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Lutte contre le cancer : 5 propositions clés de Nazim Sini pour une « Vision 2030 » axée sur la prévention

À l’occasion de la 2ᵉ édition du Congrès international des patients atteints de cancer, les enjeux économiques de la lutte contre le cancer ont été au cœur d’une session consacrée au diagnostic précoce. Économiste, enseignant agrégé d’économie et spécialiste de macroéconomie à Aix-Marseille Université, Nazim Sini a appelé à repenser les politiques de lutte contre le cancer en plaçant la prévention et le diagnostic précoce au cœur d’une véritable « Vision 2030 ».

Le cancer ne constitue plus uniquement un enjeu de santé publique. Il représente également un enjeu économique et social, à travers les dépenses de prise en charge, les pertes de productivité, les interruptions de carrière et les conséquences sur les familles.

C’est autour de cette équation que Nazim Sini a développé son intervention lors de la session « Diagnostic précoce des cancers : investir aujourd’hui pour alléger le fardeau de demain », présidée par le Dr Nabil Mensaria (OMS) lors duè deuxième congrés des patients atteints de cancer organisé par la fédération algérienne des associations de patients atteints de cancer.

Un coût qui dépasse largement celui des soins

S’appuyant sur différentes données internationales, notamment de l’OMS et de la Banque mondiale, l’économiste a rappelé l’ampleur du coût économique du cancer à l’échelle mondiale.

Selon les chiffres présentés lors du panel, le coût économique cumulé du cancer pourrait atteindre environ 25 000 milliards de dollars entre 2020 et 2050. À cette facture s’ajoutent les pertes de productivité liées aux arrêts de travail, aux sorties précoces du marché de l’emploi et aux décès prématurés.

« Le cancer n’est pas juste un enjeu de santé publique. C’est aussi un fardeau économique », a résumé Nazim Sini, en soulignant que la maladie affecte simultanément la productivité, la croissance, l’emploi et le capital humain.

Les conséquences ne concernent d’ailleurs pas uniquement les patients. Les aidants familiaux, contraints parfois de réduire ou d’interrompre leur activité professionnelle, constituent également une dimension souvent sous-estimée du coût économique du cancer.

La prévention comme investissement

Face à cette charge croissante, l’intervention a mis l’accent sur le retour sur investissement des politiques de prévention.

Amélioration de l’alimentation, lutte contre la sédentarité, dépistage, campagnes d’information et diagnostic plus précoce peuvent, selon les estimations citées durant la présentation, générer des bénéfices économiques supérieurs aux investissements initiaux.

Pour Nazim Sini, l’enjeu consiste donc à déplacer progressivement le centre de gravité du système : moins attendre la maladie à un stade avancé et davantage investir en amont.

Cette approche est particulièrement importante dans un contexte où le coût des traitements innovants progresse. L’économiste a ainsi évoqué la pression croissante exercée par les dépenses pharmaceutiques sur les systèmes de santé et la nécessité de rechercher de nouveaux modèles permettant de préserver la soutenabilité financière de la prise en charge.

Pour l’Algérie, une Vision 2030

Dans ce contexte, Nazim Sini a proposé d’inscrire la lutte contre le cancer dans une « Vision 2030 », allant au-delà d’une succession de plans et définissant une trajectoire de long terme.

Parmi les pistes avancées figurent la généralisation et l’organisation du dépistage, le renforcement des ressources humaines dédiées à la prévention, ainsi que la mobilisation de mécanismes de financement innovants.

L’économiste a également évoqué la possibilité d’utiliser davantage la fiscalité comportementale afin de contribuer au financement de la prévention, notamment concernant certains produits ou activités associés à des facteurs de risque. Il a appelé parallèlement à renforcer la recherche sur les facteurs environnementaux et leur éventuel lien avec l’apparition de certains cancers.

Autre proposition : consacrer une part identifiée et pérenne du budget de santé à la prévention.

Le défi du dépistage et du suivi

La discussion qui a suivi a permis de prolonger cette réflexion sur le terrain algérien. La représentante du ministère de la Santé a notamment souligné la nécessité de passer progressivement d’un dépistage ponctuel ou reposant largement sur des actions mobiles à un dispositif davantage structuré autour de centres fixes et de parcours de suivi.

Car dépister ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir assurer l’orientation, la confirmation diagnostique, la prise en charge et le suivi des personnes identifiées.

C’est précisément sur cette continuité du parcours que se joue une partie de l’efficacité des politiques de diagnostic précoce.

De la dépense à l’investissement

L’un des enseignements majeurs de cette session est ainsi le changement de perspective proposé : la prévention ne devrait pas être considérée uniquement comme une dépense de santé, mais comme un investissement dans le capital humain et l’économie du pays.

À l’horizon 2030, l’enjeu sera donc de savoir comment l’Algérie peut mieux anticiper l’évolution de l’incidence des cancers, renforcer le dépistage précoce et optimiser ses ressources afin de réduire simultanément le fardeau sanitaire, social et économique de la maladie.

Djamila Kourta

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