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Dr. Tahar Boudjema, résident en psychiatrie : «Le burn-out fragilise profondément les soignants et menace la qualité des soins »

 Face à une pression croissante, les soignants sont de plus en plus exposés au burn-out, un syndrome d’épuisement professionnel qui altère à la fois leur santé mentale et la qualité des soins. Le Dr Tahar Boudjema, médecin résident en psychiatrie au CHU de Sidi Bel Abbès, décrypte les mécanismes, les signes d’alerte et les enjeux d’une prise en charge urgente.

Propos recueillis par Rania N.

  • Comment définiriez-vous le burn-out, spécifiquement dans le contexte des professions de santé ?

Le burn-out se définit comme un état d’épuisement émotionnel, mental et physique lié à un stress professionnel chronique. Chez les soignants, il naît souvent de la tension constante entre la vocation d’aider et les contraintes institutionnelles.

C’est un effritement progressif du sens du travail, où la passion finit par s’éteindre sous le poids de la charge.

  • Quels sont les signes d’alerte les plus fréquents et les plus précoces que vous observez chez le personnel médical (médecins, infirmiers, etc.) ?

Les premiers signaux sont souvent discrets : fatigue persistante, irritabilité, troubles du sommeil, sentiment d’être « vidé ».

Puis apparaissent une mise à distance émotionnelle envers les patients et une perte de satisfaction dans le travail accompli.

  • Quelles spécificités cliniques du burn-out chez les soignants sont souvent confondues avec d’autres troubles, comme la dépression ou l’anxiété ? Comment faites-vous la distinction ?

La confusion est effectivement fréquente. Cependant, contrairement à la dépression, le burn-out reste centré sur le contexte professionnel : l’humeur s’améliore généralement en dehors du travail. Il s’accompagne également d’un cynisme professionnel plutôt que d’une tristesse généralisée.

  • Quels sont, selon votre expérience, les facteurs organisationnels qui contribuent le plus au burn-out en milieu hospitalier ou de soins ?

Notre étude conduite en 2024 a révélé que la surcharge de travail, le manque de personnel et la pression hiérarchique sont les principaux déclencheurs. S’y ajoutent parfois la perte de reconnaissance et l’absence d’espaces d’écoute au sein des équipes.

Lire aussi : Dr. Lyès Merabet : «Le burn-out doit être reconnu comme une maladie professionnelle»

  • Le personnel médical est constamment exposé à la souffrance, à la mort et aux situations d’urgence. Quel est l’impact psychologique de cette charge émotionnelle répétée ?

Cette exposition continue fragilise le psychisme. Nous constatons que certains soignants développent une forme « d’anesthésie affective » comme mécanisme de protection. Mais ce mécanisme peut finir par les isoler de leurs propres émotions.

  • Quelles sont les conséquences concrètes du burn-out d’un soignant, sur sa santé personnelle mais aussi sur la qualité des soins et la sécurité des patients ?

Le burn-out altère la concentration et les capacités mentales, et favorise les erreurs. Un soignant épuisé ne peut plus offrir la qualité de soins que le patient est en droit d’attendre.

  • Quelles sont les premières étapes essentielles d’une prise en charge thérapeutique réussie pour un soignant en burn-out ?

La clé de la prise en charge est d’abord la reconnaissance du problème et l’établissement d’un diagnostic différentiel avec d’autres troubles.

Il faut ensuite envisager un arrêt de travail, un accompagnement psychologique, puis un réajustement professionnel. L’objectif est de restaurer la confiance et de réapprendre à poser des limites.

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  • En matière de prévention, quelles mesures structurelles et individuelles recommanderiez-vous pour construire une meilleure résilience ?

La prévention se joue à deux niveaux :

  • Institutionnel : instaurer des espaces d’échange, réduire la surcharge, promouvoir la santé mentale des soignants.
  • Individuel : apprendre à reconnaître ses limites, demander de l’aide sans culpabilité et préserver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
  • La prévention consiste aussi à cultiver la solidarité et le soutien mutuel entre collègues.

R. N.

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