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reportage

Au cœur du CHU de Douéra : Quand la biologie moléculaire redéfinit la lutte contre le cancer

Dans les couloirs du service d’anatomie, de cytologie pathologiques et de pathologie moléculaire du Centre hospitalo-universitaire (CHU) de Douéra, le temps est une donnée vitale. Derrière les blouses blanches et le ballet des échantillons, se joue une course de précision. Une équipe jeune et dynamique à sa tête le Pr Khadidja Mokeddem ne laisse rien au hasard.

Reportage au cœur d’une discipline en pleine révolution.

Depuis septembre 2024, sous l’impulsion de sa cheffe de service, l’unité s’est érigée en un maillon fort de la lutte anticancéreuse. Ici, on ne se contente plus de poser un diagnostic : on traque la mutation intime de la tumeur pour offrir au patient la clé de son traitement.

De la morphologie à la précision moléculaire

Pénétrer dans ce service illuminé érigé en deux niveaux ouvert sur un payasge envoutant sur les hauteurs de Douéra à l’ôuest d ela capaitle , c’est plonger dans l’infiniment petit. Le service s’articule autour d’unités hautement complémentaires.

cheffe de service anatomopathologie-diagnostic-tumeur.

D’un côté, la morphologie de routine assure le travail d’orfèvre des lames colorées — notamment à l’hématoxyline-éosine — qui permettent de poser les premières bases de l’analyse tissulaire. De l’autre, l’immunohistochimie déploie un vaste panel de réactifs pour cartographier les protéines exprimées par la maladie.

Mais le véritable point de bascule réside dans l’unité de biologie moléculaire. C’est le quartier général de la médecine de précision. C’est ici que l’on traque, gène après gène, les failles des cellules tumorales :

  • Les mutations du gène EGFR dans les cancers du poumon,

  • Celles des gènes RAS dans les tumeurs colorectales,

  • Les altérations de BRAF dans les mélanomes,

  • Ou encore le recours à l’hybridation in situ pour départager les cas ambigus d’amplification de HER2 (notamment dans le cancer du sein métastatique, où la recherche de mutations comme PIK3CA peut orienter vers une thérapie ciblée sur-mesure).

« La biologie moléculaire a complètement transformé notre approche », nous  confie Pr Khadidja Mokaddem chef de service : « Aujourd’hui, certaines classifications de tumeurs, comme les lymphomes, reposent entièrement sur ces signatures génétiques. Ce n’est plus seulement un diagnostic ; c’est un pronostic et, par-dessus tout, une boussole thérapeutique. »

Le combat quotidien des réactifs : « Une nécessité, pas un luxe »

Pourtant, cette haute technologie est suspendue à un fil délicat : l’approvisionnement en réactifs. Dans le discours des praticiens, le ton se fait grave lorsqu’on aborde la question des chaînes d’approvisionnement.

«Un service d’anatomopathologie doit disposer d’un socle minimal d’équipements et de réactifs pour fonctionner. Ce minimum n’est pas négociable», rappelle Pr Mokeddem. Et d’insister sur l’absurdité d’une vision purement comptable de la santé : « Lorsque nous plaidons pour un circuit dédié, un “couloir vert”, ce n’est pas par confort. Derrière chaque réactif manquant, il y a un diagnostic suspendu, une décision thérapeutique reportée, et parfois, une chance de guérison qui s’éloigne», ajoute t-elle. 

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Face aux périodes de tension où certains produits viennent à manquer, la solidarité entre structures hospitalières s’organise tant bien que mal pour éviter la rupture totale nous confie t-elle.

«Demander un réactif pour caractériser une tumeur, c’est exactement la même urgence médicale que de demander un dosage pour diagnostiquer une anémie grave. On ne peut pas dire à un patient que l’outil pour le sauver n’est pas disponible », argumente la spécialiste.

Analyse au microscope de lames histologiques en anatomopathologie pour le diagnostic des tumeurs.

Le piège du traitement à l’aveugle

Autre cheval de bataille des pathologistes de Douéra : l’impératif absolu du diagnostic histologique avant toute administration de traitement.

Sur le terrain, la tentation de traiter rapidement face à l’angoisse de la maladie peut parfois mener à des impasses. Or, débuter une chimiothérapie ou une thérapie ciblée sans preuve histologique formelle comporte un risque redoutable.

