Face à une charge de travail croissante et un système de santé sous tension, le burn-out touche de plus en plus de professionnels de santé en Algérie. Entre surcharge administrative, pression émotionnelle et manque de moyens, les soignants sont en première ligne d’un phénomène encore trop largement sous-estimé.
Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, se caractérise, selon les spécialistes, par trois dimensions à savoir l’épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et le sentiment de perte d’accomplissement.
Les médecins de première ligne, médecine générale, médecine interne et services d’urgence, sont les plus touchés. Les experts confirment que cette tendance est largement observée dans de nombreux pays, malgré des systèmes de santé très différents.
Les spécialistes précisent également que le burn-out n’est pas officiellement reconnu comme une maladie dans les classifications médicales internationales. Ils soulignent, toutefois, qu’il peut être déclaré comme maladie professionnelle, à condition qu’un lien clair avec le travail soit établi.
Ils expliquent que le burn-out se distingue de la dépression, car il est exclusivement lié au contexte professionnel, même si les deux peuvent coexister, compliquant parfois le diagnostic.
En Algérie, les syndicats de la santé alertent depuis plusieurs années sur une hausse notable des cas d’épuisement, particulièrement chez les jeunes praticiens.
Dans les polycliniques, une pression quotidienne
Les médecins décrivent des journées qui deviennent de plus en plus éprouvantes : consultations qui s’enchaînent, urgences imprévues, dossiers administratifs qui s’accumulent.
À Bordj El Behri, plusieurs praticiens indiquent que le manque de moyens et d’effectifs crée un environnement de travail particulièrement usant, où la charge mentale devient difficilement supportable.
Témoignage : «Je soigne les autres, mais j’ai fini par m’oublier»
Dr A. Zahia, interniste dans une polyclinique de Bordj El Behri et mère de trois enfants, dont deux adolescents, confie avoir traversé «une période extrêmement difficile». «Je suis maman de trois enfants, dont deux adolescents. Entre le travail et la maison, j’ai toujours couru, mais à un moment, mon corps a dit stop», raconte-t-elle.
Elle explique que les gardes qui s’enchaînaient, la fatigue chronique et la pression permanente ont rapidement dégradé son équilibre personnel.
«Je me surprenais à ne plus ressentir d’empathie. Je faisais mon travail de manière mécanique», dit-elle. «À la maison, je n’avais plus d’énergie. Je me disais que je n’étais à la hauteur ni ici ni là-bas», ajoute-t-elle.
Le tournant est survenu lorsqu’elle a fait un malaise au travail.
«C’est là que j’ai compris que je ne pouvais plus continuer ainsi», explique-t-elle. «Un spécialiste m’a diagnostiqué un burn-out sévère», ajoute-t-elle.
Après une prise en charge adaptée et un temps d’arrêt, elle assure aller mieux aujourd’hui, même si la vigilance reste indispensable.
«Nous devons admettre que nous avons des limites. Je veux dire à mes collègues : écoutez les signaux. On ne peut pas soigner en s’oubliant soi-même», insiste-t-elle.
Reconnaître les signes avant qu’il ne soit trop tard
Les professionnels de santé mentale recommandent de rester attentif aux signes suivants ; fatigue persistante ; irritabilité ou cynisme ; perte de motivation ; troubles du sommeil ; douleurs physiques liées au stress.
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Ils soulignent qu’une prise en charge précoce facilite largement la guérison. Les spécialistes appellent à des mesures structurelles pour contenir l’épuisement professionnel : renforcement des effectifs ; réorganisation des tâches ; réduction des charges administratives ; dispositifs de soutien psychologique accessibles.
Ils avertissent que sans ces réformes, le burn-out continuera de frapper de plein fouet celles et ceux qui veillent chaque jour sur la santé des citoyens.
Rania N.
