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Maladie rénale chronique : Miser sur le dépistage et la prévention pour freiner la progression

Maladie rénale chronique : Miser sur le dépistage et la prévention pour freiner la progression

​Face à l’augmentation des cas d’insuffisance rénale, l’Institut national de santé publique (INSP)  organisé un atelier de formation axé sur  une approche préventive plutôt que curative pour soulager le système de santé et protéger les citoyens.

La maladie rénale chronique (MRC) est une pathologie qui évolue souvent sans symptômes visibles jusqu’à un stade avancé. Selon le Pr Abderrezak Bouamra, directeur général de l’INSP, ce diagnostic tardif entraîne une mortalité élevée et des complications graves, notamment cardiaques.

Au-delà du médical : un enjeu social et psychologique

Le directeur général de l’INSP a également insisté sur la complexité multidimensionnelle de la maladie rénale chronique. Celle-ci ne se limite pas à une atteinte organique, mais s’accompagne souvent d’une vulnérabilité sociale, d’une pression psychologique importante pour les patients et leurs familles, ainsi que d’une saturation progressive des structures de soins.

Si l’extension des centres de dialyse reste nécessaire, elle ne peut, à elle seule, répondre durablement à l’augmentation des cas. «Se limiter à une approche curative, c’est traiter les conséquences sans agir sur les causes», a-t-il averti.

Prévenir plutôt que subir

Selon le Pr Bouamra, une stratégie exclusivement curative exerce une pression constante sur les ressources humaines et matérielles, sans infléchir réellement l’incidence de la maladie. À l’inverse, une approche fondée sur la prévention permet de réduire les complications, de ralentir l’évolution de la pathologie et d’optimiser l’utilisation des moyens disponibles.

Il a rappelé que le système de santé national repose sur deux principes essentiels : l’équité et l’accessibilité aux soins. Dans cette optique, la prévention s’articule autour de trois axes majeurs :

  • le dépistage régulier des populations à risque ;
  • la réduction des complications ;
  • la garantie d’un accès équitable aux soins sur l’ensemble du territoire.

Agir sur les facteurs de risque majeurs

Le diabète et l’hypertension artérielle étant les principales causes de la maladie rénale chronique, l’INSP inscrit ces formations dans une démarche progressive et cohérente. Après une session dédiée à l’hypertension, une autre formation consacrée au diabète est programmée, afin d’intervenir en amont, avant l’installation des atteintes rénales.

Changer les comportements, un défi majeur

Au-delà de l’offre de soins, le Pr Bouamra a mis en lumière un obstacle de taille : la difficulté à modifier les comportements en matière de prévention. Malgré la multiplication des campagnes d’information, l’adhésion du public reste insuffisante.

Pour y remédier, l’INSP mène des travaux de recherche en collaboration avec des sociologues, afin d’identifier les freins sociaux et culturels qui limitent l’adoption des pratiques préventives.

Le DG a également rappelé l’importance d’outils simples et accessibles, comme la bandelette urinaire, qui constitue un moyen efficace de dépistage précoce chez les personnes à risque.

Optimiser le parcours de soins

Le responsable de l’INSP a par ailleurs plaidé pour une meilleure organisation du parcours de soins, rappelant que l’insuffisance rénale ne conduit pas systématiquement à la dialyse. «Il existe des indications précises, et les patients doivent être orientés en fonction de ces critères», a-t-il insisté, appelant à promouvoir toutes les alternatives thérapeutiques disponibles.

Il a également souligné la nécessité de renforcer la sécurité des patients dialysés, notamment face aux risques infectieux, et d’encourager les actions de prévention telles que la greffe rénale, conformément aux orientations du ministère de la Santé.

Vers un registre national de la maladie rénale chronique

Autre annonce majeure : la mise en place d’un registre national de la maladie rénale chronique, actuellement en bonne voie. Élaboré en collaboration avec les services de dialyse, les établissements hospitaliers et les différents secteurs concernés, ce dispositif permettra de disposer d’indicateurs fiables pour suivre l’évolution réelle de la maladie.

« Sans données, il est impossible d’évaluer nos actions ou d’ajuster nos stratégies », a martelé le Pr Bouamra, rappelant que l’augmentation constante de l’incidence impose des décisions fondées sur des preuves scientifiques solides.

Une bataille de long terme

En conclusion, le directeur général de l’INSP a insisté sur le fait que la lutte contre la maladie rénale chronique est un combat de longue haleine, qui ne peut se gagner dans l’urgence ni uniquement à l’hôpital.

«Cette bataille se gagne dans la prévention et le dépistage», a-t-il affirmé, appelant à une mobilisation collective et à une intégration pleine et entière de cette pathologie dans la stratégie nationale de lutte contre les maladies non transmissibles.

L’objectif affiché est clair : stabiliser l’incidence de la maladie dans un premier temps, avant de parvenir à infléchir durablement la courbe, grâce à une approche globale, scientifique et concertée.

Rania N.

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