Les données des registres des cancers , présentés par le ministrère de la santé jeudi 29 octobre, mettent en évidence des différences importantes selon le sexe, l’âge et la région de résidence. Le cancer du sein domine largement les localisations féminines, tandis que le cancer de la prostate arrive en tête chez les hommes. L’analyse souligne également un gradient nord-sud et la nécessité de renforcer le dépistage, la prévention et la qualité des données épidémiologiques.
Le cancer du sein représente 42,5 % des localisations féminines
Selon les chiffres présentés, il demeure le cancer le plus fréquent chez la femme en Algérie. Il représente à lui seul 42 % de l’ensemble des cancers féminins. En 2024, le nombre de nouveaux cas est estimé à 14 712, soit un taux d’incidence brut de 62,5 cas pour 100 000 femmes.
L’évolution de son incidence montre que la maladie peut apparaître dès le jeune âge adulte, avec une progression qui s’accélère au fil des années et atteint un premier niveau élevé entre 45 et 49 ans. Cette répartition souligne l’importance d’une sensibilisation précoce, de l’identification des signes d’alerte et d’un accès adapté au diagnostic.
Derrière le cancer du sein figurent notamment les cancers du poumon, de la thyroïde, le cancer colorectal et celui de l’ovaire, selon le classement présenté.
Les données des trois réseaux régionaux des registres du cancer (Est, Centre et Ouest) montrent des taux d’incidence relativement proches, avec toutefois des variations entre les régions :
Réseau Est et Sud-Est : 80,2 cas pour 100 000 femmes.
Réseau Centre et Sud : 61,05 cas pour 100 000 femmes.
Réseau Ouest et Sud-Ouest : 67,9 cas pour 100 000 femmes.
Ces chiffres confirment le poids du cancer du sein dans la situation épidémiologique des cancers en Algérie et soulignent l’importance du dépistage précoce et du renforcement de la prise en charge.

La prostate en tête chez les hommes
Chez les hommes, le cancer de la prostate occupe la première place, avec 1 689 nouveaux cas mentionnés dans la présentation. Il est suivi du cancer colorectal, avec 1 607 nouveaux cas, puis des cancers du poumon, de la vessie et de l’estomac.
Ces cinq localisations représentent une part importante de l’ensemble des cancers masculins recensés.
L’âge constitue un facteur déterminant dans la répartition des cas. Pour le cancer de la prostate, l’incidence augmente nettement avec l’avancée en âge, avec les niveaux les plus élevés observés chez les hommes âgés. Le cancer colorectal suit également une tendance croissante avec l’âge, ce qui renforce l’intérêt d’une surveillance adaptée aux populations les plus exposées.
Un gradient nord-sud marqué
L’analyse territoriale met en évidence “des écarts importants entre les régions du nord et celles du centre-sud. le taux d’incidence dans la région nord serait environ 2,6 fois supérieur à celui du centre-sud”; a commenté Dr Lamia Kara coordinatrice Est et sud est des registres cancer.
Cette différence est observée chez les hommes comme chez les femmes. Les taux les plus élevés sont notamment signalés dans certaines wilayas du nord, dont Alger, tandis que des niveaux plus faibles sont relevés dans plusieurs wilayas du sud,
“Ces disparités doivent cependant être interprétées avec prudence“, signalent les experts . Elles ne traduisent pas nécessairement des différences équivalentes dans le risque réel de développer un cancer. La qualité de l’enregistrement, l’accès aux structures de diagnostic, la disponibilité des soins spécialisés et la structure par âge des populations peuvent également influencer les résultats.
La concentration de structures de prise en charge dans les grandes agglomérations constitue notamment un élément à prendre en compte dans l’interprétation des données; a t-on souligné.

Renforcer la prévention et améliorer les registres
Face à ces constats, plusieurs priorités se dégagent : développer le dépistage des cancers concernés, renforcer la lutte contre les facteurs de risque évitables, notamment le tabagisme et l’obésité, et améliorer l’accès au diagnostic et aux soins dans les régions moins bien desservies.
La consolidation des registres constitue également un enjeu majeur. Une meilleure exhaustivité des déclarations et une harmonisation des méthodes de collecte permettraient de disposer d’indicateurs plus fiables pour comparer les régions et suivre les évolutions dans le temps.
L’objectif est de parvenir à une couverture complète des cas et à une amélioration continue de la qualité des données, indispensables pour orienter les politiques publiques et évaluer l’efficacité des actions de prévention.

Anticiper l’évolution de la maladie
À l’échelle mondiale, la présentation évoque une projection de 34,4 millions de nouveaux cas de cancer à l’horizon 2050, soit une augmentation de plus de 67 % par rapport aux 20,6 millions de nouveaux cas estimés en 2024. Cette progression attendue concernerait particulièrement les pays à faible ou moyen niveau de développement humain.
Ces perspectives rappellent l’urgence d’anticiper les besoins en matière de prévention, de diagnostic et de prise en charge, tout en réduisant les inégalités d’accès aux soins.
En Algérie, l’amélioration des registres, la prévention des facteurs de risque et la réduction des disparités territoriales constituent ainsi des leviers essentiels pour renforcer la stratégie nationale de lutte contre le cancer.
Djamila Kourta
