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Pr. Abdelwahab Belkacem Nacer, chef du service urologie au CHU Mohamed Lamine Debaghine

Interview du Pr Belkacem Nacer : «Plus le cancer de la prostate est diagnostiqué tôt, plus les chances de guérison sont élevées»

A l’occasion de Novembre Bleu, le mois de sensibilisation sur le cancer de la prostate, le professeur Abdelwahab Belkacem Nacer, chef du service urologie au CHU Mohamed Lamine Debaghine, revient sur les défis de la détection précoce et de la prise en charge de ce cancer.

Propos recueillis par Yamina Baïr

Comment se manifeste le cancer de la prostate ?

La prostate est une glande masculine qui peut être affectée par diverses pathologies, dont le cancer. C’est le premier cancer masculin et il survient à partir de la cinquantaine.

Il se manifeste principalement par des symptômes urinaires : le patient se réveille fréquemment la nuit et éprouve des difficultés à vider sa vessie. Parfois, il peut aussi ressentir des brûlures mictionnelles ou même observer du sang dans ses urines.

Ces symptômes peuvent être communs, non seulement au cancer de la prostate, mais aussi à l’hypertrophie bénigne de la prostate. C’est pourquoi un examen clinique approfondi est nécessaire, à savoir  un toucher rectal.

Quels sont les facteurs de risque ?

Le principal facteur de risque est l’âge. Plus l’homme vieillit, plus le risque de développer un cancer de la prostate augmente.

Un autre facteur important est l’hérédité : avoir des antécédents familiaux de cancer de la prostate peut augmenter les risques car il existe une prédisposition génétique.

Dans certains cas, le cancer de la prostate peut survenir chez des hommes plus jeunes, mais c’est des exceptions.

Le CHU Bab El Oued est une référence dans la prise en charge du cancer. A quel stade les patients arrivent-ils ?

Un tiers des patients arrivent dans un état métastatique. Dans ce cas, le traitement est palliatif. Nous utilisons alors de l’hormonothérapie de première et deuxième génération. Un autre tiers des patients arrive dans un stade localement avancé.

Cela signifie que la maladie n’a pas encore entraîné de métastases à distance, mais qu’elle a atteint les tissus voisins comme la vessie, le foie ou les poumons.

Dans ce cas, le traitement standard repose sur une combinaison de radiothérapie et d’hormonothérapie. Parfois, une chirurgie (une prostatectomie) peut être envisagée, mais toujours dans un cadre multimodal, c’est-à-dire en association avec la radiothérapie ou l’hormonothérapie. La troisième catégorie concerne les patients dont le cancer est diagnostiqué à un stade localisé.

Cela signifie que la tumeur est encore contenue dans la capsule prostatique, sans invasion des tissus voisins. C’est le stade idéal, car il permet une intervention chirurgicale, mais le choix final revient au patient.

Une radiothérapie peut également être proposée dans ce cas, et cela donne d’excellents résultats.

Comment évaluez-vous cette situation ?

Il y a 15 ans, deux tiers des patients arrivaient dans un état métastatique, un tiers dans un stade localement avancé, et il n’y avait pratiquement pas de cas de cancer de la prostate localisé.

Aujourd’hui, je peux dire qu’il y a eu des progrès, grâce à la généralisation du dosage du PSA et à une meilleure sensibilisation de la population.

Cela a permis de détecter plus tôt les cancers de la prostate, souvent à un stade localisé, ce qui améliore les chances de guérison.

Deux tiers des patients arrivent à l’hôpital à un stade avancé. Pourquoi ?

Si les citoyens ne viennent pas se faire dépister, c’est avant tout de notre faute, celle du corps médical, car nous n’avons pas suffisamment informé et sensibilisé la population.

Aujourd’hui, grâce à Internet et aux réseaux sociaux, les gens ont plus facilement accès à l’information. Et un homme de 60 ou 70 ans aujourd’hui n’est plus le même qu’il y a trente ans.

Il y a des patients qui viennent, d’eux-mêmes, nous demander de les dépister, mais cela reste insuffisant. Il faut intensifier les campagnes de sensibilisation et de dépistage.

Comment se fait le dépistage du cancer de la prostate ?  

Parmi les éléments du dépistage, le dosage PSA (antigène prostatique spécifique), qui est un test sanguin. Il y a aussi le toucher rectal, qui fait partie de l’examen clinique.

Lors de cet examen, la présence d’un nodule dans la prostate suscite une suspicion. Si la prostate apparaît dure, nous procédons à un dosage sanguin du PSA.

Si le taux est élevé, nous suspectons un cancer de la prostate. Dans ce cas, une IRM est nécessaire, suivie éventuellement d’une biopsie de la prostate pour confirmer le diagnostic de cancer.

L’objectif est de diagnostiquer le cancer avant même l’apparition des symptômes. C’est pourquoi nous recommandons un dépistage précoce, à partir de 50 ans, même en l’absence de symptômes urinaires.

Ce dépistage peut commencer dès 45 ans si dans le cas d’antécédents familiaux de cancer de la prostate. Plus le cancer est diagnostiqué tôt, plus les chances de guérison sont élevées.

Cet examen doit être réalisé correctement, mais malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Il reste encore un tabou. Il est important que le médecin généraliste, quel que soit son sexe, le pratique, car il fait partie de l’examen clinique systématique.

Le médecin doit également convaincre le patient que cet examen est dans son intérêt.

Quels sont les défis actuels pour lutter contre ce cancer ?

Parmi les 50 000 cas de cancer diagnostiqués chaque année en Algérie, hommes et femmes, le cancer de la prostate touche entre 3 000 et 3 500 hommes.

Cependant, il existe également de nombreux cas de cancer de la prostate qui passent inaperçus. Certaines personnes décèdent sans que l’on ait pu diagnostiquer qu’elles étaient mortes d’un cancer de la prostate. Il y a donc un véritable problème de sous-évaluation de cette maladie en Algérie.

Nous avons déjà évoqué le manque de formation des médecins et du personnel médical, ainsi que la nécessité d’améliorer la prise en charge des patients, en renforçant les moyens matériels que l’État doit fournir aux hôpitaux.

Nous recevons des patients de toute l’Algérie. Il est vrai qu’il existe des centres de référence en cancérologie, comme le CHU de Bab El Oued, et nous disposons de moyens, mais nous avons besoin davantage de ressources pour répondre aux besoins.

 Y. Baïr
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