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Dépistage de l’autisme : le SNAPSY appelle à mieux intégrer les psychologues cliniciens

Dépistage de l’autisme : le SNAPSY appelle à mieux intégrer les psychologues cliniciens

Le lancement de la campagne nationale de dépistage du trouble du spectre de l’autisme (TSA) relance le débat sur la place des psychologues cliniciens dans le parcours d’évaluation et de prise en charge. Le Syndicat national algérien des psychologues (SNAPSY) demande une meilleure intégration de ces professionnels et plaide pour un dispositif réellement pluridisciplinaire, afin de garantir un dépistage plus précoce, complet et adapté aux besoins de chaque enfant.

La campagne nationale de dépistage du trouble du spectre de l’autisme (TSA), prévue dans le cadre de la préparation de la rentrée sociale 2026, suscite des interrogations au sein du SNAPSY. Dans une lecture scientifique, professionnelle et juridique de la correspondance émise le 13 août dernier par la Direction générale de la prévention et de la promotion de la santé du ministère de la Santé, le syndicat s’interroge notamment sur la place accordée au psychologue clinicien dans le parcours de dépistage et d’évaluation.

Selon le dispositif arrêté, les enfants présentant des signes évocateurs doivent être orientés, à partir des unités de dépistage et de suivi, vers une consultation de pédopsychiatrie. Le diagnostic du TSA est ensuite établi par le pédopsychiatre, avec la possibilité de recourir, lorsque cela s’avère nécessaire, à un psychiatre ou à un pédopsychiatre d’une wilaya voisine.

Pour le SNAPSY, cette organisation ne définit toutefois pas suffisamment le rôle du psychologue clinicien, alors que celui-ci dispose, en vertu de la réglementation en vigueur, de compétences établies en matière d’examen, d’évaluation et de diagnostic psychologiques.

Le syndicat fonde notamment sa position sur le décret exécutif n° 24-411 du 28 décembre 2024 portant statut particulier des fonctionnaires appartenant aux corps des psychologues cliniciens de santé publique. Publié au Journal officiel n° 86 du 29 décembre 2024, ce texte définit les missions de ces professionnels et prévoit leur participation aux actions préventives et thérapeutiques ainsi qu’aux projets thérapeutiques et éducatifs. Il mentionne également les examens, bilans, diagnostics et pronostics psychologiques parmi leurs missions.

Pour le SNAPSY, ces dispositions consacrent la compétence du psychologue clinicien dans le domaine du diagnostic psychologique. Le syndicat précise néanmoins que cette revendication ne vise nullement à substituer le psychologue au médecin ni à remettre en cause les compétences médicales du pédopsychiatre.

Pour une véritable évaluation pluridisciplinaire

La distinction entre diagnostic médical et diagnostic psychologique reste, selon le syndicat, essentielle. L’enjeu est plutôt de permettre à ces deux approches de s’articuler au sein d’un même parcours de prise en charge.

Le TSA étant un trouble neurodéveloppemental complexe, son identification ne peut, selon le SNAPSY, reposer sur une observation unique ou une seule évaluation. Les manifestations de l’autisme peuvent varier considérablement d’un enfant à l’autre et concerner plusieurs dimensions de son développement.

L’évaluation peut notamment porter sur le développement psychologique et neurodéveloppemental, les capacités cognitives, l’attention, les fonctions exécutives, le langage et la communication, les comportements, les interactions sociales et les capacités adaptatives. Le contexte familial et scolaire, les éventuels troubles associés ainsi que le diagnostic différentiel doivent également être pris en considération.

C’est précisément à ce stade que le SNAPSY estime que le psychologue clinicien doit bénéficier d’une place pleinement reconnue. Les entretiens cliniques, l’observation, l’analyse du développement de l’enfant, la passation de tests et l’interprétation des résultats constituent des outils permettant d’établir une évaluation psychologique approfondie.

Pour le syndicat, il serait donc erroné d’opposer le psychologue clinicien au pédopsychiatre. Les deux professionnels interviennent dans des champs de compétence différents mais complémentaires.

Le pédopsychiatre conserve son rôle médical dans l’évaluation et le diagnostic relevant de sa spécialité. Le psychologue clinicien intervient, pour sa part, dans le champ de l’évaluation et du diagnostic psychologiques. D’autres professionnels, notamment les orthophonistes et les médecins concernés, peuvent également être associés au parcours en fonction des besoins de chaque enfant.

Le SNAPSY plaide ainsi pour une véritable équipe pluridisciplinaire permettant de croiser les différentes évaluations avant de déterminer le parcours de prise en charge le plus adapté.

Un enjeu de santé publique

Au-delà de la question des compétences professionnelles, le syndicat met en avant un enjeu majeur de santé publique : celui des délais de prise en charge. Un parcours reposant essentiellement sur les consultations de pédopsychiatrie pourrait, dans les wilayas où les spécialistes sont peu nombreux, accentuer la pression sur les services concernés et allonger les délais d’attente.

Une telle situation pourrait entraîner un retard dans l’évaluation, le diagnostic et la mise en place des interventions nécessaires auprès de l’enfant. Or, rappelle le SNAPSY, le dépistage précoce vise précisément à identifier rapidement les situations nécessitant une prise en charge adaptée.

Pour atteindre cet objectif, le syndicat estime nécessaire de mobiliser l’ensemble des compétences disponibles dans les établissements publics de santé. Une meilleure organisation des professionnels permettrait, selon lui, de réduire la pression sur les consultations spécialisées tout en favorisant une évaluation plus complète.

Le SNAPSY considère ainsi que la réussite de la campagne nationale de dépistage de l’autisme dépendra aussi de sa capacité à mobiliser les différentes compétences disponibles et à organiser leur complémentarité. L’objectif, insiste le syndicat, ne devrait pas être de déterminer « qui diagnostique l’autisme », mais plutôt de savoir comment garantir à l’enfant une évaluation complète, rapide et scientifiquement fondée.

Pour un parcours sans exclusion

Pour le SNAPSY, il s’agit donc de construire un parcours dans lequel chaque professionnel exerce pleinement son rôle, sans chevauchement mais également sans exclusion. Une organisation fondée sur la complémentarité des compétences permettrait de mieux répondre aux besoins spécifiques de chaque enfant, tout en offrant aux familles un accompagnement plus cohérent.

Dans cette perspective, le syndicat appelle à une révision du dispositif afin que le dépistage du TSA s’appuie sur une approche véritablement pluridisciplinaire. L’intégration effective du psychologue clinicien, aux côtés du pédopsychiatre et des autres professionnels concernés, constitue selon lui un élément important pour renforcer la qualité de l’évaluation et améliorer, à terme, la prise en charge des enfants présentant des signes de trouble du spectre de l’autisme.

Lynda Louifi

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