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Syndrome coronarien aigu en Algérie : Les hommes cinq fois plus touchés

Les résultats du registre des syndromes coronariens aigus avec sus-décalage du segment ST (ST+), présenté  jeudi 2o mai par l’institut de santé publique, mettent  en lumière l’ampleur préoccupante des maladies cardiovasculaires ainsi que les défis persistants liés à leur prise en charge en Algérie.

Présentés lors d’une rencontre scientifique, les premiers résultats du registre pour l’année 2024 révèlent une forte prédominance masculine, un poids important des facteurs de risque cardiovasculaires et des retards encore importants dans l’accès aux soins.

Au total, 1.977 cas de syndromes coronariens aigus ont été recensés chez des patients âgés de 20 ans et plus. L’incidence annuelle globale a été estimée à 44,6 nouveaux cas pour 100.000 habitants. “Cette incidence atteint 74,6 cas pour 100.000 hommes contre seulement 14,8 cas pour 100.000 femmes, confirmant une nette surreprésentation masculine » a souligné Dr Samira Touami; médecin épidémiologiste à l’INSP.

Les données montrent également que les hommes développent ces pathologies plus précocement. L’âge moyen de survenue est de 60 ans chez les hommes contre 66 ans chez les femmes. La spécialiste souligne toutefois une mortalité plus élevée chez les femmes âgées, notamment après 80 ans.

L’hypertension artérielle arrive en tête

L’analyse des facteurs de risque révèle une situation particulièrement alarmante. Plus de 83 % des patients présentaient au moins un facteur de risque cardiovasculaire. “L’hypertension artérielle arrive en tête, suivie du diabète et du tabagisme“, a indiqué Dr Touami et d ‘ajouter  que chez les femmes, trois patientes sur quatre souffraient d’hypertension et près des deux tiers étaient diabétiques. Chez les hommes, un patient sur deux était hypertendu, diabétique ou fumeur.

Les résultats du registré ont montré que Les complications étaient présentes dès l’admission chez près d’un malade sur six, principalement sous forme d’insuffisance cardiaque ou de troubles du rythme cardiaque. L’anlyse  fait savoir qque les infarctus survenaient plus fréquemment en automne.

Des délais encore trop longs avant la consultation

Concernant la prise en charge, les résultats mettent en évidence des délais encore trop longs avant le premier contact médical. Les patients consultaient en moyenne quatre heures après le début des douleurs thoraciques, un retard jugé critique par les spécialistes compte tenu de l’urgence vitale que représente l’infarctus du myocarde.

Malgré cela, les délais hospitaliers semblent relativement maîtrisés une fois le patient admis. L’électrocardiogramme était réalisé dans un délai médian de 10 minutes après le premier contact médical. “Environ 77 % des patients ont bénéficié d’un traitement de revascularisation, principalement par angioplastie. », a t-elle précisé.

Le registre a également recensé 41 décès hospitaliers durant l’année 2024, soit une létalité hospitalière estimée à 3,5 %. Les décès concernaient majoritairement des hommes, même si les femmes présentaient un risque relatif de mortalité plus élevé après certains âges.

Renforcer les campagnes de sensibilisation

La spécialiste chargé du registre des syndromes coranariens aigus de la wilaya d’algér a toutefois souligné plusieurs contraintes ayant limité l’analyse des données, notamment le manque de complétude des fiches médicales, l’absence de certaines informations cliniques et les difficultés de suivi des patients après leur sortie de l’hôpital.

Face à ce constat, plusieurs recommandations ont été formulées lors de cette journe scientifique. Les spécialistes appellent à renforcer les campagnes de sensibilisation auprès du grand public afin de mieux reconnaître les signes d’alerte de l’infarctus et réduire les délais de consultation. Ils insistent également sur la nécessité de lutter plus efficacement contre les facteurs de risque cardiovasculaires, notamment l’hypertension, le diabète, le tabagisme et l’obésité.

Les experts recommandent enfin de renforcer la formation continue des professionnels de santé,  notamment les médecins généralistes   d’améliorer la coordination entre les différents acteurs de la prise en charge et de poursuivre la numérisation du registre afin d’améliorer la qualité des données et le suivi des patients.

Djamila Kourta

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