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VIH/SIDA en Algérie : Des infectiologues tirent la sonnette d’alarme

VIH/SIDA en Algérie : Des infectiologues tirent la sonnette d’alarme

Des infectiologues ont exprimé des inquiétudes face à l’augmentation du nombre de cas d’infections au VIH, due particulièrement à la nouvelle tendance des drogues injectables chez les jeunes.

«Nous sommes confrontés à une situation d’augmentation du nombre de cas et il faut vite intervenir», a alerté Pr Nassima Achour, cheffe du service infectiologie à l’hôpital El Hadi Flici (ex-El Kettar), en marge de la journée mondiale de lutte contre le VIH/SIDA, organisée par le ministère de la Santé à l’hôtel Sofitel à Alger. «Je ne pense pas qu’on arrivera à l’élimination de l’épidémie d’ici 2030, et beaucoup d’infectiologues le pensent aussi», a-t-elle poursuivi.

Selon les chiffres officiels, le VIH/SIDA a une faible prévalence en Algérie, touchant moins de 1% de la population. En 2023, le nombre de personnes vivant avec le VIH était de 24. 015. Au premier trimestre de 2024, 1.315 cas ont été recensés contre 1.157 cas à la même période en 2023. Le VIH se concentre pour l’instant dans une population clé. Il s’agit des usagers de drogues intraveineuses (1,1 %), des professionnelles du sexe (4,4 %) et des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (14,4%), selon les données du ministère de la Santé.

Selon le dernier rapport de l’ONUSIDA, les infections au VIH/SIDA sont en baisse dans le monde, mais elles sont en progression en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Europe de l’Est et en Asie centrale.

« Malgré le faible taux d’incidence en Algérie, comparé à d’autres pays africains, les chiffres de l’année 2023 nous rappellent la nécessité de continuer notre lutte contre ce virus et de parvenir à une société sans VIH », a déclaré la représentante de l’ONUSIDA en Algérie, Soraya Alem.

Disparité dans les chiffres

Ces données sont loin de refléter la réalité, selon des spécialistes. Selon Pr N. Achour, «il n’y pas un CDR qui a recensé moins d’une centaine de nouveaux cas depuis janvier 2024».

«Quand vous voyez des chiffres du premier semestre 2023 et ceux de la même période en 2024, vous allez penser qu’il n’y a pas beaucoup de cas et que c’est gérable. Mais ce n’est pas la réalité. Le centre qui a recensé le plus grand nombre c’est celui d’Oran, avec 500 nouveaux cas l’année dernière. A Alger, nous avons recensé plus de 500 nouveaux cas dans l’ensemble des trois centres », a-t-elle indiqué. Ce constat est partagé par la présidente de l’association El Hayet, Nawel Lahouel, qui a indiqué qu’au niveau de l’association «le nombre de cas d’infections à l’hépatite C et au VIH a augmenté, particulièrement chez les usagers de drogues intraveineuses».

Selon l’association Aids Algérie, «en 2022, le nombre de personnes vivant avec le VIH (PVVIH) était de 28 000 cas, dont 13 000 femmes et près de 1 300 enfants de moins de 15 ans. Les nouvelles infections chez les moins de 15 ans sont d’environ 500 cas par an, et 1 000 cas chez les femmes en âge de procréer, une tendance qui se maintient depuis trois ans».

Il faut notifier les nouveaux cas au laboratoire national de référence

Ce décalage dans les chiffres entre le ministère de la Santé et la réalité résulte du fait que les nouveaux cas d’infections au VIH ne sont pas toujours notifiés au laboratoire central de référence, selon les spécialistes.

«Chaque laboratoire est tenu d’envoyer au laboratoire de diagnostic les nouvelles infections. Cette notification n’est malheureusement pas effectuée par tous les laboratoires, ce qui explique l’écart dans les chiffres», a expliqué Pr Nassima Bouzeghoub, virologue et chef de département à l’Institut Pasteur, lors d’un média-training organisé par les laboratoires Roche sur «l’importance du diagnostic précoce du VIH/SIDA».

«Le rôle du laboratoire national de référence est de surveiller le virus. C’est un virus qui mute et nous sommes tenus de connaître les différents types et sous-types des variants qui existent en Algérie», a-t-elle précisé.

Le partage des données avec le laboratoire central de référence permet également d’éviter les faux positifs. En 2023, 20 % des tests envoyés au laboratoire central de référence étaient des faux positifs, selon elle.

«C’est important, car c’est grâce aux données de la biologie que le clinicien et le ministère de la Santé vont pouvoir proposer des recommandations, établir une stratégie de prise en charge et orienter les thérapeutes», a-t-elle ajouté.

Yamina Baïr

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