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Don de sang : Faire émerger une culture citoyenne

C’est un geste qui ne coûte rien, mais qui peut tout changer. Donner son sang, c’est offrir la vie. Pourtant, en Algérie, ce réflexe solidaire reste encore trop marginal. Le don n’est souvent envisagé qu’en situation de crise, lorsqu’un proche est hospitalisé. Cette réalité fragilise l’ensemble du système de santé. Les hôpitaux, confrontés à une demande constante en produits sanguins, peinent à faire face aux besoins, notamment dans les services d’urgences, de cancérologie, ou encore en gynéco-obstétrique.

Pour le professeur Issam Frigaa, chef du service d’hémobiologie au CHU Mustapha Pacha, il est urgent de changer de cap. Et pour y parvenir, il appelle à une mobilisation collective, où les médias jouent un rôle central pour briser les tabous, lever les peurs et instaurer une véritable culture du don.

Le médecin appelle à une “mutation culturelle” : faire du don de sang un acte citoyen et régulier, à la fois solidaire et spontané. Mais pour cela, il faut lutter contre les freins psychologiques, les croyances erronées et le déficit d’information.

Le rôle-clé des médias

Selon le Pr Frigaa, les médias ont un rôle central à jouer pour transformer la perception du don de sang. « Vous êtes des vecteurs d’influence. Vous pouvez en faire un sujet de société, de responsabilité collective, voire de fierté », a-t-il déclaré lors d’une session de formation dédiée aux journalistes.

Il les appelle à dépasser les visuels classiques — bras tendu, poche de sang — pour adopter des formats narratifs plus riches : témoignages de donneurs, portraits de receveurs, podcasts éducatifs, vidéos immersives. «L’émotion authentique est plus mobilisatrice que le choc visuel», souligne-t-il.

Dans cette optique, il propose même la création d’un hackathon journalistique pour récompenser les meilleures productions sur le thème du don de sang.

Un acte sûr, encadré et vital

Le don de sang, en Algérie, se déroule dans un cadre médical rigoureux : matériel stérile à usage unique, examens pré-don, encadrement par des professionnels. Toute personne âgée de 18 à 65 ans, pesant plus de 50 kg et en bonne santé, peut donner son sang en toute sécurité.

Ce geste rapide — une dizaine de minutes — peut sauver jusqu’à trois vies. Il est crucial pour les accidentés de la route, les femmes après l’accouchement, les enfants anémiques, ou encore les malades sous chimiothérapie.

«Il faut que le don de sang devienne un réflexe»

Des centres fixes et des unités mobiles sont déployés sur le territoire, mais sans une mobilisation massive, ces structures restent insuffisantes. «Il est temps que le don de sang devienne un réflexe citoyen, enseigné, valorisé, transmis dès l’école», plaide le professeur.

Informer, rassurer, valoriser : telle est la mission que les médias doivent pleinement assumer. Parce qu’en sensibilisant, on sauve déjà des vies. Et qu’une société qui donne son sang est une société qui choisit la vie.

Rania N.

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