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Pr Issam Frigaa chef du centre hemobiologie transfusion au CHU Mustapha Bâcha

Don de sang : Le Pr. Issam Frigaa plaide pour une gestion rationnelle face à une demande croissante

Face à une demande croissante en produits sanguins, le Pr Issam Frigaa chef du centre hémobiologie transfusion au CHU Mustapha Bâcha, appelle à une gestion rationnelle, solidaire et stratégique du sang, notamment en période de forte tension.

Chaque jour, des produits sanguins quittent la banque de sang vers les différents services hospitaliers d’Alger : 40% de notre produit saguin sont destinés au CHU Mustapha et 60% sont répartis en extramuros. Mais derrière ces chiffres, une réalité plus complexe se dessine.

Une transfusion raisonnée pour éviter le gaspillage

«Nous adoptons une politique de transfusion restrictive, loin d’une logique de distribution systématique et libérale », explique le Pr Frigaa. Chaque demande est ainsi évaluée selon des critères cliniques et biologiques précis, basés sur les recommandations scientifiques en vigueur. Cette stratégie permet de limiter les pertes de produits sanguins, même si, reconnaît-il, des gaspillages subsistent dans certains établissements de santé.

Les grands demandeurs : cancer, chirurgie, obstétrique…

Parmi les services les plus consommateurs de sang figurent en tête les unités d’hématologie-oncologie, notamment celles du CPMC, très sollicitées en raison de leur forte activité. Viennent ensuite les services de chirurgie, les pathologies chroniques comme les hémoglobinopathies (chez l’enfant et l’adulte), et surtout les services d’obstétrique, confrontés aux hémorragies du post-partum (HPP).

«Dans ces cas, chaque minute compte. Cela ne sert à rien d’apporter le sang six heures après. L’HPP reste la première cause de mortalité maternelle dans notre pays», insiste-t-il.

Les urgences orthopédiques et les cas de traumatismes graves sont également concernés par des besoins sanguins en urgence.

Urgences vitales : un sang doit être disponible immédiatement

Le Pr Frigaa rappelle que les cas d’urgence sont classés en trois niveaux, à savoir l’urgence classique l’urgence vitale relative et l’urgence vitale immédiate, qui nécessite une transfusion immédiate, sans attendre les résultats du groupe sanguin.

Dans ce cas, on utilise généralement du O positif ou du O négatif, ce dernier étant privilégié pour les femmes en âge de procréer.

D’où la nécessité pour les banques de sang de disposer d’un stock de sécurité suffisant, notamment en groupes sanguins négatifs. «Un stock minimal de 10 jours est considéré comme acceptable pour faire face aux situations critiques», précise-t-il.

Renforcer la collecte : des pistes concrètes

Actuellement, la capacité quotidienne de collecte au CHU Mustapha est estimée à 200 à 250 dons par jour. Le chef de service estime que ce chiffre pourrait être revu à la hausse, à condition d’étendre les horaires et d’organiser des collectes thématiques, notamment en après-midi ou en soirée pour mobiliser des donneurs ciblés, comme ceux de Rhésus négatif.

Enfin, pour que chaque poche collectée puisse réellement servir, il est essentiel de garantir la disponibilité des réactifs, des dispositifs de conservation et des poches stériles.

Le Pr Frigaa plaide, donc, pour une gestion intelligente, prévoyante et humaine du sang, afin de répondre efficacement aux urgences médicales tout en limitant le gaspillage. Donner son sang, c’est sauver une vie – mais encore faut-il que ce sang soit collecté, stocké et utilisé à temps.

Rania N./D.K.

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