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Dr Nazim Khoudour, pharmacien spécialiste : “Favoriser l’enrichissement alimentaire en vitamine D pour réduire la carence”

Pharmacien spécialiste en hydrobromatologie et développeur, auditeur à l’agence nationale des produits pharmaceutiques ANPP,  Dr Nazim Khoudour nous livre dans cet entretien les résultats de son enquête sur une problématique de santé publique qui mérite beaucoup d’attention. La carence en vitamine D surexprimée dans notre population et l’importance de la supplémentation.  

Propos recueillis par
Djamila Kourta

  • La prescription et la consommation de la vitamine D dans notre pays affichent une forte progression ces dernières années, selon votre enquête. Quelles sont les proportions réelles de cette consommation ?

En apparence, on pourrait croire à une progression linéaire, mais les données que j’ai étudiées montrent plutôt une consommation globalement élevée, avec une moyenne d’environ 12 millions d’unités vendues chaque année entre 2019 et 2024. Cela représente plus de 72 millions d’unités sur six ans, uniquement dans le circuit officinal, c’est-à-dire les ventes en pharmacie du cholécalciférol en tant que médicament.

Et encore, ces chiffres ne prennent pas en compte les ventes de vitamine D sous forme de complément alimentaire, qui échappent à notre suivi. La consommation réelle est donc probablement bien supérieure.

Ce niveau de consommation n’est pas en soi préoccupant — au contraire, il témoigne d’une meilleure détection de l’hypovitaminose D par les médecins et d’une prise en charge accrue. C’est un signal encourageant qui montre que le corps médical est sensibilisé à cette carence.

Mais la supplémentation médicamenteuse reste une réponse individuelle : elle ne concerne que les patients diagnostiqués et traités. Une large partie de la population reste donc à l’écart. C’est pourquoi il est essentiel de penser à des stratégies de santé publique plus globales, qui agissent en amont et touchent l’ensemble de la population.

  • Quelles sont les raisons, d’après vous, de cette augmentation significative des ventes de ce produit ?

Cette forte demande repose sur une réalité épidémiologique bien documentée. Plusieurs études menées en Algérie révèlent des taux très élevés d’hypovitaminose D. À titre d’exemple, une étude conduite à Alger a montré que plus de 93% des adultes âgés de 40 à 80 ans présentent une carence en vitamine D (Himeur et al., Annales d’Endocrinologie, 2015).

Ce constat est d’autant plus paradoxal que nous vivons dans un pays baigné de soleil, avec plus de 2 600 heures d’ensoleillement par an. Pourtant, la carence est généralisée.

L’Algérie n’est pas un cas isolé : la quasi-totalité des pays de la région MENA présentent des taux similaires. En Tunisie, par exemple, la prévalence dépasse les 90 %. Au Maroc et en Égypte, on observe les mêmes ordres de grandeur.

Les causes sont multiples et souvent convergentes : un mode de vie urbain qui limite l’exposition au soleil, des températures caniculaires qui poussent à s’en protéger aux heures les plus efficaces, des vêtements couvrants, un phototype de peau foncé nécessitant une exposition prolongée aux UVB, l’absence d’enrichissement alimentaire systématique, et une politique de supplémentation souvent restreinte aux nourrissons.

Enfin, un facteur génétique probable pourrait également jouer un rôle : certaines populations, notamment dans la région MENA, présenteraient des variantes génétiques affectant la synthèse, le transport ou le métabolisme de la vitamine D.

Cette hypothèse, appuyée par plusieurs travaux, contribuerait à expliquer pourquoi la carence persiste, même dans des environnements fortement ensoleillés.

  • Est-ce qu’une consommation excessive de la vitamine D peut avoir un impact sur la santé ?

Absolument. Bien que la carence soit notre problème principal, l’excès peut être dangereux. La surconsommation peut provoquer une hypercalcémie, avec des risques de calculs rénaux, d’insuffisance rénale, et de calcifications artérielles.

Le seuil toxique est généralement au-dessus de 100 ng/ml. C’est pourquoi il est essentiel de doser avant de supplémenter et de suivre les recommandations médicales.

  • Vous avez publié une analyse de la situation du marché tout en suggérant une série de recommandations. Quelles sont les priorités pour venir à bout de cette carence ?

Dans l’enquête que j’ai menée je propose une stratégie à trois piliers. D’abord, l’enrichissement alimentaire – c’est la priorité absolue. La Jordanie a enrichi sa farine de blé en vitamine D dès 2010, l’Arabie Saoudite et les Émirats ont développé des programmes similaires. C’est une intervention passive qui touche toute la population de manière équitable.

Ensuite, nous devons réformer notre politique de supplémentation. Actuellement, nous ne ciblons que les nourrissons. Il faut étendre aux femmes en âge de procréer, aux enfants d’âge scolaire, aux personnes âgées et aux personnes en surpoids.

D. K.

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