Pr Belarbi, ancien chef de service dans toujours en exercice

Si le patient développe une résistance ou fait une rechute, procéder à une nouvelle biopsie après coup s’avère souvent vain : les premiers traitements ont déjà altéré la structure biologique et moléculaire de la tumeur, masquant la vérité de la maladie. « En cancérologie, on ne traite pas à l’aveugle», rappellent avec force la pathologiste.

Bien au-delà de l’oncologie

Si la lutte contre le cancer monopolise l’essentiel de l’activité, le rôle de l’anatomopathologie s’étend bien plus loin. Dans l’ombre des blocs opératoires et des consultations spécialisées, le service intervient également sur des pathologies non tumorales complexes.

Dans le cadre de maladies inflammatoires chroniques ou de syndromes auto-immuns — à l’instar du syndrome de Gougerot-Sjögren (caractérisé notamment par une sécheresse buccale) —, la biopsie d’une glande salivaire et son analyse microscopique restent souvent la seule clé pour lever le voile sur le diagnostic.

Au CHU de Douéra, l’anatomopathologie et la biologie moléculaire affichent ainsi leur véritable visage : celui d’un pont indispensable entre la science fondamentale et le lit du malade, où chaque analyse moléculaire représente un pas de plus vers l’espoir et la guérison.

Vers une nouvelle ère : l’horizon des technologies de pointe

Au-delà des urgences du quotidien et de la bataille pour l’approvisionnement, le service d’anatomopathologie et de biologie moléculaire du CHU de Douéra ne regarde pas seulement le présent. Il ambitionne d’intégrer de nouvelles  techniques de diagnostic encore plus pointues.

 Une ambition audacieuse mais nécessaire, pour faire de chaque diagnostic non plus seulement un constat, mais la promesse d’une guérison ciblée.

Interview du Pr Khjadidja Mokeddem, chef de service anatomie et cytopathologie  CHU Douéra

Pr Khadidja Mokeddem: « Le compte-rendu anapath est la boussole incontournable des thérapies ciblées »

interview du pr Mokkeddem sur la medecine de précision et anatomiepathologie

Pr Khadidja Mokeddem: « Le compte-rendu anapath est la boussole incontournable des thérapies ciblées »

À l’occasion d’une journée de formation médicale continue organisée dans le cadre d’Octobre Rose sur l’actualité anatomopathologique dans le cancer du sein, le Pr Khadidja Mokhaddam, chef du service d’anatomie, de cytologie pathologiques et de pathologie moléculaire du CHU de Douéra, fait le point sur les avancées de la spécialité. Entre classification OMS 2026, médecine de précision et défis quotidiens de terrain, entretien exclusif.

Interview réalisée

par Djamila Kourta

Vous avez récemment réuni de nombreux cliniciens — oncologues, radiothérapeutes, chirurgiens-sénologues et gynécologues — autour des nouveautés anatomopathologiques du cancer du sein. Quels étaient les messages clés de cette journée de formation ?

L’objectif principal de cette journée de formation médicale continue était de partager les nouveautés de la dernière classification de l’OMS de 2026. Nous avons insisté sur les modalités de prélèvement, la typologie tumorale et la prise en charge spécifique des patientes ayant bénéficié d’un traitement néoadjuvant. Au-delà des aspects morphologiques, il est primordial d’intégrer les classifications moléculaires actuelles, car nous sommes de plus en plus ancrés dans une démarche de médecine de précision. Nous avons d’ailleurs profité de cette rencontre pour présenter notre première expérience concernant la recherche des mutations du gène PI3K dans le cancer du sein métastatique, chez les patientes récepteurs hormonaux positifs et HER2 négatifs, en perspective d’une utilisation ciblée de nouveaux traitements.

cheffe de service anatomopathologie-diagnostic-tumeur.

Vous avez insisté sur les nouveautés de la classification de l’OMS 2026 pour le cancer du sein. En quoi cette nouvelle édition modifie-t-elle concrètement la pratique des anatomopathologistes ?

Cette 6ᵉ édition de la classification des tumeurs du sein de l’OMS introduit des changements diagnostiques et biologiques majeurs. Pour nos services de pathologie, cela nécessite une adaptation profonde : il nous faut actualiser nos référentiels diagnostiques, harmoniser la standardisation des biomarqueurs — en particulier pour HER2 —, et adapter nos comptes rendus ainsi que nos systèmes informatiques et de codification. C’est pourquoi une formation continue des anatomopathologistes est aujourd’hui indispensable pour maîtriser ces nouvelles entités, comprendre les modifications des critères histologiques et garantir des pratiques homogènes.

Quels sont les impacts directs de ces évolutions sur la prise en charge thérapeutique des patientes ?

