Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a reçu dimanche les membres du Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger, à l’issue de la première réunion de cette nouvelle instance. Au-delà de la portée institutionnelle de cette audience, l’enjeu est désormais de transformer le capital scientifique des experts algériens établis à l’étranger en contributions concrètes aux priorités nationales — notamment dans la recherche, la santé, les technologies et l’innovation.

Deux semaines après la publication du décret présidentiel portant sa création, cette première réunion du Conseil marque le début d’une nouvelle étape stratégique dans les relations entre l’Algérie et sa communauté scientifique à l’étranger.
L’objectif de cette haute instance a été bien explique par son coordinateur Elias Zerhouni: “Notre objectif est d’élaborer une feuille de route claire et opérationnelle, après concertation avec les différents secteurs ministériels, afin d’apporter des propositions concrètes, d’évaluer la pertinence scientifique des grands projets nationaux et d’assurer une veille constante sur les technologies de pointe et émergentes“.

De la relation ponctuelle au partenariat institutionnel
C’est précisément ce changement de paradigme qui a été mis en avant lors des premiers travaux du Conseil. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a affirmé la volonté politique de sortir des interactions informelles et dispersées pour instaurer “un partenariat institutionnel permanent et structuré”. L’objectif est clair : connecter de manière fluide ces chercheurs au système national d’enseignement supérieur, de recherche et d’innovation.
Espace de concertation stratégique, le Conseil est appelé à mobiliser l’expertise internationale autour des priorités nationales et à apporter un éclairage scientifique de haut niveau sur les grands projets du pays.
Pr Elias Zerhouni, a décliné les axes prioritaires de cette mission à savoir la formulation de propositions stratégiques, évaluation de la pertinence scientifique et technologique des projets nationaux et échanges de connaissances et veille sur les technologies de pointe et émergentes.
Prochaine étape : une feuille de route opérationnelle
Une feuille de route globale sera élaborée puis soumise au président de la République, après concertation avec l’ensemble des départements ministériels concernés. Pr Zehouni a insisté sur la mise en place d’une organisation « agile », capable d’adapter rapidement ses travaux aux urgences économiques et sanitaires du pays.
Cette première session doit formaliser l’installation des commissions spécialisées et fixer le plan de travail annuel, ponctué de rapports, d’études d’impact et de recommandations directement transmis à la Présidence. C’est à sa capacité à traduire la théorie en impacts mesurables que se jugera l’efficacité de ce nouveau dispositif.

Santé, pharmacie, biotechnologies : un potentiel stratégique
Pour le secteur de la santé, cette nouvelle architecture institutionnelle ouvre des perspectives majeures.
La présence conjointe lors de l’audience du ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudene, et du ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouassim Kouidri, aux côtés des responsables de l’Enseignement supérieur et de l’Économie de la connaissance, illustre la transversalité de la démarche.
La mobilisation des compétences algériennes au sein des plus grands centres de recherche internationaux doit prioritairement alimenter des axes stratégiques notamment la recherche biomédicale et clinique, le développement des biotechnologies et de l’industrie pharmaceutique, la santé numérique et l’intelligence artificielle appliquée aux soins ainsi que le transfert de technologies médicales avancées.
Il ne s’agit plus seulement de favoriser le retour physique des cerveaux, mais d’associer ces experts aux projets nationaux depuis leurs structures d’accueil à l’étranger : réseaux de recherche mixtes, programmes de formation doctorale co-encadrés ou partenariats industriels.
le Conseil prévoit donc la constitution de réseaux thématiques, de commissions spécialisées et d’une cartographie fine des talents algériens à travers le monde.
Du capital scientifique à l’impact sur le terrain
Dans une phase où l’Algérie accélère la modernisation de son écosystème d’innovation, le Haut Conseil entend créer des passerelles pérennes entre les universités, les CHU, les laboratoires de recherche, les industriels locaux et les chercheurs algériens à l’étranger dans le but de transformer l’excellence scientifique internationale en progrès médicaux, technologiques et économiques concrets sur le territoire national.
D. K.
