La santé scolaire occupe une place centrale dans la politique de prévention et de promotion de la santé en Algérie. À l’occasion de la rentrée 2025, le ministère de la Santé, en collaboration avec celui de l’Éducation nationale, a renforcé son dispositif de suivi médical, de dépistage et de sensibilisation au sein des établissements scolaires. Dans cet entretien, la Docteure Fatima Bousmaha, Sous-directrice des actions sanitaires spécifiques au ministère de la Santé, revient sur les objectifs du programme national de santé scolaire, les pathologies les plus fréquentes en milieu éducatif, la prise en charge de la santé mentale des élèves, ainsi que les priorités de la Semaine nationale de sensibilisation.
1- Quels sont les principaux objectifs du programme national de santé scolaire en Algérie ?
Le principal objectif du programme national de santé scolaire en Algérie est de promouvoir la santé en milieu scolaire et d’améliorer les prestations sanitaires, afin d’assurer un développement harmonieux de l’élève sur les plans physique, mental, intellectuel et social.
Il comprend la mise en place d’actions de prévention, de dépistage et de prise en charge des pathologies transmissibles et non transmissibles, y compris les affections visuelles, auditives et bucco-dentaires, tout en garantissant la vaccination obligatoire pour les classes cibles.
Le programme veille également à l’amélioration de l’hygiène au niveau des établissements scolaires (locaux, eau potable, sanitaires, hygiène corporelle), à la promotion de l’éducation à la santé par la sensibilisation des élèves, des enseignants et des parents aux bonnes pratiques (hygiène, nutrition, santé bucco-dentaire), ainsi qu’au développement d’un suivi rigoureux des affections détectées à travers l’orientation vers des spécialistes, la prise en charge appropriée et un suivi médical régulier.
2-Comment le ministère de la Santé collabore-t-il avec le ministère de l’Éducation pour assurer un meilleur suivi sanitaire des élèves ?
La collaboration entre le ministère de la Santé et le ministère de l’Éducation, en association avec les collectivités locales, se traduit principalement à travers les Unités de Dépistage et de Suivi (UDS), qui sont implantées dans les établissements scolaires ou dans des structures sanitaires et assurent des visites médicales, le dépistage, la vaccination et le suivi des élèves.
Cette coopération repose sur un partage clair des responsabilités : l’Éducation facilite l’accès aux élèves et leur mobilisation dans les écoles, tandis que la Santé met à disposition les professionnels (médecins scolaires, dentistes, psychologues, paramédicaux), les équipements nécessaires et organise les protocoles de dépistage et de suivi.
Elle s’exprime également dans la co-organisation de campagnes telles que la Semaine nationale de santé scolaire, où les deux ministères unissent leurs efforts pour mobiliser des ressources, sensibiliser à travers les écoles, impliquer les établissements, les parents et les professionnels de santé.
3- Quelles sont les pathologies ou problèmes de santé les plus fréquents observés en milieu scolaire ?
Les pathologies et problèmes de santé les plus fréquemment rencontrés en milieu scolaire concernent divers domaines : les troubles ophtalmiques tels que la baisse de l’acuité visuelle et le strabisme ; les infections parasitaires et infestations comme la pédiculose, la gale ou l’oxyurose ; l’anémie et les carences nutritionnelles ; les maladies chroniques telles que l’asthme, le diabète ou l’épilepsie ; les troubles liés à l’hygiène bucco-dentaire, notamment les caries ; les problèmes de croissance staturo-pondérale, avec parfois des retards de développement ; ainsi que les troubles comportementaux ou d’apprentissage, incluant des difficultés scolaires, des troubles du comportement et, dans certains cas, l’énurésie.
4- Quelle est la place de la santé mentale et du bien-être psychologique dans le dispositif de santé scolaire ?
La santé mentale est reconnue comme une composante essentielle du bien-être de l’élève, et les Unités de Dépistage et de Suivi (UDS) intègrent des psychologues au sein de leurs équipes.
