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Pr Sofiane Alihalassa : “La tuberculose extra-pulmonaire est un défi majeur pour la santé publique”

La tuberculose, l’une des maladies les plus anciennes au monde, constitue un problème de santé mondiale, devenant la première cause de mortalité due à un seul agent infectieux. En Algérie, des efforts ont été déployés depuis l’indépendance du pays, ce qui a réduit considérablement le taux d’incidence à moins de 10 cas de tuberculose pulmonaire pour 100.000  habitants. Toutefois, l’incidence de la tuberculose extra pulmonaire reste relativement élevée avec une incidence de 28 cas pour 100.000 habitants, faisant de cette forme un défi majeur pour le programme national de lutte contre la tuberculose. Dans cet entretien, le professeur Sofiane Ali Halassa, chef de service du service de pneumo-phtisiologie de l’établissement public hospitalier (EPH) de Blida, fait le point sur les enjeux de la prise en charge de cette pathologie.

  • Pouvez-vous dresser un état des lieux concernant la tuberculose en Algérie ?

Si on voit de loin l’historique de la situation, il faut savoir, que depuis l’indépendance du pays, la tuberculose est une priorité de la santé publique. C’est la raison pour laquelle nous avons installé un programme de lutte contre la tuberculose. Nous étions un pays à très forte incidence, avec 300 cas pour 100.000 habitants, toutes formes confondues, et la forme contagieuse qui faisait la priorité de la lutte contre la tuberculose. Il y avait 180 cas de tuberculose pulmonaire à microscopie positive (TPM) pour 100.000 habitants. Après l’indépendance, il y a eu une amélioration des conditions de vie du citoyen algérien, notamment de sa santé. La tendance a commencé à chuter à partir de 1980, notamment avec l’arrivée de la quadrithérapie qui a encore accéléré la baisse de l’incidence jusqu’à ce qu’on arrive actuellement à une situation très confortable par rapport à ce que nous avons vécu les premières années du programme.

  • Quelles sont les dernières statistiques concernant la tuberculose pulmonaire et extra pulmonaire ?

Nous avons actuellement une incidence de 38 cas pour 100.000 habitants, toute forme confondue, avec une baisse parlante de la forme pulmonaire microscopie positive qui est actuellement 8,9 cas pour 100.000 habitants.

Actuellement, ce qui fait la priorité de ce programme c’est l’élévation et l’augmentation des formes extra pulmonaires de la tuberculose qui s’élèvent, cette année, à 28 cas pour 100.000 habitants, ce qui présente une prédominance de ces formes de tuberculose, bien que depuis cinq à six ans, nous commençons à avoir une inversion de la tendance de ces formes. Autrement dit, depuis cinq ans, l’incidence de la tuberculose extra-pulmonaire baisse d’année en année.

Pour 100 cas de tuberculose, il y a 72% cas qui sont des tuberculoses extra-pulmonaires et 28% de tuberculose pulmonaire. Ainsi, les tuberculoses extra pulmonaires représentent les deux tiers des tuberculoses toutes formes confondues.

  • Quelles sont les populations les plus vulnérables ?

La tuberculose pulmonaire touche le plus souvent le sujet de sexe masculin. Ces dernières années, nous avons constaté qu’en plus de la prédominance masculine il y a une forte prédominance de sujets âgés. Donc, la prédominance de la tuberculose pulmonaire, ces dernières années, touche surtout les sujets âgés de sexe masculin et c’est ce qui a été prouvé par les statistiques du ministère de la santé. Dans la courbe d’incidence par tranche d’âge et par sexe il y a un pic qui est apparent chez les sujets de sexe masculin qui ont plus de 65 ans. En revanche, la tuberculose extra pulmonaire c’est connu par les médecins que c’est une tuberculose qui touche les femmes, à l’exception de la plurale qui est de prédominance masculine. Cependant, toutes les autres formes, qu’elles soient de forme osseuse, vertébrale, méningée, péricardique, péritonéale ou génitale, sont à prédominance féminine. Et par sexe, c’est les sujets jeunes qui sont les plus touchées par cette forme de la maladie.

  • Quelles sont les raisons de ces prédominances liées au genre ?

