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Hassane Menouar, président de l'association Aman

Hassane Menouar, président de l’association Aman : «Sans cadre clair, le phénomène deviendra aussi incontrôlable que l’informel alimentaire »

Injections de botox, séances de laser ou peelings… Ces actes médicaux se pratiquent aujourd’hui par des personnes non qualifiées et en dehors de tout cadre légal dans de nombreux instituts de beauté algériens.

Hassan Menouar, président de l’association de protection des consommateurs Amane, alerte sur cette dérive inquiétante, ses risques sanitaires, et le vide réglementaire qui l’accompagne. Il appelle à une action urgente des autorités.

  • Quelle est aujourd’hui l’ampleur du phénomène des actes médicaux illégaux dans les instituts de beauté ?

Le secteur de l’esthétique connaît un essor rapide en Algérie, porté par les réseaux sociaux et une demande croissante pour les soins anti-âge et de bien-être. Cette tendance touche désormais tout le territoire, pas seulement les grandes villes.

Les réseaux sociaux, les médias et l’accès à Internet ont largement contribué à sensibiliser la population, notamment les femmes, à l’importance de prendre soin de soi. Les exigences en matière d’apparence et d’esthétique ont fortement augmenté. Malheureusement, cela pousse certaines personnes à se tourner vers des pratiques non encadrées, voire dangereuses.

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  • Que dit la législation algérienne à ce sujet ?

Il existe un flou juridique. Les actes médicaux relèvent du ministère de la Santé, alors que les salons sont sous la tutelle du ministère du Commerce. Même si la réglementation reste peu développée, elle stipule tout de même que tout acte médical doit être réalisé par un médecin ou un professionnel du secteur paramédical.

Il est formellement interdit à une personne non qualifiée d’effectuer une injection, encore moins un acte médical impliquant l’introduction de substances dans la peau ou des gestes assimilables à de petites interventions chirurgicales.

  • Qui est responsable en cas de complication ?

La responsabilité principale incombe au prestataire, c’est-à-dire au gérant du salon qui propose ces actes illégaux. Mais le consommateur, en acceptant ces prestations dans un lieu non autorisé, a aussi sa part de responsabilité. Sur le plan légal, c’est toutefois le commerçant qui doit être sanctionné pour exercice illégal de la médecine.

  • Y a-t-il des contrôles et des sanctions suffisants ?

Non. Les mécanismes de contrôle sont très faibles, même dans les structures agréées. Il faut mettre en place des brigades mixtes associant Santé, Commerce, APC et bureaux d’hygiène pour recenser et encadrer les établissements.

Il serait pertinent d’établir des classifications claires, avec des logos ou des enseignes distinctes, des couleurs spécifiques, et des normes d’installation différentes pour permettre aux consommateurs de distinguer les établissements professionnels des autres. Sans cadre clair, le phénomène deviendra aussi incontrôlable que l’informel alimentaire.

  • Les consommateurs sont-ils suffisamment informés ?

Le faible coût des prestations attire, mais beaucoup de clients ignorent les risques. La culture de prévention est quasi inexistante. L’État doit encadrer, sensibiliser et surtout protéger, même ceux qui ne mesurent pas les dangers.

La Constitution de 2020 impose cette obligation aux pouvoirs publics. Elle confie aux pouvoirs publics, notamment au ministère du Commerce, la mission de protéger les consommateurs et de veiller à la sécurité des produits et services proposés sur le marché.

  • Quelles actions mène l’association Amane ?

Notre mobilisation commence peut-être avec cet article. Nous comptons lancer une campagne de sensibilisation via les réseaux sociaux, la presse et les médias. Et si le public réagit, cela peut aboutir à des actions concrètes, notamment en cette période estivale où la demande explose.

  • Que recommandez-vous concrètement ?

Il faut une campagne nationale de prévention, un renforcement des contrôles, mais aussi la création d’un registre officiel des établissements esthétiques agréés.

Nous demandons également une plateforme numérique ou une application permettant aux citoyens d’identifier les professionnels certifiés, avec numéro d’agrément et adresse.

Certes, il est difficile d’éradiquer complètement le commerce informel, mais ici, il en va de la santé publique.

Rania N.

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