Troubles de l’éveil, fatigue chronique, troubles cognitifs… Et si tout commençait par un mauvais sommeil ? C’est le cri d’alerte lancé par le Pr Smail Daoudi, chef du service de neurologie au CHU de Tizi Ouzou, milite pour une meilleure reconnaissance des troubles du sommeil en tant que véritables enjeux de santé publique.
Le spécialiste a souligné que 20% de la population souffre de troubles du sommeil, souvent ignorés ou confondus avec d’autres problèmes. L’insomnie est le trouble le plus connu : 30 à 35% des adultes en font l’expérience ponctuelle.
Il y a aussi l’hypersomnie, un symptôme de la narcolepsie, une maladie moins connue mais tout aussi grave, elle se manifeste par une somnolence excessive durant la journée, malgré des nuits longues et des endormissements involontaires (au travail, en conduisant, etc.). L’impact sociétal est énorme. La somnolence au volant est une cause majeure d’accidents mortels en plus des difficultés de concentration, absentéisme et erreurs professionnelles.
Une fonction vitale encore négligée
Le Pr Daoudi a insisté, lors de la 11e session du Beker Media training organisé par les laboratoires Beker, mardi à Alger, qu’il ne s’agit pas d’un simple inconfort, mais d’un enjeu de santé publique. Le sommeil est régulé par une mécanique biologique fine : notre horloge interne et des facteurs externes comme la lumière, l’activité physique ou les repas. Le dérèglement de ce système favorise l’insomnie, mais aussi des troubles plus méconnus comme l’hypersomnie, cette somnolence diurne qui peut frapper même après de longues nuits de sommeil.
«Nous avons trop longtemps séparé, à tort, les pathologies de l’éveil et celles du sommeil », affirme-t-il. Or, selon lui, une grande partie des troubles vécus durant la journée, qu’ils soient neurologiques, émotionnels ou cognitifs, sont déclenchés ou aggravés par des troubles du sommeil.
Aujourd’hui, près d’une personne sur trois en souffre, souvent sans le savoir. Le sommeil n’est pas un luxe, ni un simple repos : c’est un processus biologique essentiel à l’équilibre du corps et de l’esprit.
Les recherches récentes révèlent l’ampleur du rôle du sommeil : la nuit, notre cerveau active, explique le professeur, un système de nettoyage, le système lymphatique, qui évacue les toxines qui pourraient être à ‘origine des maladies dégénératives telles que l’ Alzheimer ou Parkinson. Négliger son sommeil, c’est donc compromettre sa santé cérébrale à long terme. Sans parler du lien établi entre le mauvais sommeil et des maladies chroniques comme le diabète, l’obésité ou l’hypertension.
Un mal invisible, souvent mal interprété
« Certaines pathologies sont confondues avec de la dépression, de la fatigue chronique ou des troubles de l’attention. Dans notre société, une personne qui dort beaucoup est vite cataloguée comme paresseuse », déplore le spécialiste. Il cite le cas d’une adolescente accusée de simuler ou de consommer des substances, alors qu’elle souffrait en réalité d’un trouble neurologique du sommeil la narcolepsie.
Selon lui, changer le regard social sur le sommeil est devenu indispensable : « On ne dit plus qu’un patient dort trop, mais qu’il a des difficultés à rester éveillé ».
Des troubles révélateurs de maladies graves
Le Pr Daoudi met aussi en lumière les troubles du comportement en sommeil paradoxal, encore peu connus du grand public. Ces comportements violents ou anormaux pendant le sommeil peuvent être les signes avant-coureurs de maladies neurodégénératives, comme la maladie de Parkinson.
Quant aux ronflements sévères et à l’apnée du sommeil provoquent des pics de tension, une accélération du rythme cardiaque, et aggravant des maladies chroniques comme le diabète ou l’hypertension.
Un tabou thérapeutique à briser
Sur le plan de la prise en charge, le neurologue appelle à une collaboration plus étroite entre les praticiens hospitaliers et les médecins libéraux. «Les cas les plus complexes sont souvent suivis en libéral. La plupart du temps, les traitements sont bien tolérés. Mais dans certains cas, il faut avoir recours à des antidépresseurs, notamment en cas de cataplexie. Cela peut susciter des réticences chez les familles», reconnaît-il.
Il est temps, pour le professeur Daoudi, de considérer le sommeil pour ce qu’il est : “un pilier de santé publique, aussi important que l’alimentation ou l’activité physique“, conclut le Pr Daoudi.
Rania N.
