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Paul Chilwesa : « La prévention n’est pas une dépense, c’est un investissement »

Au-delà de l’enjeu médical, le cancer représente également un défi économique majeur pour les pays africains. Prévention, dépistage précoce et accès aux soins doivent désormais être considérés comme des investissements susceptibles de produire des bénéfices sanitaires, sociaux et économiques.

 

Le cancer ne se résume pas à une question de prise en charge médicale. Il constitue également un enjeu économique qui touche les patients, leurs familles, les communautés et les États. C’est l’un des principaux messages développés lors du Congrès international des patients atteints de cancer, organisé par la Fédération algérienne des patients atteints de cancer, sous le haut patronage du président de la République.

 

À partir d’une lecture fondée sur l’économie de la santé, Paul Chilwesa, responsable des politiques de santé et des systèmes de santé en Afrique à Roche Pharma International, a rappelé que la santé et le développement économique sont étroitement liés. « Investir dans la santé » ne doit donc pas être considéré uniquement comme une dépense publique, mais comme un investissement susceptible d’améliorer la productivité et de réduire les pertes économiques liées à la maladie, a t-il indiqué lors de la  2ᵉ édition du Congrès international des patients atteints de cancer, organisé les 22 et 23 septembre à Alger par la Fédération algérienne des associations de patients atteints de cancer (FAAPAC), en coordination avec le ministère de la Santé.

La santé, un déterminant du développement

À l’échelle mondiale, la progression des maladies chroniques, notamment des cancers, impose de repenser les politiques de santé a rappelé le conférencier. Le vieillissement démographique, l’évolution des modes de vie et l’augmentation du poids des maladies non transmissibles exercent une pression croissante sur les systèmes de soins.

Mais les conséquences dépassent largement le secteur sanitaire. Il a expliqué qu’une population confrontée à une maladie chronique ou à un cancer peut connaître une diminution de sa capacité à travailler et à participer à l’activité économique. Les familles peuvent également supporter une part importante des coûts liés aux soins et aux déplacements.

Pour l’intervenant, cette réalité montre que les politiques de santé participent directement à la trajectoire économique des pays. Les différences de résultats sanitaires entre nations contribuent ainsi aux écarts de développement.

Un modèle africain à construire

L’Afrique présente toutefois des caractéristiques démographiques et sanitaires particulières. “Le continent possède une population majoritairement jeune et les maladies non transmissibles, dont les cancers, prennent une place croissante“, a t-il souligné.

Cette situation impose, selon lui, de ne pas simplement reproduire des modèles élaborés dans les pays occidentaux. L’exemple du cancer du sein est particulièrement révélateur.

Paul Chilwesa a expliqué que les caractéristiques épidémiologiques observées dans les populations africaines peuvent différer de celles prises en compte dans la conception de certaines stratégies de dépistage. L’âge de survenue notamment peut être différent.

Le coût du retard diagnostique

L’un des enjeux majeurs identifiés concerne le dépistage et le diagnostic précoce. l’intervenant a insisté ainsi sur la nécessité d’intégrer ces coûts indirects dans l’évaluation des politiques de lutte contre le cancer.

Lorsque les patients arrivent tardivement dans le système de soins, les possibilités thérapeutiques peuvent être plus limitées et les traitements plus complexes. Le coût ne se mesure alors pas uniquement en termes de dépenses médicales.

Le retard de diagnostic peut également entraîner une perte de productivité, une charge financière accrue pour les familles et des conséquences sociales importantes.

« Chaque dollar investi dans la santé peut produire un retour économique »

Les investissements en santé publique, notamment dans les soins primaires, le dépistage et la prévention, constituent, d’après l’expert,  de véritables leviers de développement économique pour l’Afrique. En incitant à évaluer le coût de l’inaction plutôt que la seule dépense budgétaire, le spécialiste appelle les pays africains à élaborer des stratégies sur mesure, adaptées à leurs réalités épidémiologiques et financières locales, afin de réduire les coûts des soins à terme et de préserver le capital humain.

Les investissements dans la prévention, le dépistage, les soins primaires et la prise en charge efficace des patients peuvent générer des bénéfices qui dépassent largement le secteur sanitaire. “Une personne diagnostiquée plus tôt et correctement prise en charge a davantage de possibilités de préserver sa qualité de vie et sa capacité à participer à la vie sociale et économique.“, a t-il noté.

Investir dans la santé permet de préserver des vies, mais aussi de réduire les pertes de productivité, de protéger les familles contre les conséquences financières de la maladie et de renforcer la capacité des sociétés à se développer, a t-il conclut.

Pour les systèmes de santé africains, le défi consiste désormais à transformer cette vision en politiques concrètes : davantage de prévention et de dépistage, des soins primaires renforcés, des parcours de prise en charge adaptés aux réalités locales et une meilleure protection financière des patients.

Djamila Kourta

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