Les retombées cliniques sont directes et fondamentales. Cette classification permet d’abord un diagnostic beaucoup plus précis, offrant une meilleure identification des sous-types tumoraux et de leur comportement biologique. Ensuite, elle permet d’affiner l’évaluation pronostique pour mieux estimer le risque évolutif et de récidive. Enfin, elle est un levier majeur pour le traitement personnalisé en orientant au plus juste les décisions thérapeutiques, qu’il s’agisse de l’hormonothérapie, des thérapies ciblées, de la chimiothérapie ou de l’immunothérapie.

Comment la biologie moléculaire a-t-elle transformé concrètement le travail du pathologiste et le parcours des patientes ?

La biologie moléculaire a complètement redéfini notre approche. Aujourd’hui, un pathologiste est pleinement conscient qu’il ne peut pas délivrer un diagnostic de cancer du sein sans y associer un profil complet. Le compte-rendu doit obligatoirement intégrer le statut hormonal — récepteurs œstrogéniques, progestérogéniques, HER2 —, ainsi que l’index de prolifération Ki-67. C’est un acquis non négociable. Par la suite, nous devons fournir tous les éléments histopronostiques indispensables, car les protocoles thérapeutiques des cliniciens suivent directement nos données anapath. Nous devons répondre avec précision aux questions des thérapeutes pour qu’ils puissent ajuster leurs traitements.

Ces nouveautés ont-elles également des répercussions au niveau de la santé publique et des registres du cancer ?

Absolument. Les changements apportés par l’OMS 2026 auront des conséquences directes sur la codification morphologique des cancers, le suivi des nouveaux sous-types tumoraux, la comparabilité des données épidémiologiques dans le temps, ainsi que sur la qualité et l’harmonisation des données entre les différents registres. La sensibilisation des responsables de ces structures et la formation des équipes sont donc la clé pour assurer une transition harmonieuse et garantir la fiabilité de notre cartographie sanitaire nationale.

journée de formation medicale continue ocrobre rose

Pour réaliser ces analyses de pointe, disposez-vous toujours des moyens nécessaires, notamment en réactifs ?

Un service d’anatomopathologie doit obligatoirement disposer d’un socle minimal de réactifs et d’équipements pour fonctionner, et ce minimum ne devrait pas être négociable. Lorsque nous plaidons pour des circuits dédiés ou de meilleures conditions, ce n’est pas par confort : notre mission est de fournir un diagnostic fiable. Derrière chaque résultat se cache une décision thérapeutique et, parfois, une chance de guérison. Les réactifs sont une nécessité absolue, pas un luxe. Malheureusement, nous traversons parfois des tensions d’approvisionnement, obligeant les équipes à faire preuve de solidarité entre structures pour éviter toute interruption d’activité.

Quelles sont les conséquences de ces ruptures sur la prise en charge ?

Lorsqu’un examen moléculaire ne peut être réalisé faute de réactifs, nous ne pouvons pas déterminer si un patient est éligible à une thérapie ciblée. En pratique, cela revient à lui dire que son traitement ne peut pas être adapté au moment crucial où il en a besoin. Face à l’augmentation des cancers, le système de santé doit répondre à ces impératifs. Demander un réactif pour caractériser une tumeur, c’est exactement la même urgence médicale que de demander un dosage pour diagnostiquer une anémie grave.

Vous insistez également sur la règle absolue d’obtenir une preuve histologique avant d’engager tout traitement…

Absolument. En oncologie, on ne peut pas traiter un patient à l’aveugle. Le diagnostic histologique est fondamental pour confirmer la nature de la tumeur. Commencer un traitement sans cette preuve préalable expose le patient à un risque de résistance. Si l’on doit reprendre les investigations par une biopsie après coup, il est souvent trop tard : les traitements antérieurs ont déjà altéré le profil biologique et moléculaire de la tumeur.

Quelles sont les perspectives d’avenir pour votre service au CHU de Douéra face à ces défis croissants ?

Notre ambition est de continuer à faire progresser la médecine de précision en intégrant de nouvelles techniques de diagnostic encore plus pointues. Le débat constructif que nous avons eu avec les oncologues, radiothéphapeutes, chirurgiens-sénologues et gynécologues lors de cette journée montre que la synergie pluridisciplinaire est la clé. Le dialogue doit rester permanent entre équipes médicales et administratives pour faire face aux défis de la santé publique en Algérie et offrir à chaque patient des soins rapides, modernes et ultra-personnalisés.

D. K.

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