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Dr Ahmed Zemmouri, président de la SACOT : «Les fractures du sujet âgé, premier motif des urgences en orthopédie»

Dr Ahmed Zemmouri, président de la SACOT : «Les fractures du sujet âgé, premier motif des urgences en orthopédie»

Interview du Dr Ahmed Zemmouri, président de la SACOT

Dans un entretien accordé à TDMsanteinov, à l’occasion du 32ᵉ congrès de la Société algérienne de chirurgie orthopédique et traumatologie (SACOT), Ahmed Zemmouri, président de la Société, dresse un état des lieux lucide et documenté de la pratique orthopédique en Algérie. Il revient sur la montée en puissance de la traumatologie gériatrique, la complexité croissante des prises en charge, les avancées scientifiques présentées lors du congrès et les défis structurels qui conditionnent l’avenir de la spécialité.

Propos recueillis par Djamila Kourta

  • Quelle est l’importance de cet événement, organisé par la Société que vous présidez, pour la chirurgie orthopédique et traumatologique en Algérie ?

Ce 32ᵉ congrès de la SACOT se tient dans un contexte particulier, puisque nous organisons pour la deuxième fois un congrès sur la même année académique, celui de 2024 ayant été exceptionnellement tenu en janvier 2025.

Sur le plan scientifique, nous avons retenu des thématiques directement liées à la réalité du terrain, à commencer par la traumatologie gériatrique.

La première grande table ronde a été consacrée à la prise en charge des fractures chez le sujet âgé, un domaine particulièrement complexe, car l’approche thérapeutique est totalement différente de celle du sujet jeune, notamment en raison de l’ostéoporose, de l’altération de la qualité osseuse et musculaire et de la présence fréquente de pathologies associées.

  • Vous avez parlé d’un véritable problème de santé publique. Quel état des lieux dressez-vous aujourd’hui concernant les fractures du sujet âgé ?

Il s’agit effectivement d’un véritable problème de santé publique. Même si nous ne disposons pas encore de chiffres nationaux consolidés — un travail est d’ailleurs en cours au sein de la SACOT depuis deux ans — la réalité clinique est sans appel.

Dans les services d’urgences des grands hôpitaux, notamment au CHU Mustapha, au CHU de Bab El Oued, à Ben Aknoun ou encore à l’hôpital de Zemirli, il n’y a pas un seul jour sans qu’on enregistre des fractures chez le sujet âgé. Nous parlons souvent de trois, quatre, parfois cinq cas par jour. Si l’on extrapole ces données sur un mois, puis sur une année, les chiffres deviennent particulièrement préoccupants.

La prise en charge de ces patients est d’autant plus délicate que le pronostic fonctionnel peut rester défavorable, même lorsque l’acte chirurgical est techniquement réussi.

Cela impose des structures dédiées, un personnel formé spécifiquement et une approche multidisciplinaire associant chirurgiens orthopédistes, réanimateurs, rééducateurs et nutritionnistes, comme cela se fait dans d’autres pays. C’est dans cet esprit que nous avons pris l’exemple de l’hôpital de Douira, à travers une table ronde conduite par le professeur Chérifi.

  • Au-delà de la traumatologie gériatrique, quels sont les autres enjeux majeurs abordés lors de ce congrès et quelles perspectives pour la prise en charge du patient algérien ?

Les arthroses de la hanche et du genou restent le premier motif de consultation en orthopédie, suivies par les pathologies du rachis, notamment les lombalgies et le spondylolisthésis, qui touchent souvent des patients relativement jeunes et posent un réel problème fonctionnel. Une table ronde présidée par le professeur Nasri a permis de faire le point sur les techniques chirurgicales actualisées en 2025.

Par ailleurs, ce congrès se distingue par sa dimension internationale, avec la participation de 22 conférenciers étrangers. Nous accueillons des confrères tunisiens, dans le cadre d’une coopération historique de plus de trente ans, mais aussi des collègues du Sénégal, du Togo et de la Mauritanie.

Du côté européen, sont présents des spécialistes d’Italie, de France, du Danemark, de Pologne, du Portugal et d’Espagne, représentée par le président et le secrétaire général de leur société savante, qui ont animé une table ronde de grande qualité sur les fractures de la cheville.

Enfin, la prise en charge du patient algérien dépend aussi de la disponibilité du matériel, qui reste un élément fondamental dans notre spécialité. L’orthopédie est indissociable des implants et des dispositifs techniques.

Donnez-nous les moyens nécessaires et vous verrez ce que nos jeunes orthopédistes sont capables de réaliser. Nous avons également abordé les nouvelles approches en chirurgie prothétique, notamment la planification 3D, qui représente une évolution majeure par rapport aux planifications classiques en 2D et ouvre des perspectives importantes pour l’avenir.

  • Souvent, les patients confondent la consultation chez l’orthopédiste et celle chez le rhumatologue. Comment savoir quand consulter l’un ou l’autre, et quelle approche recommandez-vous pour éviter ce dilemme ?

C’est un véritable dilemme pour les patients et parfois pour les praticiens eux-mêmes. L’orthopédiste intervient surtout lorsque la pathologie nécessite un traitement chirurgical ou interventionnel, tandis que le rhumatologue prend en charge les maladies chroniques ou métaboliques de l’os, comme l’ostéoporose ou certaines arthrites.

Il est donc essentiel de développer l’information et l’éducation des patients, mais aussi de renforcer la communication entre spécialistes.

Dans cette édition du congrès, nous avons invité nos collègues rhumatologues pour échanger sur ces situations complexes et définir des stratégies communes afin que le patient bénéficie d’une prise en charge optimale et cohérente, évitant les consultations inappropriées ou les retards de  diagnostic et de traitement.

D.K.

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