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Lutte contre Cancer en Algérie : La recherche scientifique encore marginale

Malgré des initiatives institutionnelles et l’engagement des professionnels de santé, la lutte contre le cancer en Algérie reste confrontée à de profondes insuffisances, notamment en matière de recherche scientifique, de prévention et de dépistage organisé, selon les conclusions du rapport de la cour des comptes.

Le développement de la recherche en cancérologie demeure insuffisant face à l’ampleur du défi sanitaire. Sur plusieurs décennies, les projets dédiés au cancer représentent une part marginale de la recherche médicale nationale : à peine 1,1 % des projets entre 1997 et 2007, et 3,45 % dans le programme de recherche en cours depuis 2021, révèle le rapport de la Cour des comptes. 

Si le nombre de thèses universitaires sur le cancer est en hausse depuis 2012, avec un pic observé entre 2018 et 2020, les publications scientifiques restent très faibles. “Depuis 2015, les articles consacrés au cancer ne dépassent pas 3 % de l’ensemble des publications en sciences médicales“, précise le même document. Cette faible production limite l’impact concret de la recherche sur l’amélioration des soins. 

Bien que des programmes nationaux et des groupes de travail spécialisés aient été lancés, aucun centre de lutte contre le cancer (CLCC) ne dispose à ce jour d’une unité de recherche opérationnelle.

L’absence d’outils essentiels, tels que les tumorothèques, la télémédecine ou un institut national de recherche sur le cancer, freine considérablement les avancées scientifiques. 

Prévention : des efforts réels mais inégalement appliqués 

La prévention constitue le premier axe du Plan national cancer, notamment à travers la lutte contre le tabagisme. Si le cadre réglementaire est jugé globalement adéquat, son application reste lacunaire. La prévalence du tabagisme a légèrement reculé depuis 2015, passant de 19,5 % à 18,1 %, mais demeure élevée, en particulier chez les hommes. 

Les campagnes de sensibilisation menées chaque année ont contribué à informer le public, mais leur impact réel n’a jamais été évalué. L’absence d’un programme national structuré de communication, notamment dans les établissements scolaires et universitaires, réduit leur efficacité.

Par ailleurs, malgré le renforcement de la fiscalité sur le tabac et l’augmentation du prix des cigarettes, celles-ci restent relativement abordables comparées aux standards internationaux. 

La lutte contre les cancers environnementaux et professionnels souffre, elle aussi, d’un manque de coordination entre les secteurs concernés. La surveillance des expositions aux substances cancérogènes demeure insuffisante, tout comme le suivi médical des travailleurs exposés. Les cancers professionnels restent largement sous-déclarés. 

Dépistage : un maillon faible de la lutte contre le cancer 

Le dépistage organisé, pourtant essentiel pour réduire la mortalité, n’a pas atteint les objectifs fixés. Les programmes souffrent d’un manque de ressources humaines qualifiées, d’équipements insuffisants et de l’absence d’un système de suivi et d’évaluation rigoureux. 

Le dépistage du cancer du sein illustre ces difficultés. Malgré l’élaboration d’un programme national ciblant près de 5 millions de femmes, seule une wilaya pilote a réellement lancé l’opération. Le manque de radiologues, de mammographes et de coordination entre les acteurs a conduit à l’échec ou à l’abandon du programme dans plusieurs régions. 

Le dépistage du cancer du col de l’utérus a connu une progression quantitative, notamment grâce à la multiplication des frottis, mais la couverture reste très faible et le contrôle qualité insuffisant. Surtout, la vaccination contre le HPV, pourtant reconnue comme un levier majeur de prévention, n’a toujours pas été introduite. 

Quant au dépistage du cancer colorectal, les projets pilotes lancés dans certaines wilayas ont été interrompus en raison de contraintes organisationnelles, de pannes d’équipements et du manque de personnel formé. 

Diagnostic : des capacités encore fragiles 

Le diagnostic, pilier de la prise en charge, tells que l’anatomie cytopathologique et l’imagerie médicale, reste confronté à des équipements obsolètes, des ruptures récurrentes de réactifs et un déficit en personnel spécialisé.

Plusieurs wilayas ne disposent toujours pas de services opérationnels, entraînant des retards dans les diagnostics et des inégalités d’accès aux soins. 

Un chantier à relancer 

Le constat est clair : la lutte contre le cancer en Algérie progresse, mais de manière fragmentée et insuffisamment coordonnée. Les experts appellent à une approche globale et structurée, capable de renforcer la recherche, d’évaluer les politiques de prévention et de mettre en place un dépistage organisé et équitable, condition indispensable pour améliorer durablement la prise en charge des patients. 

Djamila Kourta

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