Alors que la campagne nationale de dépistage des troubles du spectre de l’autisme (TSA) en milieu scolaire concerne les enfants âgés de 6 à 18 ans, le Syndicat national des psychologues (SNAPSY) appelle à renforcer le repérage dès la petite enfance, notamment entre 18 mois et 3 ans.
Le dépistage de l’autisme ne devrait pas commencer avec l’entrée à l’école. C’est le message mis en avant par le SNAPSY, qui souligne l’importance d’intégrer les premières années de vie dans toute stratégie nationale de repérage des troubles du spectre de l’autisme.
Dans une communication consacrée à la campagne de dépistage en milieu scolaire, le syndicat considère cette initiative comme une démarche positive, notamment pour identifier des enfants et des adolescents dont les troubles n’ont pas été repérés auparavant. Il estime toutefois qu’elle doit s’inscrire dans un dispositif plus large, couvrant également les enfants non encore scolarisés.
Une période clé entre 18 mois et 3 ans
Le SNAPSY attire particulièrement l’attention sur la tranche d’âge comprise entre 18 mois et 3 ans. Cette période correspond à une phase importante du développement du langage, de la communication, des interactions sociales, du jeu et des capacités cognitives.
Selon les recommandations de l’American Academy of Pediatrics (AAP), citées par le syndicat, un dépistage spécifique des TSA devrait être réalisé à 18 et 24 mois, parallèlement à une surveillance régulière du développement de l’enfant.
Certains signes peuvent en effet être repérés dès les premières années de vie. Il peut notamment s’agir d’un faible contact visuel et social, d’une réponse insuffisante à l’appel du prénom, d’un retard ou d’une absence de langage, d’une faible utilisation du pointage pour partager un intérêt, d’interactions sociales limitées ou encore de jeux inhabituels et répétitifs.
Le SNAPSY mentionne également les comportements stéréotypés, les intérêts particulièrement restreints et la perte de compétences précédemment acquises, notamment dans le langage ou les interactions sociales.
Le repérage avant l’école, un enjeu de santé
Pour le syndicat, limiter le dépistage au milieu scolaire revient à intervenir à un moment où plusieurs années de développement se sont déjà écoulées.
L’objectif du dépistage précoce n’est pas de poser systématiquement un diagnostic dès l’apparition d’un signe, mais d’identifier les enfants qui nécessitent une évaluation plus approfondie et, lorsque cela est indiqué, une intervention adaptée.
Le SNAPSY insiste ainsi sur la nécessité de développer une stratégie nationale permettant de repérer les troubles du développement avant l’âge scolaire. Les consultations de soins primaires pourraient notamment constituer des occasions régulières de surveiller le développement du langage, de la communication, du comportement et des interactions sociales.
Former les professionnels de première ligne
Une telle stratégie nécessiterait également, selon le syndicat, une meilleure formation des professionnels intervenant auprès des jeunes enfants. Pédiatres, médecins généralistes, psychologues, orthophonistes et autres professionnels de l’enfance devraient pouvoir identifier les principaux signes d’alerte et connaître les critères permettant d’orienter l’enfant vers une évaluation spécialisée.
Le SNAPSY demande également une implication accrue des psychologues cliniciens dans le dispositif de dépistage et d’évaluation. Il propose de leur permettre d’intervenir dans un cadre national harmonisé, selon des protocoles définis et avec des critères d’orientation vers les autres spécialités.
Du dépistage au suivi : construire un véritable parcours
Pour le syndicat, le dépistage ne doit pas constituer une étape isolée. La détection d’un enfant présentant des signes évocateurs doit déboucher sur un parcours clairement défini : dépistage, évaluation, orientation, diagnostic, intervention précoce et suivi.
Cette continuité est particulièrement importante pour les familles, qui peuvent se retrouver confrontées à des délais importants entre l’apparition des premières inquiétudes et l’accès à une évaluation spécialisée.
Le SNAPSY estime également nécessaire de prendre en compte les enfants non scolarisés, notamment ceux qui n’ont pas encore atteint l’âge d’entrée à l’école ou ceux qui se trouvent en dehors du système éducatif.
Quels indicateurs pour mesurer l’efficacité du dépistage ?
Au-delà du nombre d’élèves examinés dans le cadre de la campagne 6-18 ans, le SNAPSY propose de considérer d’autres indicateurs pour apprécier l’efficacité d’une politique de dépistage précoce.
Il s’agit notamment de savoir combien d’enfants ont été identifiés avant l’âge de trois ans, combien ont bénéficié d’une évaluation dans des délais appropriés et combien ont pu accéder à une intervention avant leur entrée à l’école.
L’accompagnement des familles constitue également un volet essentiel. Pour le syndicat, celles-ci doivent pouvoir bénéficier d’une orientation et d’un accompagnement adaptés dès l’apparition des premières préoccupations concernant le développement de leur enfant.
Une vigilance dès les premières années
Le SNAPSY rappelle enfin que le repérage précoce ne signifie pas qu’un diagnostic doit être posé sur la base d’un seul signe ou d’un unique test. Une évaluation professionnelle et complète reste nécessaire pour confirmer ou écarter un TSA.
L’enjeu est donc de mettre en place une surveillance développementale suffisamment précoce pour identifier les enfants ayant besoin d’une évaluation, sans attendre leur entrée à l’école.
La campagne en milieu scolaire peut ainsi constituer un maillon important du dispositif, mais le syndicat plaide pour une approche plus globale, allant des premières années de l’enfant jusqu’à l’âge scolaire, afin de favoriser un accès plus précoce à l’évaluation, à l’intervention et à l’accompagnement des familles.
Rania N.
