Le diabète gagne du terrain en Algérie à un rythme préoccupant. Pour le Dr Laifa Mohamed, diabétologue et président de la Société algérienne des recherches médicales (SARM), la situation actuelle s’apparente à une véritable «épidémie silencieuse» qui transforme progressivement le paysage sanitaire national.
Longtemps considéré comme une maladie liée au vieillissement, le diabète touche aujourd’hui des catégories d’âge de plus en plus larges. «La donne a complètement changé», souligne le spécialiste.
La prévalence du diabète en Algérie frôle désormais les 14 à 16 % de la population adulte. Cela représente plus de 4,5 millions d’Algériens vivant avec cette pathologie chronique. Un chiffre déjà alarmant, auquel s’ajoute un autre problème majeur : le sous-diagnostic.
Le poids du sous-diagnostic
Selon le Dr Laifa Mohamed, pour chaque patient diagnostiqué, un autre passerait inaperçu. Le taux de sous-diagnostic atteindrait ainsi près de 52% en Algérie.
Autrement dit, une proportion importante de personnes diabétiques ignore son état de santé et ne découvre la maladie qu’au stade des complications. «Le drame réside dans l’invisibilité de la maladie», insiste-t-il, évoquant une situation où les chiffres officiels ne reflètent pas totalement la réalité du terrain.
Une société en mutation
L’évolution rapide du diabète ces dernières années s’explique par plusieurs facteurs, en premier lieu les profondes mutations sociales.
Le passage d’un mode de vie rural et physiquement actif à une urbanisation massive s’est accompagné d’une généralisation de la sédentarité.
Parallèlement, l’alimentation traditionnelle a progressivement cédé la place à ce que les spécialistes appellent la «transition nutritionnelle».
La consommation accrue de sucres raffinés et de graisses saturées favorise l’augmentation de l’obésité, principal facteur de risque du diabète de type 2.
Un défi sanitaire majeur
Pour le président de la SARM, le diabète en Algérie ne se résume pas à une simple donnée statistique. Il constitue le reflet d’une société en pleine transformation, partagée entre un passé marqué par la frugalité et une modernité caractérisée par des excès alimentaires et une diminution de l’activité physique.
Face à cette progression continue, le diabète s’impose désormais comme l’un des défis majeurs de santé publique en Algérie, nécessitant une mobilisation accrue en matière de prévention, de dépistage et de sensibilisation.
Diabète : l’éducation thérapeutique, clé de l’autonomie des patients
L’éducation thérapeutique du patient (ETP) s’impose comme un pilier essentiel de la prise en charge du diabète en Algérie. Pour le Dr Laifa Mohamed, diabétologue et président de la Société algérienne des recherches médicales (SARM), il ne s’agit pas simplement d’un enseignement médical, mais d’un véritable accompagnement vers l’autonomie.
L’annonce d’un diabète marque un tournant dans la vie du patient. «Il n’entre pas seulement dans un parcours de soins, mais dans une nouvelle ère de vie», explique le spécialiste.
Surveillance de la glycémie, prises médicamenteuses quotidiennes, injections d’insuline, recommandations alimentaires strictes : ces exigences peuvent, au départ, sembler lourdes et déstabilisantes. Les habitudes anciennes doivent être revues, parfois profondément.
L’éducation thérapeutique intervient alors pour donner du sens à ces contraintes. Elle transforme des obligations médicales en choix éclairés et compris.
Comprendre pour mieux agir
L’ETP repose sur une pédagogie adaptée, utilisant des mots simples pour expliquer le rôle des traitements, notamment celui de l’insuline, les causes des variations glycémiques ou encore les signes annonciateurs d’une hypoglycémie.
Progressivement, ce qui paraissait complexe ou mystérieux devient accessible. «Comprendre, c’est déjà reprendre le contrôle», souligne le Dr Laifa Mohamed. Le patient apprend à interpréter ses chiffres, à anticiper les déséquilibres et à ajuster ses comportements. Il ne subit plus sa maladie : il la gère.
Transformer les contraintes en habitudes de vie
Au-delà des connaissances médicales, l’éducation thérapeutique agit sur les comportements quotidiens. Lire une étiquette alimentaire ne relève plus d’un simple réflexe culturel, mais d’un acte de vigilance. L’activité physique, souvent perçue comme une obligation, devient un mode de vie bénéfique, source de bien-être et d’équilibre.
Cette transformation progressive permet d’intégrer le diabète dans la vie quotidienne sans qu’il en devienne le centre exclusif.
Restaurer la confiance
Pour le président de la SARM, l’éducation thérapeutique a également une dimension psychologique essentielle. Elle redonne confiance au patient, l’encourage à dialoguer avec sa maladie plutôt qu’à la subir.
En apprenant à observer son corps, à reconnaître les symptômes et à adapter ses décisions, le patient devient l’acteur principal de son équilibre métabolique.
Vers une vie active et équilibrée
Vivre avec le diabète ne signifie pas renoncer à une existence pleine et active. Grâce à l’éducation thérapeutique, la maladie peut être apprivoisée et intégrée dans un quotidien structuré.
«L’ETP ne soigne pas seulement le corps, elle apaise aussi l’esprit», résume le Dr Laifa Mohamed. En favorisant l’autonomie et la compréhension, elle ouvre la voie à une vie quasi normale, fondée sur la maîtrise et non sur la peur.
R. N.
