Aller au contenu

Sevrage tabagique : les traitements existent, mais insuffisamment accessibles pour des millions de fumeurs

 

Plus de 80 % des 1,3 milliard de consommateurs de tabac dans le monde vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Pourtant, seuls 31 pays sur 195 offrent un accompagnement au sevrage répondant aux meilleures pratiques définies par l’Organisation mondiale de la santé. Une récente analyse publiée dans le New England Journal of Medicine appelle à faire du sevrage tabagique un véritable standard universel de soins.

Le paradoxe est frappant : alors que le tabac demeure la première cause de décès évitable dans le monde, les personnes les plus exposées à ses conséquences n’ont pas toujours accès aux moyens les plus efficaces pour arrêter de fumer.

Dans une revue publiée dans le New England Journal of Medicine, une équipe internationale de chercheurs, coordonnée par la Dre Donna Shelley de la New York University, dresse un état des lieux des stratégies de sevrage tabagique dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Plus de 7 millions de personnes meurent chaque année dans le monde des suites du tabagisme.

Des solutions efficaces, mais encore insuffisamment accessibles

Les auteurs rappellent que l’efficacité des traitements du sevrage tabagique est aujourd’hui largement démontrée. L’accompagnement comportemental, les conseils délivrés par les professionnels de santé, les lignes téléphoniques d’aide, les outils numériques et les traitements médicamenteux peuvent tous augmenter les chances d’arrêter durablement de fumer.

La combinaison d’un soutien comportemental et d’un traitement pharmacologique offre les meilleurs résultats. Parmi les options citées figurent notamment les substituts nicotiniques, ainsi que certains médicaments comme la varénicline, le bupropion et la cytisine. Cette dernière, moins coûteuse, a été ajoutée à la Liste modèle des médicaments essentiels de l’OMS en 2025.

Mais entre l’existence de traitements efficaces et leur accès réel, l’écart reste considérable.

En 2024, seuls 31 pays sur 195 appliquaient les meilleures pratiques de l’OMS, définies notamment par la disponibilité d’interventions comportementales et de traitements médicamenteux bénéficiant d’une prise en charge financière. La situation est particulièrement préoccupante dans les pays à faible revenu.

Dépister, conseiller et orienter : une stratégie à la portée des systèmes de santé

Pour les auteurs, l’amélioration du sevrage ne passe pas nécessairement par la création de structures complexes et coûteuses. Certaines interventions peuvent être intégrées aux soins de routine.

L’article met notamment en avant les conseils brefs donnés par les professionnels de santé, les lignes d’aide au sevrage et les interventions numériques, particulièrement par SMS. Le modèle « Ask–Advise–Connect » propose une démarche simple : demander systématiquement au patient s’il consomme du tabac, lui conseiller d’arrêter, puis l’orienter activement vers une aide au sevrage.

Une approche qui pourrait permettre d’élargir considérablement l’accès aux soins, y compris dans les systèmes de santé disposant de ressources limitées.

L’Inde et le Vietnam, deux réalités différentes

À travers les exemples de l’Inde et du Vietnam, les chercheurs montrent qu’il n’existe pas de stratégie universelle applicable de manière identique à tous les pays.

Les habitudes de consommation, les normes sociales, l’utilisation de tabac sans fumée ou d’autres produits du tabac, l’influence de l’industrie, la réglementation et le financement des systèmes de santé influencent directement l’accès aux traitements.

En Inde, le recours aux agents de santé communautaires pour soutenir le sevrage constitue notamment une piste prometteuse pour renforcer les capacités du système de santé. Au Vietnam, en revanche, le coût des substituts nicotiniques supporté directement par les patients peut constituer un obstacle majeur à leur utilisation.

D.K

error: Content is protected !!