Le ministre de la Santé, Pr Mohamed Seddik Aït Messaoudène a appelé, lors de la Conférence interministérielle africaine sur la production pharmaceutique et les technologies de santé, les pays africains à accélérer leur transition vers une production locale forte, innovante et mieux coordonnée, essentielle pour atteindre une véritable autonomie sanitaire.
Selon lui, l’Afrique se trouve « à un moment décisif », face à la fois à des défis majeurs révélés par la pandémie mondiale et à des opportunités inédites pour repenser son modèle de production.
Une dépendance révélée par la crise sanitaire
Le ministre rappelle que la crise du Covid-19 a mis en lumière «la fragilité de nos systèmes d’approvisionnement» et «la dépendance excessive de nos pays vis-à-vis des importations».
Pour lui, cette expérience impose désormais un changement structurel profond en faveur d’une autonomie pharmaceutique, fondée sur l’innovation, la coopération régionale, et une vision commune du développement industriel.
La production pharmaceutique : un enjeu sanitaire et économique
Le Pr Aït Messaoudène insiste : la production locale ne doit plus être considérée comme un simple secteur industriel. Elle constitue désormais un pilier de la sécurité sanitaire et de la stabilité sociale.
Renforcer les industries nationales, explique le ministre, revient avant tout à garantir l’accès des populations aux médicaments essentiels. Cela implique également de réduire les ruptures de stock, de lutter contre la contrefaçon, de maîtriser les coûts de production et de distribution, ainsi que de consolider la confiance des citoyens envers leurs systèmes de santé. Pour lui, développer une industrie pharmaceutique solide constitue un pilier fondamental de la sécurité sanitaire du continent.
Dans cette optique, le ministre identifie trois conditions majeures pour bâtir une industrie performante et durable. La première concerne l’instauration d’un cadre réglementaire moderne et harmonisé.
L’Afrique doit, selon lui, accélérer sa convergence réglementaire, simplifier les procédures d’enregistrement des produits et renforcer les capacités des agences nationales du médicament. Il rappelle d’ailleurs que «la qualité ne doit jamais être négociable».
La deuxième condition repose sur la mise en place de partenariats industriels structurants. Pour rattraper son retard, le continent doit investir massivement dans la recherche, la biotechnologie, la fabrication de vaccins, la production de dispositifs médicaux et le développement des technologies numériques de santé.
Dans cette dynamique, les partenariats public-privé ainsi que les parcs technologiques pharmaceutiques occuperont un rôle stratégique pour stimuler l’innovation et attirer les investissements.
Le troisième levier concerne la formation du capital humain. Le ministre insiste sur la nécessité de renforcer les compétences des pharmaciens, ingénieurs, biologistes, chimistes, technologues et experts réglementaires. Cette montée en compétence est, selon lui, indispensable pour garantir la qualité de la production et attirer des investisseurs capables de soutenir durablement le développement du secteur.
Enfin, il souligne que la transition numérique constitue désormais un passage incontournable pour moderniser les systèmes de santé africains. Les technologies avancées, intelligence artificielle, robotisation, big data, fabrication additive ou encore systèmes d’information de santé, ouvrent des perspectives considérables.
Elles permettent d’améliorer la surveillance épidémiologique, d’optimiser les chaînes logistiques, de sécuriser la traçabilité des produits et d’élargir l’accès aux soins, notamment dans les zones rurales et éloignées. Mais ces innovations nécessitent des avancées en matière de gouvernance, de cybersécurité, d’éthique et de protection de la propriété intellectuelle, avertit le ministre.
L’Afrique, un potentiel immense à structurer
Avec plus d’un milliard d’habitants et une jeunesse dynamique, l’Afrique dispose d’un potentiel scientifique et économique considérable.
Pour autant, «aucun pays ne peut atteindre la souveraineté pharmaceutique isolément», insiste le Pr Aït Messaoudène. La réussite dépendra de la mutualisation des efforts, l’harmonisation des normes, la coordination des politiques publiques, et la création de pôles régionaux de production.
Il souligne également le rôle clé des organisations régionales, des institutions internationales, des partenaires techniques et financiers, ainsi que du secteur privé.
Le ministre réaffirme l’engagement de l’Algérie à contribuer activement à cette dynamique continentale. Il appelle à agir «maintenant, avec détermination, vision et courage», soulignant que la souveraineté pharmaceutique n’est plus un objectif lointain, mais un horizon atteignable à condition de maintenir une forte volonté politique.
Rania N.
