L’accès à l’eau potable est un droit constitutionnel en Algérie. Pourtant, la méfiance envers l’eau du robinet pousse de plus en plus de citoyens vers l’eau en bouteille, au prix fort. Hacene Menouar, président de l’association AMEN, alerte sur les enjeux de qualité, de transparence et d’éducation.
Un droit garanti, mais une confiance perdue
Depuis la révision constitutionnelle de 2020, chaque Algérien a le droit d’être raccordé au réseau d’eau potable. «C’est un droit fondamental que chacun peut revendiquer», rappelle M. Menouar. Mais au-delà de l’accès, la question de la qualité reste centrale : «L’eau du robinet que nous payons doit être une eau potable, destinée à la consommation humaine. L’eau est un produit alimentaire noble, indispensable à la vie, bien plus que n’importe quel autre aliment.»
Pourtant, la confiance des Algériens dans l’eau du robinet s’est fortement érodée. Une méfiance qui s’explique autant par des variations de goût, d’odeur ou de couleur que par des suspicions de contamination. «Cette perte de confiance ne s’est pas faite par hasard, elle a été provoquée par des lacunes dans le contrôle et la communication», déplore le président de l’association.
Une mauvaise réputation entretenue
Menouar insiste : «La réputation joue un rôle majeur.» L’eau du robinet souffre d’une image négative, amplifiée par le bouche-à-oreille et une absence de communication officielle. «Les pouvoirs publics, les distributeurs, les experts, les médias, même les associations : personne n’a mené de véritables campagnes pour rassurer les citoyens. Nous avons laissé s’installer la méfiance.»
Pourtant, selon des analyses menées par l’association dans plusieurs communes d’Alger, l’eau est globalement conforme aux normes. «Mais les habitants la jugent toujours mauvaise ou contaminée. Cette perception pèse autant que la réalité.»
Cette perte de confiance a un coût. La consommation d’eau en bouteille a littéralement explosé. «Il y a 30 ans, seules quelques marques existaient. Aujourd’hui, les rayons de supermarchés débordent de bouteilles.»
La transparence comme clé de la reconquête
Pour restaurer la confiance, Menouar plaide pour une stratégie de transparence. «Pourquoi ne pas publier régulièrement les résultats des analyses, quartier par quartier, via les sites des distributeurs, les radios locales ou même des affichages publics ? Si les citoyens savaient que leur eau est contrôlée et conforme, ils n’auraient plus à dépenser des fortunes pour acheter de l’eau en bouteille.»
Éducation et sensibilisation : un chantier national
Mais la reconquête de la confiance passe aussi par l’éducation et la sensibilisation. «Nous avons un problème de formation du consommateur. L’école n’a pas joué son rôle, et l’environnement éducatif – associations, mosquées, médias – n’a pas suffisamment pris le relais. Résultat : nous adoptons des modes de consommation malsains, et le nombre de maladies comme le diabète, l’obésité ou certains cancers augmente.»
Un appel aux plus hautes instances
L’association AMEN en appelle aux pouvoirs publics, et même au Président de la République.
«Nous comptons sur lui pour prendre en main cette question essentielle. Il ne s’agit pas seulement d’avoir un compteur, mais d’avoir une eau réellement potable, conforme aux normes, et de l’affirmer clairement aux Algériens.»
Redonner à l’eau sa vraie place
Pour Menouar, l’eau doit être considérée comme un produit alimentaire vital, et non comme un simple produit d’hygiène. «L’État a déjà investi massivement dans les barrages, les forages et les stations de dessalement. Il ne manque qu’un effort supplémentaire pour moderniser les infrastructures, renforcer le contrôle et surtout communiquer de manière transparente et rassurante. ».
«L’eau est au cœur de la vie. Il est temps de lui redonner la place centrale qu’elle mérite».
Rania N.
