L’insuffisance cardiaque constitue un enjeu majeur de santé publique en Algérie. A l’origine d’une mortalité importante, cette pathologie nécessite une prise en charge précoce, coordonnée et multidisciplinaire, notamment pour les patients atteints de formes avancées.
La mortalité à un an après une première hospitalisation pour insuffisance cardiaque atteint environ 30 % chez les patients algériens dont la propotion est estimé à un million de personnes a indiqué le Pr Mohamed Chittibi chef de service de cardiologie au CHU Beni Messous , lors des Journées médico-chirurgicales du CHU Beni Messous.
Une maladie dont le poids augmente avec le vieillissement de la population
Le cardiologue a d’abord souligné l’évolution démographique de l’Algérie, marquée par une augmentation progressive de la population âgée. Alors que les patients de plus de 80 ans étaient autrefois peu fréquents dans les services hospitaliers, “ils représentent aujourd’hui entre 30 et 40 % des patients hospitalisés dans certains services“, a souligné le spécialiste en précisant que cette évolution s’inscrit dans un contexte d’amélioration de l’espérance de vie, passée de 54 ans en 1980 à environ 78 ans actuellement.
Toutefois, cette transition démographique s’accompagne d’une progression des maladies chroniques, notamment cardiovasculaires en faisant références aux données de l’Institut national de santé publique (INSP) qui montrent que : “les maladies cardiovasculaires seraient responsables de 36 % des décès annuels en Algérie, contre environ 32 % à l’échelle mondiale.”
L’insuffisance cardiaque représente une part importante de cette mortalité a noté Pr Chittibi et d’estimer à près d’ “un million le nombre de personnes concernées en Algérie, sur la base d’estimations issues de cohortes nord-africaines.”
Une mortalité élevée après la première hospitalisation
Au-delà de sa fréquence, l’insuffisance cardiaque se distingue par son pronostic particulièrement préoccupant a -t-il expliqué en évoquant les résultats du registre international REPORT-HF, auquel l’Algérie a participé à travers la Société algérienne de cardiologie.
En Algérie, le pronostic de l’insuffisance cardiaque reste préoccupant : les données indiquent qu’environ 30 % des patients décèdent dans l’année suivant leur toute première hospitalisation pour cette pathologie. Une situation largement alimentée par des facteurs de risque majeurs tels que l’hypertension artérielle, le diabète et l’obésité.
La prise en charge thérapeutique a connu de nettes avancées . Les quatre classes de médicaments indispensables au traitement de fond — à savoir les bêtabloquants, les inhibiteurs du système rénine-angiotensine, les antagonistes des récepteurs des minéralocorticoïdes et les inhibiteurs de SGLT2 — sont désormais accessibles dans le pays.
Malgré ces progrès pharmacologiques, un défi de taille persiste : la prise en charge des formes terminales de la maladie, pour lesquelles les thérapies conventionnelles atteignent leurs limites.
L’assistances circulatoire : une nouvelle perspective pour les patients en phase avancée
Face à cette situation, le professeur a mis en avant le développement, depuis 2024, d’un programme d’assistance circulatoire au sein de son établissement hospitalier.
Cette approche représente une nouvelle possibilité thérapeutique pour certains patients atteints d’insuffisance cardiaque avancée, jusque-là confrontés à des perspectives de traitement particulièrement limitées.
Pour illustrer cette avancée, il a présenté le cas d’un jeune patient de 26 ans, anciennement traité pour une leucémie à l’âge de 16 ans. Malgré sa guérison de la maladie hématologique, les traitements reçus ont provoqué une cardiotoxicité, entraînant une insuffisance cardiaque sévère:
“Avec une fraction d’éjection ventriculaire gauche estimée à seulement 10 %, le patient présentait une altération majeure de sa fonction cardiaque, avec des répercussions importantes sur sa vie quotidienne“.
Après l’échec des traitements médicamenteux, l’équipe médicale lui a proposé une assistance circulatoire mécanique.
Ce dispositif, constitué d’une petite turbine implantée au niveau du cœur, permet de soutenir la circulation sanguine en prenant partiellement le relais de la fonction de pompage du ventricule. Alimenté par des batteries externes, il peut permettre au patient de retrouver une autonomie et une meilleure qualité de vie.
Une organisation multidisciplinaire indispensable
Au-delà des innovations thérapeutiques, le professeur a insisté sur la nécessité d’une collaboration étroite entre les différentes spécialités médicales et les équipes hospitalières.
La prise en charge de l’insuffisance cardiaque avancée implique notamment les cardiologues, les radiologues, les équipes de chirurgie et les autres professionnels intervenant dans le parcours du patient.
Le développement de ces nouvelles approches nécessite également un soutien institutionnel, une organisation hospitalière adaptée et une coordination entre les équipes médicales et administratives.
Djamila Kourta