Les objectifs portent notamment sur le repérage des troubles du langage, des troubles du comportement ou des difficultés d’acquisition scolaire, ainsi que sur l’orientation des élèves vers des services spécialisés lorsque cela est nécessaire.
Le ministère de la Santé a, par ailleurs, organisé des journées d’étude visant à renforcer la prise en charge de la santé mentale, en insistant sur la coordination entre les secteurs de la santé, de l’éducation, de la justice et de la jeunesse.
Néanmoins, de nombreux défis persistent dans ce domaine, en particulier en ce qui concerne la disponibilité de services adéquats, la présence de personnel spécialisé, la détection précoce et l’accès équitable à une prise en charge adaptée.
5- Quels sont les principaux thèmes retenus cette année pour la semaine de sensibilisation ?
Selon les annonces officielles, le thème général de la Semaine nationale de la santé scolaire 2025 est : « Santé scolaire… pour un avenir sain et sécurisé ». Les priorités mises en avant portent sur le renforcement des acquis, l’amélioration des conditions d’apprentissage et la mise en place d’un cadre sain et sécurisé favorisant la réussite et l’excellence.
La semaine sera également marquée par des actions de sensibilisation aux comportements sains, à l’hygiène et à la nutrition, organisées à travers des ateliers et des conférences.
6- Quels publics sont ciblés en priorité : élèves, parents, enseignants, ou l’ensemble de la communauté éducative ?
Les publics ciblés en priorité par le dispositif de santé scolaire sont, en premier lieu, les élèves, qui constituent le principal public concerné par le dépistage, le suivi médical, les bilans de santé et les actions de sensibilisation.
Les parents occupent également une place essentielle, puisqu’ils sont sensibilisés aux questions liées à l’hygiène, à la nutrition et à la santé scolaire afin de favoriser l’adoption de comportements sains à la maison.
Les enseignants et le personnel scolaire sont, quant à eux, directement impliqués dans la détection précoce de problèmes, l’éducation à la santé, le suivi du comportement des élèves et la promotion d’un cadre de vie sain au sein de l’école.
Enfin, la communauté éducative dans son ensemble, incluant l’administration scolaire et les collectivités locales, contribue au fonctionnement du dispositif en veillant aux infrastructures, à la logistique et à l’hygiène des établissements.
7- Quels types d’activités (conférences, dépistages, ateliers, campagnes d’information) sont prévus durant cette semaine ?
Les annonces de cette année (2025) mettent en avant plusieurs types d’actions : des ateliers de sensibilisation dans les écoles sur des thèmes tels que l’hygiène, la nutrition et les comportements sains ; des conférences organisées avec des professionnels de santé à destination des élèves, des parents et des enseignants ; des dépistages comprenant des bilans médicaux et l’identification de troubles fréquents comme les problèmes visuels, l’anémie ou l’asthme ; des campagnes d’information via affichage, médias et communication auprès des parents et de la communauté ; enfin, la mobilisation des Unités de Dépistage et de Suivi (UDS) afin d’intensifier leur couverture et de renforcer le suivi des élèves.
8- Quelles sont les attentes du ministère de la Santé en termes d’impact concret de cette semaine sur la santé et les comportements des élèves ?
Les attentes officiellement exprimées sont les suivantes : améliorer les indicateurs de santé des élèves à travers une diminution des pathologies dépistées tardivement, une meilleure prise en charge des maladies chroniques et une couverture vaccinale renforcée ; inciter au changement de comportement en favorisant l’adoption de bonnes pratiques d’hygiène, une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et le respect des règles sanitaires ; renforcer le cadre scolaire en rendant les établissements plus sains, plus sûrs et mieux équipés, notamment en matière de sanitaires, d’accès à l’eau, d’hygiène et de locaux ; sensibiliser les parents et la communauté afin de les impliquer activement, ce qui permet de prolonger les effets positifs au-delà du cadre scolaire.
À terme, l’objectif global est de contribuer à une meilleure réussite scolaire, car un enfant en bonne santé se concentre mieux, manque moins l’école et progresse davantage dans ses apprentissages.
