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Dr Chachou. Médecin biologiste et président de l’ALAM : «La biologie médicale exige une formation spécialisée et une régulation stricte»

Dr Abdelhalim Chachou, président de l’ALAM : « La biologie médicale exige une formation spécialisée et une régulation stricte »

Alors que les maladies rénales et la consommation de drogues prennentde l’ampleur en Algérie, l’Association des laboratoires d’analyses médicales l’ALAM, a organisé une journée scientifique consacrée à la prévention et au dépistage. À cette occasion, son président, le Dr Chachou, revient sur les enjeux de ces deux thématiques, sur le rôle central du biologiste médical dans le parcours de soins, et alerte sur les dérives qui fragilisent aujourd’hui la pratique de la biologie médicale dans le pays. Entre nécessité de formation, renforcement de la réglementation et montée des facteurs de risque, il livre une analyse sans détour de la situation actuelle.

Interview réalisée par Rania N.

Pouvez-vous nous présenter le contenu de cette journée scientifique ?

Aujourd’hui, en tant qu’Association des laboratoires d’analyses médicales, nous organisons une journée scientifique consacrée à la maladie rénale et au dépistage des drogues. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la formation médicale continue que nous assurons régulièrement.

Nous avons choisi ces deux thématiques afin d’accentuer la prévention, d’une part, des maladies rénales et, d’autre part, de la consommation de drogues, un sujet qui préoccupe actuellement les autorités du pays.

Pourquoi avoir mis l’accent sur la maladie rénale ?

Parce que la maladie rénale peut être dépistée très tôt. Plus le diagnostic est précoce, meilleure est la prise en charge.

Le choix de ce thème est également lié à l’épidémiologie de notre pays : le diabète, en constante augmentation, constitue le premier facteur de risque de maladie rénale, suivi de l’hypertension artérielle, qu’elle soit primaire ou secondaire. S’y ajoutent les maladies auto-immunes, qui peuvent elles aussi affecter le rein.

Quel rôle joue le biologiste médical dans ce parcours ?

Le biologiste médical occupe une place essentielle dans le dépistage.

Il dispose des techniques nécessaires pour détecter les premières anomalies, alerter le médecin et informer le patient.

Il intervient également dans le parcours de soins en offrant un véritable accompagnement et des conseils utiles pour une meilleure prise en charge.

Les laboratoires en Algérie disposent-ils des ressources nécessaires ?

Globalement, oui. Les laboratoires de biologie médicale en Algérie disposent de compétences qualifiées – médecins ou pharmaciens spécialistes – ainsi que du matériel et des réactifs nécessaires, même si l’approvisionnement peut parfois être perturbé.

Qu’en est-il de la régulation du secteur ?

Aujourd’hui, la biologie médicale dépend d’une dizaine de sous-directions, mais il n’existe pas encore de structure unique dédiée spécifiquement à sa gestion.

Notre souhait est de voir la biologie médicale encadrée par une structure propre, ainsi qu’une réglementation claire et adaptée.

Nous constatons malheureusement une pratique de plus en plus anarchique, avec l’exercice de la biologie médicale par des non-biologistes, ce qui est aberrant et dangereux pour la qualité des soins.

Et concernant la formation des biologistes médicaux ?

Il est regrettable qu’en 2025, nous formions encore des mono-spécialistes. Dans le contexte actuel, ils deviennent en quelque sorte les victimes d’un système qui n’a pas évolué, alors que dans tous les pays, la formation en biologie médicale est devenue polyvalente.

On ne peut pas former un biologiste uniquement en immunologie, en bactériologie ou en biochimie : la prise en charge d’un patient nécessite une vision globale.

Nous assistons en effet à des demandes de la part de diplômés en biologie végétale, physiologie animale ou écologie environnementale pour accéder à la biologie médicale.

Soyons sérieux : on ne peut pas exercer ce métier sans y avoir été formé. S’ils souhaitent réellement devenir biologistes médicaux, une reconversion existe : il suffit de se présenter au concours de la faculté pour obtenir les diplômes requis.

Dans ce domaine, on n’exerce pas avec un décret, mais avec une compétence attestée par une formation spécialisée.

R. N.

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