 20 % des espèces présentes sur le territoire national sont venimeuses, notamment celles appartenant aux genres Androctonus, Buthiscus, Buthus et Leiurus.
L’espèce Androctonus australis est considérée comme la plus dangereuse. Ce grand scorpion brun, pouvant atteindre une dizaine de centimètres de longueur, possède une queue épaisse et un venin particulièrement puissant composé de six toxines. Le Buthus occitanus, de taille moyenne, fait également partie des espèces les plus redoutées en raison de la toxicité de son venin.
Le rapport précise que les scorpions sont essentiellement actifs durant la nuit. Ils affectionnent les endroits sombres et se cachent sous les pierres, dans les fissures du sol, les terriers, sous l’écorce des arbres, mais également à l’intérieur ou à proximité des habitations. Ils peuvent se dissimuler dans les vêtements, les chaussures, les décombres ou les coins obscurs des maisons et présentent une grande capacité d’adaptation aux températures extrêmes.
Le Grand Sud enregistre le taux d’incidence le plus élevé
L’analyse de la situation épidémiologique montre que le Grand Sud demeure la région la plus exposée. En 2025, il a enregistré un taux d’incidence de 570,4 cas pour 100 000 habitants, le plus élevé du pays, alors même que cette région ne représente que 5,54 % de l’ensemble des cas recensés au niveau national.
Le rapport révèle également que 75,6 % des wilayas ont enregistré une diminution du taux d’incidence, avec des baisses allant de 0,44 % dans la wilaya d’El Tarf à près de 50 % (49,97 %) à Tizi Ouzou.
Les hommes demeurent les plus exposés, représentant 61,54 % de l’ensemble des cas. Le mois de juillet est celui où les envenimations sont les plus nombreuses, avec un taux national de 17,95 cas pour 100 000 habitants.
Par ailleurs, 51,08 % des envenimations sont survenues à l’extérieur des habitations contre 48,92 % à l’intérieur. La tranche horaire comprise entre 18 heures et minuit concentre 35,06 % des cas, confirmant que les risques augmentent au moment où les scorpions deviennent les plus actifs.
Les membres inférieurs sont les plus fréquemment atteints (45,2 % des cas), suivis des membres supérieurs (44,9 %).
Les jeunes enfants paient le plus lourd tribut
L’INSP attire une nouvelle fois l’attention sur la vulnérabilité des jeunes enfants face aux envenimations scorpioniques. Les nourrissons âgés de moins d’un an présentent le taux de létalité le plus élevé (0,53 %), avec deux décès enregistrés durant l’année 2025.
Les enfants âgés de 1 à 4 ans représentent, quant à eux, 40 % de l’ensemble des décès recensés.
Le rapport souligne également que 64,3 % des décès sont survenus en milieu rural, tandis que 57,1 % des victimes avaient été envenimées à l’intérieur de leur domicile.
Concernant la prise en charge, 57,1 % des patients décédés avaient été examinés dans une salle de soins avant leur transfert, tandis que 42,9 % avaient été orientés directement vers un établissement hospitalier. Parmi eux, 83,3 % ont été admis dans des établissements publics hospitaliers et 16,7 % dans des centres hospitalo-universitaires.
Renforcer la prévention pendant la saison estivale
Au terme de son rapport, l’INSP souligne que les envenimations scorpioniques nécessitent une vigilance permanente. L’Institut insiste sur l’importance d’une prise en charge médicale précoce afin de limiter les complications et les décès, tout en appelant à intensifier les campagnes de prévention et de sensibilisation avant et pendant la période estivale, qui concentre les niveaux d’incidence les plus élevés.
Les spécialistes rappellent que l’adoption de gestes simples, tels que secouer les vêtements et les chaussures avant de les enfiler, éviter de marcher pieds nus, maintenir les habitations propres et consulter rapidement une structure de santé après une piqûre, constitue un moyen efficace de réduire le risque de complications, en particulier chez les jeunes enfants.
Cette baisse du nombre de cas constitue un signal encourageant. Toutefois, le maintien du même nombre de décès rappelle que les envenimations scorpioniques demeurent un défi sanitaire qui exige des efforts continus en matière de prévention, de sensibilisation et d’amélioration de la prise en charge médicale.
