Après trois jours de travaux intensifs au Centre international des conférences (CIC) Abdelatif Rahal, la Conférence ministérielle africaine sur la production locale de médicaments et des technologies de la santé s’est achevée à Alger par l’adoption officielle de la Déclaration d’Alger.
Ce texte stratégique, approuvé par 29 pays, marque une étape majeure vers l’autonomie pharmaceutique du continent, encore fortement dépendant des importations pour 70 à 90 % de ses médicaments et 99 % de ses vaccins.
Présentée par le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ouacim Kouidri, la Déclaration engage les pays africains autour de treize axes prioritaires.
Elle prévoit notamment la création de pôles régionaux de production pharmaceutique, le renforcement des Agences nationales de régulation, l’accélération de l’harmonisation réglementaire à travers l’Agence africaine du médicament, ainsi que la mise en place de mécanismes financiers innovants destinés à soutenir durablement les chaînes de production.
Elle insiste également sur la reconnaissance mutuelle des décisions réglementaires, une condition essentielle pour fluidifier l’accès au marché africain et réduire les délais d’approvisionnement.
Les participants insistent également sur l’importance de renforcer la formation, la recherche et la collaboration entre universités, instituts et industrie, tout en développant des mécanismes d’achats groupés à l’échelle continentale afin de garantir des prix compétitifs et un accès équitable aux médicaments essentiels.
L’Algérie, un modèle continental de production
Saluée pour avoir atteint 82 % de couverture nationale en production locale, l’Algérie a rappelé sa volonté de mettre son expertise au service du continent. Avec 250 unités industrielles, le pays représente près d’un tiers des capacités africaines dans l’industrie pharmaceutique.
Aït Messaoudène : «La Déclaration d’Alger est une feuille de route opérationnelle»
Le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït Messaoudene, a souligné la portée historique du texte adopté, le qualifiant de «feuille de route concrète» ouvrant la voie à des actions immédiates et mesurables.
Il a insisté sur plusieurs priorités majeures, à commencer par la levée rapide des barrières réglementaires qui entravent encore la circulation des matières premières, ainsi que l’harmonisation de l’espace commercial africain afin de mieux accompagner les industriels.
Il a également souligné la nécessité d’unifier le cadre législatif encadrant l’industrie pharmaceutique et de créer une plateforme continentale de centralisation des commandes de matières premières, un outil jugé déterminant pour sécuriser durablement les approvisionnements du continent..
Vers un nouvel écosystème africain du vaccin
Le ministre a salué l’engagement fort de l’Unicef, qui prévoit d’acquérir 20 % de ses vaccins auprès de producteurs africains d’ici 2035. Un signal considéré comme «structurant», permettant d’accélérer l’émergence d’une industrie vaccinale africaine capable de répondre aux besoins d’un marché de 1,4 milliard d’habitants.
Dans la foulée, l’Unicef, l’OMS et le Centre africain pour le contrôle et la prévention des maladies (Africa CDC) organiseront prochainement une série de rencontres techniques avec les producteurs privés africains afin d’ajuster les capacités de production aux besoins réels, d’accompagner la montée en puissance industrielle, et de favoriser les investissements dans la technologie vaccinale.
Un continent aux besoins immenses, mais aux atouts incontestables
L’Afrique reste l’une des régions les plus dépendantes au monde en matière d’approvisionnement pharmaceutique.
Pourtant, elle dispose d’atouts considérables, tels qu’une population jeune et en croissance, des besoins sanitaires en expansion, un marché pharmaceutique en forte évolution et des capacités scientifiques de plus en plus solides.
La Déclaration d’Alger apparaît ainsi comme un cadre stratégique déterminant pour transformer ces potentialités en une véritable souveraineté sanitaire continentale.
Rania N.
