À l’occasion du lancement du premier Référentiel national des équipements de santé, Pr Hadia Mansouri, la directrice des équipements de santé au ministère d ela santé revient sur les objectifs de cet outil stratégique, ses modalités d’utilisation et son rôle dans la planification des investissements sanitaires. Avec 716 équipements recensés, répartis entre 38 spécialités médicales et médico-chirurgicales et huit référentiels transversaux, ce dispositif ambitionne de mieux adapter les équipements aux besoins réels des patients et des structures de santé.
Interview réalisée
par Djamila Kourta
Quelle est la portée de ce premier Référentiel national des équipements de santé ?
“C’est la première fois que l’Algérie se dote d’un référentiel national dans le domaine des équipements de santé. Il s’agit d’un véritable outil de planification destiné à orienter les investissements dans le secteur sanitaire.”
Ce référentiel s’adresse à plusieurs catégories d’acteurs. D’abord, aux utilisateurs, notamment les praticiens médicaux, puisque les besoins en équipements découlent directement des besoins en soins. Il concerne également les décideurs, qu’il s’agisse des directeurs des établissements de santé ou des responsables de la santé au niveau territorial, chargés de la planification. Enfin, il constitue un outil d’aide à la décision pour les autorités centrales, en leur offrant une vision globale des investissements nationaux en équipements de santé.
Que contient concrètement ce référentiel ?
Dans cette première étape, nous avons recensé 716 types d’équipements, répartis entre 38 spécialités médicales et médico-chirurgicales. Le dispositif comprend également huit référentiels transversaux couvrant plusieurs spécialités.
L’objectif est d’évaluer le degré de nécessité de chaque équipement en fonction des soins dispensés et du niveau de prise en charge. Le référentiel prend ainsi en considération les quatre niveaux de soins, sachant qu’un même équipement peut présenter un degré de nécessité différent selon le niveau concerné.
Sur quels principes repose la planification des équipements de santé ?
Le principe fondamental est que le besoin clinique doit déterminer l’acquisition de l’équipement, et non l’inverse. C’est pourquoi le clinicien, en tant qu’utilisateur et acteur directement confronté aux besoins des patients, constitue le point de départ de la planification.
Cette approche est consacrée par l’arrêté n° 11 du 28 juin 2026, qui instaure le système national de suivi et de maintenance des équipements de santé et met en place une gouvernance à trois niveaux.
Au niveau de l’établissement, la gouvernance est assurée par un comité réunissant les utilisateurs, représentés notamment par les chefs de services et les responsables des services cliniques et médico-techniques. Le niveau intermédiaire intervient à l’échelle territoriale, tandis que le niveau central est représenté par le Comité national de suivi et de gestion des équipements de santé.
Comment ce référentiel permettra-t-il d’améliorer les décisions d’acquisition et de renouvellement des équipements ?
Il s’agit d’un outil d’aide à la décision qui permettra de mieux encadrer l’acquisition, le remplacement et l’introduction de nouveaux équipements dans les différentes structures de santé.
Avant tout investissement, plusieurs questions doivent être posées : l’équipement répond-il réellement à un besoin clinique ? Est-il adapté à la charge de soins, à la morbidité liée à la pathologie concernée et à la fréquence d’utilisation attendue ?
L’évaluation ne se limite toutefois pas à la nécessité médicale. Elle intègre également le coût total de possession, c’est-à-dire l’ensemble des dépenses générées par l’équipement durant tout son cycle de vie.
Quels autres critères sont pris en compte dans cette évaluation ?
Le référentiel tient compte de plusieurs contraintes opérationnelles, notamment les ressources humaines nécessaires à l’utilisation de l’équipement et les conditions techniques de son installation.
Les exigences peuvent être très différentes d’un équipement à un autre : certains nécessitent simplement une alimentation électrique adaptée, tandis que d’autres imposent des infrastructures spécifiques, comme des bunkers.
Le marché national constitue également un critère important. Il est indispensable de vérifier la disponibilité des services après-vente et des pièces de rechange. En effet, l’acquisition d’un équipement ne représente que la première étape. Il faut aussi garantir son entretien et sa maintenance tout au long de sa durée de vie, en privilégiant la maintenance préventive et en assurant la maintenance corrective en cas de panne.
Quel changement majeur ce référentiel entend-il introduire dans la gestion des équipements de santé ?
L’ambition est de passer à une planification fondée sur les besoins réels des structures de santé, les exigences cliniques et les capacités opérationnelles. Il ne s’agit plus seulement d’acquérir des équipements, mais de s’assurer de leur pertinence, de leur disponibilité et de leur utilisation durable au service de la qualité des soins.
D.K
