Le rôle des femmes journalistes scientifiques en Algérie a été le thème d’une journée d’étude, organisée le 26 novembre par le laboratoire MUSC à l’École nationale de Journalisme et des sciences de l’information (ENSJSI).
Les femmes journalistes spécialisées en sciences, notamment en santé, ont contribué à briser des tabous concernant la santé des femmes. Par exemple, parler de l’endométriose et du cancer du sein, des sujets longtemps considérés comme tabous, a été démocratisé.
«Avant, les femmes mouraient du cancer du sein dans le silence, parce qu’elles avaient honte d’en parler et de consulter», a affirmé Bourouila, journaliste au quotidien El Khabar, invitée avec d’autres journalistes pour partager leurs expériences.
Intervenant lors de cette journée, Hakim Hamzaoui, spécialiste en sociologie du journalisme, a présenté une étude qu’il a réalisée sur un groupe de femmes journalistes scientifiques qui ont entre dix et trente ans d’expérience.
Selon cette étude, ces journalistes ont choisi de se spécialiser dans ce sous-champ du journalisme par passion et engagement.
«L’amour du métier a été pour elles un catalyseur, ainsi que leur volonté de contribuer à une prise de conscience des phénomènes liés au journalisme scientifique dans le contexte algérien. Autrement dit, elles ont choisi de travailler dans ce domaine parce qu’elles souhaitent favoriser une prise de conscience institutionnelle, chez les praticiens et parmi les citoyens», explique le spécialiste.
Concernant la formation continue des journalistes, l’étude révèle un désengagement des institutions médiatiques et un engagement des laboratoires pharmaceutiques.
«Les institutions médiatiques marginalisent un peu cette spécialité, peut-être en raison des priorités dans les programmes de formation, tandis que les laboratoires pharmaceutiques s’engagent davantage. Nous ne pouvons pas condamner les laboratoires et affirmer que cet engagement est malsain, mais nous ne pensons pas non plus qu’il soit totalement innocent, car il ne se limite pas à vulgariser la science», précise-t-il.
Il ajoute que les journalistes scientifiques utilisent l’intelligence artificielle de manière basique, ce qu’il considère insuffisant dans une spécialité aussi importante.
Pour Fella Bourenane, sociologue et enseignante à l’ENSJSI, la femme journaliste peut adopter un regard différent de celui d’un homme. «En écoutant les journalistes raconter leurs expériences, je déduis que la femme peut avoir une perspective différente de celle de l’homme. Les journalistes femmes ont réussi à briser certains tabous en les démystifiant», a indiqué Dr Fella Bourenane.
Elle poursuit : «Le journalisme scientifique en Algérie est très peu pointé du doigt, et si l’on intègre la variable du genre, on se demande ce qu’une femme peut apporter. On ne s’attend pas à un effet direct, car cela prend des années.»
Yamina Baïr
