Le nombre de cas d’infection aux hépatites B et C a connu une tendance à la hausse au cours de l’année 2023, selon le dernier rapport de l’Institut de Santé Publique sur la situation épidémiologique de l’hépatite virale. Une situation inquiétante qui nécessite un plan de prévention pour « contrôler l’épidémie »
L’hépatite virale est la deuxième cause de mortalité par maladie infectieuse dans le monde, après la tuberculose, avec 1,3 million de décès par an, selon le rapport 2024 de l’OMS. Il s’agit d’une inflammation du foie causée par cinq types de virus (A, B, C, D et E). Les hépatites B et C sont les plus dangereuses : elles sont chroniques et entraînent un risque de décès par cirrhose et cancer du foie.
Le rapport de l’INSP signale une augmentation significative du nombre de cas d’hépatites virales B et C sur le territoire national depuis 2022. La contamination à l’hépatite B a enregistré une hausse de 27,4%, tandis que celle à l’hépatite C a enregistré une hausse de 26,8%. En 2023, pas moins de 2 298 cas d’hépatite B et 808 cas d’hépatite C ont été recensés, contre 1 774 cas d’hépatite B et 626 cas d’hépatite C en 2022.
Près de 60% des cas d’hépatite B sont des jeunes
L’hépatite B se propage par des contacts avec des liquides biologiques comme le sang, la salive, les sécrétions vaginales ou le sperme. Elle se transmet également de la mère à l’enfant. L’hépatite C se transmet, quant à elle, par contact avec du sang infecté, comme l’usage des aiguilles ou seringues réutilisés, ou en raison d’actes médicaux non sécurisés comme des transfusions de produits sanguins qui n’ont pas fait l’objet d’un test de dépistage, explique le rapport.
Les hommes sont les plus touchés par ces virus, avec un sex-ratio de 1,4 pour l’hépatite B et de 1,2 pour l’hépatite C. En 2023, 59% des cas d’infection à l’hépatite B ont été enregistrés parmi les jeunes adultes âgés de 20 à 29 ans. L’hépatite C a enregistré le plus fort taux chez les adultes âgés de 60 ans et plus, suivis par les tranches d’âge de 40 à 49 ans et de 20 à 29 ans.
Il convient de noter que le nombre de cas d’infections pourrait se révéler plus important, en raison de l’explosion des cas depuis le début de l’année 2024. Des praticiens de santé publique ont tiré la sonnette d’alarme pour signaler l’augmentation des cas d’infection à l’hépatite C, particulièrement chez les jeunes usagers de drogues intraveineuses. Des infections qui sont dues à la nouvelle tendance de partage de seringues, qui favorise la transmission de l’hépatite virale et du VIH.
L’Ouest et le Sud-ouest cumulent 40% des cas d’hépatite C
Par région, c’est le Sud qui a enregistré le plus grand nombre de cas d’hépatites B et C en raison des « interactions existantes avec les populations migrantes venant de pays où l’incidence, notamment de l’hépatite B, est élevée », selon le rapport.
Concernant l’hépatite B, la répartition géographique est « hétérogène ». Les wilayas du Sud, dont Tamanrasset, Illizi, Adrar et Béchar, ont enregistré les taux d’incidence les plus élevés.
Pour l’hépatite C, le rapport indique « une disparité significative selon les régions sanitaires » et une « hétérogénéité importante de la prévalence à travers les wilayas ». «Les régions du Sud-ouest et de l’Ouest cumulent presque la moitié des cas d’hépatite virale C en Algérie, soit 40,1% (323 cas)», selon le rapport.
Les wilayas les plus touchées sont : Tindouf, Oum El Bouaghi, Ain Temouchent, Tissemsilt, Tamanrasset, Béchar, Souk Ahras et Tébessa. Le rapport signale également que le nombre de cas a doublé dans douze wilayas.
L’urgence de « contrôler l’épidémie »
Hormis les interactions avec les migrants, d’autres facteurs sont également incriminés, comme la transmission par voie sexuelle, les affections professionnelles, ainsi que les populations à risque qui favorisent la transmission.
Dans sa conclusion, le rapport note « une variation régionale des infections à l’hépatite virale qui suggère l’existence de facteurs de risque spécifiques à chaque virus, ainsi que des facteurs socio-économiques, environnementaux ou liés aux comportements à risque ».
Il recommande la mise en place de « stratégies de prévention et de traitements adaptés à chaque région et à chaque type de virus afin de mieux contrôler l’épidémie de l’hépatite virale ».
Yamina Baïr