La forme pulmonaire, qui est une forme contagieuse, touche les hommes parce que ces derniers se déplacent et sont actifs. Les femmes c’est généralement des femmes au foyer donc elles ne sont pas touchées par la contagion. C’est la raison pour laquelle il y a une prédominance masculine dans la forme pulmonaire. Concernant la tuberculose extra pulmonaire, il n’y a pas d’explication mais c’est surtout parce que c’est des jeunes filles qui ont été touchées dès leur jeûne âge par l’infection et plus tard cette tuberculose latente va se développer sous forme active et le plus souvent elle se développe sous forme extra pulmonaire.

  • Quels sont les facteurs de risque de cette maladie ?

Dans le passé, on disait que la tuberculose est une maladie de la pauvreté, mais sa forme a changé un peu et ce n’est plus le cas aujourd’hui. Concernant la tuberculose extra-pulmonaire, souvent dans les centres de santé les patients ne sont pas des pauvres, mais elle touche, de plus en plus, les sujets immunodéprimés. Donc le facteur de risque en commun c’est une immunité délabrée : dès que l’immunité est touchée, le sujet est déficient, le BK (le Bacille de Koch responsable de l’infection) a été inhalé à un moment de sa vie, il a trouvé un terrain favorable pour donner une tuberculose, le plus souvent de forme extra pulmonaire. Vous voyez donc les personnes qui ont un traitement immunosuppresseurs, qui sont sous corticoïdes, les diabétiques, les femmes enceintes sont les plus vulnérables.

  • Quels sont les options thérapeutiques proposées pour traiter la tuberculose, notamment la multi résistante ?

Pour les possibilités thérapeutiques, le traitement est garanti par l’état, et il est fourni par les centres de santé et les hôpitaux. Une fois que le diagnostic est établi, les patients sont orientés vers des dispensaires où ils vont recevoir un traitement durant six mois. Actuellement, les services de contrôle de la tuberculose sont répartis sur plus de 250 centres au niveau national. Il existe un centre, pratiquement, dans chaque Daïra. Avec le nouveau guide national du ministère de la santé, nous suivons un protocole standard et harmonisé, qui prend en charge chaque forme de tuberculose avec le même traitement, qui est une quadrithérapie, c’est-à-dire; que le malade reçoit quatre type d’antibiotiques à la phase d’attaque qui dure deux mois. Ensuite, il a y a une phase d’entretien durant laquelle le patient reçoit deux antibiotiques pendant quatre à six mois.

  • Quels sont les défis actuels dans la lutte face à la tuberculose, notamment face à la résistance aux antibiotiques ?

En ce qui concerne la résistance, nous disposons d’un schéma thérapeutique de première ligne très efficace, appliqué de manière systématique par les médecins à l’échelle nationale. Cela nous rassure quant à la faible prévalence de la résistance, car le respect strict de ce protocole constitue le meilleur rempart contre l’émergence de souches résistantes. Ainsi, chaque année, moins de 100 cas de tuberculose résistante sont recensés à l’échelle nationale. L’Institut Pasteur, centre national de référence du BK, enregistre et déclare entre 50 et 60 cas par an.

Un protocole spécifique est déjà en place pour traiter ces formes résistantes, et cette année, nous adopterons un nouveau schéma recommandé par l’OMS. Ce dernier est plus efficace et de courte durée, contrairement au protocole actuel de vingt-quatre mois, qui est éprouvant pour le patient et pour le médecin, notamment en raison de ses effets secondaires. Avec le nouveau schéma de neuf mois, la durée du traitement sera réduite, de même pour les effets indésirables.

Le deuxième défi concerne les formes extra-pulmonaires de la tuberculose. Il faut continuer à lutter pour réduire leur incidence. Nous avons développé un axe spécifique depuis quatre ans, c’est le dépistage des tuberculoses latentes et tous les médecins reçoivent des instructions dans ce sens. Cette stratégie vise à identifier les personnes qui ne sont pas encore malades mais qui portent la bactérie BK dans leur organisme et qui, à un moment donné, risquent de développer une tuberculose active. Les médecins reçoivent des recommandations pour cibler les personnes à risque et leur proposer un traitement préventif par chimioprophylaxie. L’objectif est d’empêcher la réactivation du BK dormant et, ainsi, de prévenir l’apparition de la maladie.

Y. B.

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