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BPCO en Algérie : Les spécialistes alertent sur le sous-diagnostic et les risques cardiovasculaires

La broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) demeure aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. Une prévalence encore mal évaluée, le diagnostic tardif, ainsi que les défis liés à la prévention et à la prise en charge thérapeutique  ont alerté des spécialistes lors d’une rencontre scientifique consacrée aux maladies respiratoires et à leurs complications cardiovasculaires organisée par le laboratoire Astrazeneca.

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie largement sous-diagnostiquée en Algérie, avec des conséquences lourdes sur la santé des patients et sur le système de soins a indiqué le Pr Merzak Gharnaout, chef de service pneumologie au CHU Beni Messous.

Il a déclaré que de nombreux patients ne sont identifiés qu’à un stade avancé de la maladie, ce qui complique considérablement leur prise en charge. Le diagnostic tardif favorise notamment l’apparition de comorbidités, en particulier les maladies cardiovasculaires, souvent associées à la BPCO a t-il souligné et encourage la population à consulter plus tôt et à effectuer des bilans respiratoires en cas de symptômes persistants.

L’importance du diagnostic précoce  et de la sensibilisation

Pr Gharnaout a insisté sur l’importance de la sensibilisation et le diagnostic précoce de cette maladie car les conséquences sont importantes non seulement pour la santé des patients, mais également pour les systèmes de soins. Celui-ci repose sur des examens accessibles, notamment l’exploration fonctionnelle respiratoire, qui permet de détecter la maladie avant l’apparition de complications graves a t-il expliqué.

Le spécialiste met en garde face à l’évolution de la maladie lorsqu’elle est  négligée  « Le coût de la prise en charge peut alors tripler, voire être multiplié par dix lorsque la maladie évolue vers des formes sévères accompagnées d’exacerbations répétées. », a -t-il ajouté en soulignant que des travaux en cours permettront probablement d’obtenir, d’ici l’année prochaine, des données plus précises sur la prévalence réelle de la BPCO. Cette meilleure connaissance de la maladie est indispensable pour mesurer son impact sanitaire et économique. Il a également insisté sur l’importance de la prévention et de la sensibilisation en rappelant la place des médias et les acteurs de la santé dans la sensibilisation et l’information du  grand public sur la gravité de cette pathologie chronique dont le facteur de risque majeur est le tabagisme, mais aussi sur les moyens de la prévenir et de la détecter rapidement.

Les premiers symptômes, notamment la toux chronique et l’essoufflement, sont fréquemment banalisés par les patients, en particulier les fumeurs, qui les attribuent au tabac ou au vieillissement. « Beaucoup de patients ne consultent qu’au moment des exacerbations, lorsque la maladie est déjà sévère », a expliqué Pr Rachida Khelafi, chef de service de pneumologie B au CHU Beni MEssous.

La spécialistes ont rappelé que le diagnostic repose sur l’exploration fonctionnelle respiratoire, un examen indispensable pour confirmer l’obstruction bronchique caractéristique de la maladie.

Pr Kelifi a également mis l’accent sur le poids économique de la BPCO. Au-delà des coûts directs liés aux soins médicaux, la maladie engendre également des coûts indirects considérables, notamment en raison des hospitalisations répétées, de la perte de productivité et de la dégradation de la qualité de vie des patients.

 Des avancées thérapeutiques disponibles en Algérie

Elle a, par ailleurs,  mis en avant les progrès thérapeutiques enregistrés dans la prise en charge de la BPCO en Algérie. Le pays dispose aujourd’hui des principales options thérapeutiques recommandées au niveau international, notamment « les bronchodilatateurs, les associations de bithérapies inhalées ainsi que les nouvelles trithérapies fixes associant deux bronchodilatateurs et un corticoïde inhalé. ». Ces thérapies innovantes permettent  d’améliorer l’observance thérapeutique et de réduire les exacerbations ainsi que les complications cardiovasculaires associées. « Près de 70 % des décès chez les patients atteints de BPCO seraient liés aux comorbidités cardiovasculaires, contre seulement 30 % directement attribués à l’insuffisance respiratoire. », a souligné Pr Khelafi.

Un lourd fardeau cardiovasculaire

Les comorbidités cardiovasculaires associées à la BPCO, considérées aujourd’hui comme la principale cause de mortalité chez ces patients ont été également abordées. « La BPCO ne se limite pas à une atteinte pulmonaire. Il existe une inflammation systémique qui favorise de nombreuses complications cardiovasculaires », a expliqué Pr Kachenoura Aldjia, cheffe de service cardiologie au Chu de Béjaia.

Pr Kachenoura

Elle rappelle que ces complications, l’Hypertension artérielle, diabète, obésité, troubles du rythme cardiaque, insuffisance cardiaque ou encore infarctus du myocarde figurent parmi les pathologies fréquemment associées à la BPCO.

Pr Kechenoura raplle que  Les exacerbations respiratoires représentent également un facteur aggravant majeur : « Chaque épisode augmente le risque d’événements cardiovasculaires graves pouvant survenir dans les mois suivant l’exacerbation voire une année »

Face à cette situation, les spécialistes plaident pour un suivi coordonné entre pneumologues et cardiologues afin d’assurer une prise en charge globale des patients.

Prévention et vaccination au cœur de la stratégie

Au-delà des traitements médicamenteux, les spécialistes ont insisté sur l’importance de la prévention, notamment la lutte contre le tabagisme, principal facteur de risque de la maladie. Ils ont également rappelé le rôle de la vaccination dans la réduction des exacerbations respiratoires et des complications cardiovasculaires. Les experts recommandent particulièrement la vaccination antigrippale, antipneumococcique et antivirale chez les patients âgés ou souffrant de pathologies chroniques.

Ils ont enfin appelé à renforcer les campagnes de sensibilisation destinées au grand public et à améliorer le parcours de soins afin de réduire le poids sanitaire, social et économique de la BPCO en Algérie.

Djamila Kourta

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