Dans une interview accordée à TDMsanteinov, le professeur Selma Kesraoui, chef de service de neurologie à l’hôpital de Blida, est revenue sur les résultats préliminaires du registre régional des accidents vasculaires cérébraux (AVC) pour l’année 2024 présenté à l’INSP.
Un travail de fond qui apporte des données essentielles sur l’incidence, la mortalité et la prise en charge de cette pathologie devenue un enjeu majeur de santé publique a insisté Pr Kesraoui.
Mis en place initialement en 2018, le registre des AVC de Blida a été relancé et pérennisé en 2024 afin de disposer de données actualisées et fiables. Les résultats présentés concernent exclusivement la population de la wilaya de Blida, les patients provenant des wilayas limitrophes n’ayant pas été inclus, afin de permettre un calcul précis de l’incidence.
«Sans chiffres, on ne peut pas parler de la maladie ni construire une politique de santé», a indiqué le Pr Kesraoui, soulignant l’importance stratégique de ce type de registre.
Une incidence de 51 AVC pour 100 000 habitants
Selon les données collectées, l’incidence des AVC dans la région de Blida est estimée à 51 nouveaux cas pour 100 000 habitants, avec un âge moyen des patients de 65 ans. Comme rapporté dans la littérature internationale, l’incidence augmente nettement avec l’âge, qu’il s’agisse d’AVC ischémiques ou hémorragiques.
L’AVC ischémique reste de loin le plus fréquent, représentant plus de 85 % des cas, loin devant les hémorragies intracérébrales et sous-arachnoïdiennes, a t-elle expliqué.
Pr Kesraoui a fait savoir que la mortalité liée aux AVC est en diminution par rapport aux résultats du registre de 2018. Toutefois, le professeur en neurologie a insisté sur la nécessité de rester vigilant. Les AVC constituent aujourd’hui la deuxième cause de mortalité, après avoir longtemps occupé la troisième place, une tendance observée aussi bien en Algérie qu’à l’échelle mondiale.», a- t-elle précisé.
La thrombolyse, un levier clé de la prise en charge
Le Pr Kesraoui est revenu également sur l’importance de la thrombolyse dans le traitement de l’AVC ischémique. Cette technique vise à dissoudre le caillot responsable de l’occlusion artérielle afin de rétablir la circulation sanguine cérébrale.
«Si le patient arrive dans les délais et répond aux critères, la thrombolyse permet de limiter les dégâts neurologiques et d’améliorer la récupération», a-t-elle expliqué, rappelant que tout repose sur la rapidité de la prise en charge.
Pour la spécialiste, l’intérêt d’un registre AVC est fondamental : il permet d’évaluer l’incidence, la mortalité et l’impact réel de la maladie, autant d’indicateurs indispensables pour planifier et améliorer la prise en charge.
Dans cette optique, des registres régionaux ont déjà été lancés à Blida, Constantine et Oran, première étape avant une éventuelle généralisation à l’échelle nationale, malgré les contraintes organisationnelles. Interrogé sur les pistes d’amélioration, le Pr Kesraoui estime que la solution ne réside pas uniquement dans la multiplication des unités neurovasculaires (UNV). Elle plaide surtout pour un renforcement de la formation médicale continue en pathologie neurovasculaire.
Ce qui permettra une prise en charge adéquate des patients victimes d’AVC sur l’ensemble du territoire national, y compris dans les régions dépourvues d’UNV spécialisées, a t-elle ajouté.
Un enjeu majeur de santé publique
À travers ce registre régional, les professionnels de santé disposent désormais d’un état des lieux précis sur les AVC à Blida. Une base scientifique indispensable pour anticiper, organiser et améliorer la réponse du système de santé face à une pathologie lourde, fréquente et à fort impact sur la mortalité et le handicap.
Djamila Kourta
