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VIH/Sida : les spécialistes alertent sur le nombre élevé de cas

Des infectiologues tirent la sonnette d’alarme sur l’augmentation inquiétante du nombre de cas d’infections au VIH en Algérie, à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la lutte contre le VIH/SIDA.

«Nous sommes confrontés à une situation d’augmentation du nombre de cas et il faut vite intervenir. Je ne pense pas qu’on arrivera à l’élimination du VIH/SIDA d’ici 2030, et beaucoup deinfectiologues le pensent aussi», a déclaré Pr Nassima Achour, cheffe du service d’infectiologie à l’hôpital El Hadi Flici (ex-El Kettar) à TDMsantéinov, en marge de cette journée, organisée par le ministère de la Santé à l’hôtel Sofitel à Alger.

Et de préciser : «Nous avons récemment discuté avec nos confrères et consœurs, et il n’y a pas un seul CDR qui a recensé moins d’une centaine de nouveaux cas depuis janvier 2024».

Ce constat est partagé par la présidente de l’association El Hayet, Nawel Lahouel, qui a indiqué qu’au niveau de l’association le nombre de cas d’infections à l’hépatite C et au VIH a augmenté, particulièrement chez les usagers de drogues injectables.

Selon le dernier rapport de l’ONUSIDA, les infections au VIH/SIDA sont en baisse dans le monde, mais elles sont en hausse en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Europe de l’Est et en Asie centrale.

«Malgré le faible taux d’incidence en Algérie, comparé à d’autres pays africains, les chiffres de l’année 2023 nous rappellent la nécessité de continuer notre lutte contre ce virus et de parvenir à une société sans VIH», a déclaré la représentante de l’ONUSIDA en Algérie, Soraya Alem.

Le Pr Zertal, infectiologue à l’hôpital El Hadi Flici, souligne que l’épidémie de VIH a une faible prévalence, touchant moins de 1 % de la population, mais reste concentrée sur une population clé.

Il s’agit des usagers de drogues intraveineuses (1,1 %), les professionnelles du sexe (4,4 %) et les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (14,4 %), selon les données du ministère de la Santé. Pr Zertal insiste sur l’importance de cibler cette population dans la lutte contre le VIH, car elle peut servir de lien vers la population générale.

«En Algérie, le financement des traitements est assuré à 95 % par le ministère de la Santé, mais le principal défi réside dans la prévention, en particulier le dépistage, qui nécessite un travail de proximité où la société civile joue un rôle incontournable dans la riposte», a-t-elle souligné.

Selon l’association Aids Algérie, « en 2022, le nombre de PVVIH (personnes vivant avec le VIH) était de 28 000 cas, dont 13 000 femmes et près de 1 300 enfants de moins de 15 ans. Les nouvelles infections chez les moins de 15 ans sont d’environ 500 cas par an, et 1 000 cas chez les femmes en âge de procréer, une tendance qui se maintient depuis trois ans ».

Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que les chiffres réels sur le terrain sont plus élevés que les chiffres officiels. D’une part, cela s’explique par le fait que les laboratoires ne partagent pas leurs données avec les autorités sanitaires, explique Pr Achour.

D’autre part, il existe ce que les spécialistes appellent « l’épidémie invisible », c’est-à-dire les personnes porteuses du virus qui ignorent encore leur statut sérologique.

Yamina Baïr

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