Dans son rapport annuel publié en décembre 2025, adressé au Président de la République conformément à l’article 199 de la Constitution, la Cour des comptes, consacre dans la partie relative aux administrations de l’État, deux thématiques relatives au secteur de la santé.
Élaboré dans le respect de l’ordonnance n°95-20 du 17 juillet 1995 modifiée et complétée, ainsi que des procédures prévues par le règlement intérieur de la Cour, le rapport annuel reflète la mission fondamentale de l’institution : «veiller à l’utilisation saine, efficiente et transparente des fonds publics», rappellent les rédacteurs du rapport.
La cour des comptes explique que la première opération thématique, intitulée «évaluation de la résilience du système national de santé face aux crises sanitaires», est le résultat d’une évaluation à mi-parcours, menée en collaboration avec l’ARABOSAI, visant l’appréciation du degrés 14 d’atteinte du troisième objectif de développement durable, intitulé «Santé et bien-être», en particulier dans sa «cible 3-d» relative à la capacité du système national de santé en matière d’alerte rapide, de réduction des risques et de gestion des risques sanitaires nationaux et mondiaux.
Cette évaluation, inscrite dans son programme de contrôle, couvrant principalement la période 2020–2022, avec des prolongements postérieurs, a mis en relief les progrès réalisés, notamment sur les plans juridique et institutionnel ainsi qu’en ressources financières mobilisées, tout en identifiant les marges d’amélioration en vue de la mise en œuvre effective de ces acquis et de leur consolidation.
Des acquis solides, mais des défis persistants
Les travaux de la Cour mettent en évidence des progrès significatifs dans la structuration du système de santé algérien. Le pays dispose aujourd’hui d’un cadre juridique globalement adéquat, d’un dispositif institutionnel organisé et d’un système de surveillance des risques sanitaires conforme aux exigences du Règlement sanitaire international (RSI).
L’adhésion de l’Algérie au RSI, la création de postes de contrôle sanitaire aux frontières et la mise en place de comités spécialisés témoignent d’un engagement réel en faveur de la prévention et de la préparation aux crises, signale le rapport.
Toutefois, l’évaluation souligne également plusieurs points négatifs notamment des retards dans la publication de certains textes d’application, une opérationnalisation incomplète de structures clés comme les observatoires régionaux de santé, une coordination intersectorielle encore perfectible, l’absence de plateformes numériques unifiées pour le partage des données sanitaires et une flexibilité limitée des mécanismes de financement en situation d’urgence.
Une gouvernance multisectorielle au cœur de la résilience
La Cour des comptes souligne que la résilience du système de santé repose sur une approche multisectorielle, impliquant à la fois les secteurs de la santé humaine, de la santé animale, de l’intérieur, de l’agriculture et des collectivités locales.
Le rapport précise que le rôle du ministère de la Santé demeure central, notamment à travers les dispositifs de veille épidémiologique, de contrôle sanitaire aux frontières et de gestion des situations d’urgence, comme démontré lors de la pandémie de Covid-19.
Parallèlement, le ministère de l’Agriculture joue un rôle clé dans la surveillance des zoonoses, qui représentent une part importante des maladies infectieuses émergentes.
Un cadre juridique renforcé et en évolution
L’évaluation met en lumière un socle juridique renforcé, reposant notamment sur la Constitution de 2020, qui consacre une approche globale de la santé et la loi relative à la santé plus récemment, la loi de 2024 relative à la prévention et à la gestion des risques de catastrophes dans une logique de développement durable.
Ces textes posent les bases d’un système plus résilient, même si leur pleine efficacité demeure conditionnée à la finalisation et à la mise en œuvre de l’ensemble des dispositifs réglementaires.
Vers un système de santé plus résilient
En conclusion, la Cour des comptes dresse le constat d’un système national de santé en phase de renforcement, ayant su tirer des enseignements des crises récentes, tout en identifiant clairement les leviers d’amélioration nécessaires.
Pour la cour des comptes, Le renforcement de la coordination intersectorielle, la digitalisation des systèmes d’information sanitaire, la flexibilité du financement des urgences et l’opérationnalisation des structures de veille constituent les piliers d’une résilience durable du système de santé algérien.
Djamila Kourta
