Dans son dernier rapport, la Cour des comptes consacre un chapitre entier au Plan cancer et met en lumière la situation de la radiothérapie en Algérie. Malgré des investissements massifs dans la construction de centres spécialisés, l’acquisition d’équipements de pointe et la formation des professionnels, l’accès aux soins et la qualité de la prise en charge restent encore loin des objectifs affichés.
Progression remarquable e des infrastructures
Le nombre de Centres de Lutte Contre le Cancer (CLCC) a connu une progression remarquable, passant de 4 centres en 2010 à 22 en 2020, dont 16 publics et 6 privés. Ces structures ont été dotées d’accélérateurs de haute technologie et accompagnées d’un programme de formation des médecins radiothérapeutes. L’objectif était clair : réduire les inégalités régionales, rapprocher les soins des patients et limiter les déplacements longs et coûteux.
Le secteur privé a également contribué à cet essor, renforçant l’offre nationale en radiothérapie et participant à l’amélioration globale des capacités de prise en charge.
Des équipements coûteux
Les enquêteurs de la cour des comptes reviennent sur plusieurs obstacles entravent cependant l’efficacité de ces investissements. La maintenance des équipements de radiothérapie demeure l’un des principaux défis.
“Les pannes prolongées, liées à l’insuffisance de maintenance spécialisée et à la lenteur des procédures d’acquisition de pièces de rechange, provoquent des interruptions répétées des traitements“, précise le rapport.
À cela s’ajoute la vétusté progressive du parc d’accélérateurs, dont la durée de vie moyenne est d’environ dix ans. Certains centres, comme le CLCC de Blida, fonctionnent encore avec des appareils installés depuis 2015, accentuant les risques de dysfonctionnement et les retards dans la prise en charge des patients.
Un déficit en ressources humaines qualifiées
Malgré les efforts de formation, le manque de personnel spécialisé reste criant notent les enquêteurs. “Physiciens médicaux, manipulateurs en imagerie et ingénieurs biomédicaux font défaut dans de nombreux centres. Cette pénurie est aggravée par le départ de professionnels vers le secteur privé ou l’étranger, attirés par de meilleures conditions de travail“, résument-ils.
Par ailleurs, la formation initiale et continue demeure insuffisante pour répondre aux exigences des technologies modernes. La formation des manipulateurs en imagerie, par exemple, reste très limitée, tandis que l’utilisation sécurisée des nouveaux accélérateurs nécessite des compétences avancées qui ne sont pas toujours disponibles dans les CLCC récemment ouverts.
La distribution des équipements et des ressources humaines ne tient pas toujours compte de l’incidence du cancer ni de la densité de population. Certaines wilayas disposent d’équipements sans personnel qualifié, tandis que d’autres concentrent des spécialistes sans bénéficier des moyens techniques nécessaires.
Ainsi, des centres récemment ouverts, comme ceux d’El-Oued et de Tizi Ouzou, peinent à fonctionner à plein régime faute de ressources humaines, alors que d’autres, comme Adrar, disposent de personnel mais restent insuffisamment équipés. Cette situation crée un déséquilibre marqué, avec des centres surchargés et d’autres sous-exploités.
Le secteur privé encore peu intégré
Malgré l’existence de structures privées, aucun cadre contractuel n’a été mis en place pour permettre une prise en charge coordonnée entre les secteurs public et privé. Cette absence de coopération limite l’accès aux soins pour de nombreux patients et accentue la pression sur les centres publics les plus sollicités.
Des délais de traitement longs
L’ouverture de nouveaux CLCC a permis d’éviter une saturation complète des grandes structures historiques, comme le CPMC ou le CLCC d’Oran, et d’améliorer la couverture territoriale, notamment dans le sud et les hauts plateaux. Toutefois, elle n’a pas suffi à réduire significativement les délais d’accès à la radiothérapie.
Entre 2014 et 2024, le nombre annuel de nouveaux cas de cancer est passé de 45 000 à 60 000, accentuant la pression sur le système. Aujourd’hui encore, les délais de rendez-vous dépassent souvent six mois, notamment pour les cas complexes. Au CPMC, ces délais peuvent même aller au-delà, selon les responsables des services.
Une analyse comparative menée entre 2014 et 2022 montre que dans plus de 68 % des cas, les patients attendent au minimum six mois entre la fin de la chimiothérapie (ou la chirurgie) et le début de la radiothérapie. Une situation préoccupante, d’autant plus que certains nouveaux centres ne prennent pas en charge les cas nécessitant une expertise pointue.
Un défi majeur pour le système de santé
Si les investissements réalisés témoignent d’une volonté politique forte d’améliorer la prise en charge du cancer, leur efficacité reste limitée par des contraintes structurelles, organisationnelles et humaines, estime la cour des compte: La radiothérapie en Algérie illustre ainsi un paradoxe : des équipements modernes et coûteux, mais un accès aux soins encore lent et inégal pour les patients.
en conclusion, le rapport de la cour des compte souligne : Pour que ces investissements produisent pleinement leurs effets, une meilleure planification, un renforcement de la formation, une maintenance efficace et une coordination accrue entre les acteurs publics et privés apparaissent désormais indispensables.
Djamila Kourta
