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Asthme : Une progression alarmante qui interpelle les spécialistes

Asthme : Une progression alarmante qui interpelle les spécialistes

En Algérie, l’asthme n’est plus une pathologie marginale. Une affection qui constitue un des défis majeurs du système de santé publique, porté par une progression constante et un impact croissant sur les enfants, les adolescents et les adultes.

Les spécialistes alertent : derrière des symptômes souvent banalisés se cache une maladie chronique qui continue de gagner du terrain, alimentée par la pollution, les allergènes et les changements de modes de vie. Les chiffres recueillis au niveau national et international confirment cette tendance inquiétante, révélant une prévalence en hausse qui interpelle autant les professionnels de santé que les autorités publiques.

Plus que jamais, la prise en charge de l’asthme nécessite une vision globale et moderne, intégrant non seulement les avancées thérapeutiques, mais surtout l’éducation du patient, devenue un maillon essentiel pour maîtriser la maladie et prévenir les exacerbations.

C’est le message qui a été véhiculé par les spécialistes, réunis lors d’une journée de formation organisée par les laboratoires Sanofi au profit des journalistes .

Une évolution constante depuis les années 1980

Le Pr Rachida Khellafi, chef du service de pneumologie au CHU de Beni Messous, a rappelé que l’asthme figure parmi les maladies chroniques les plus répandues dans le monde, touchant 260 millions de personnes. Si aucune action significative n’est menée, ce chiffre pourrait grimper à 460 millions d’ici 2025.

L’Algérie suit cette tendance internationale. Les premières études menées dans les années 1980 à Alger, Constantine ou Béjaïa montraient déjà une prévalence variant de 1 % à 3 %.

En 2000, une enquête menée à Annaba révélait 1,55 % d’adultes asthmatiques. Aujourd’hui, les estimations font état de : 3 à 4 % des adultes vivant avec un asthme avéré ; près de 9 % des enfants présentant des symptômes évocateurs.

Pour les pneumologues, cette progression continue souligne l’urgence d’une réponse structurée et adaptée.

Pollution, allergènes, tabac : des causes multiples et cumulatives

Selon la Pr Khellafi, l’asthme est une maladie multifactorielle fortement influencée par l’environnement. Parmi les facteurs responsables de sa progression : la pollution atmosphérique, l’exposition accrue aux allergènes, le tabagisme actif et passif, les infections respiratoires répétées et les prédispositions génétiques.

Certaines manifestations, comme l’eczéma chez le jeune enfant, peuvent même annoncer un terrain allergique propice au développement de l’asthme.

Les dernières recommandations du GINA 2023 insistent sur la nécessité de prévenir les exacerbations, de maintenir une observance thérapeutique rigoureuse et de renforcer l’implication du patient, éléments indispensables pour espérer un contrôle optimal.

L’illusion d’une guérison chez les adolescents

Un phénomène souvent méconnu attire également l’attention des spécialistes : chez certains adolescents, les symptômes semblent s’atténuer avec le temps. Cette amélioration trompeuse donne l’impression que l’asthme a disparu. Pourtant, l’inflammation bronchique persiste et peut se réactiver sous l’effet d’infections virales, de la pollution, du stress, d’une grossesse, d’un effort physique.

«L’asthme ne se guérit pas, il se contrôle», rappelle la Pr Khellafi. Avec un traitement approprié et une bonne éducation thérapeutique, les patients peuvent mener une vie normale et active.

Éducation thérapeutique : un outil clé pour renforcer l’autonomie des patients

Pour le Pr Fouzia Ousseddik, pneumologue au CHU Beni Messous, l’éducation thérapeutique du patient (ETP) occupe une place centrale dans la prise en charge moderne de l’asthme. Elle la définit comme un ensemble d’interventions visant à aider le patient à mieux comprendre sa maladie, maîtriser ses symptômes et réduire les risques de complications.

L’ETP, combinée au self-management, est désormais recommandée pour la plupart des maladies chroniques : asthme, maladies cardiovasculaires, diabète, pathologies métaboliques ou neurologiques.

Un programme éducatif réussi repose sur des séances adaptées à l’âge, au niveau de compréhension et à la culture du patient ; des informations claires sur les symptômes, les risques et les traitements ; des démonstrations pratiques, notamment sur l’usage correct des inhalateurs et l’acquisition de compétences :

  • savoir : comprendre la maladie,
  • savoir-faire : surveiller les symptômes, utiliser les dispositifs,
  • savoir-être : gérer le stress et s’adapter à la maladie.

« Un asthmatique bien formé est un asthmatique mieux contrôlé », insiste-t-elle.

Rania N.

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