Interview du Pr Réda Djidjik en marge des travaux du 9ème congrès de l’Académie algérienne d’allergologie et d’immunologie clinique.
Chef de service d’immunologie au CHU de Beni Messous et président de l’AAAIC, le Pr Réda Djidjik revient dans cet entretien sur l’importance de l’organisation du neuvième Congrès national d’allergologie et d’immunologie clinique, tenu cette année conjointement avec le premier Congrès arabe d’allergologie, d’asthmologie et d’immunologie, qu’il qualifie d’évènement scientifique majeur. Il explique la portée stratégique de cette rencontre, les défis spécifiques du monde arabe en matière de maladies immunitaires, ainsi que les ambitions de la nouvelle Académie arabe d’allergologie.
Interview réalisée par Djamila Kourta
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Cette année, l’Algérie accueille un évènement scientifique d’envergure. Quelle en est la portée d’un tel événement ?
Nous vivons un moment exceptionnel : pour la première fois, le neuvième Congrès national d’allergologie et d’immunologie clinique se tient conjointement avec le premier Congrès arabe d’allergologie, d’asthmologie et d’immunologie.
L’Académie arabe, créée l’année dernière à Alger, a choisi notre pays pour abriter cet évènement fondateur, qui réunit près de 80 spécialistes venus de tout le monde arabe. C’est un immense honneur pour l’Algérie.
Ce méga-congrès permet aux experts arabes de se rencontrer, de structurer leurs réseaux et de mieux appréhender l’ensemble des pathologies allergiques et immunitaires. C’est une étape importante vers une véritable coopération scientifique régionale.
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Les pays arabes partagent-ils des particularités en matière de maladies immunitaires ?
Nous partageons effectivement beaucoup d’éléments communs : la culture, l’environnement… mais aussi certaines réalités génétiques. La consanguinité, très présente dans plusieurs pays arabes, favorise la survenue de pathologies autosomiques récessives, notamment les déficits immunitaires primitifs. Ces maladies, rares en Occident, sont malheureusement très fréquentes chez nous.
Si nous rassemblons les séries cliniques de chacun de nos pays, nous pourrons enfin mieux comprendre et mieux traiter ces pathologies. Il faut rappeler que ce qui est publié en Occident n’est pas toujours transposable à nos réalités : là-bas, de nombreuses maladies sont liées au sexe, alors que dans le monde arabe, les formes autosomales récessives dominent. L’épidémiologie n’est donc pas comparable.
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Quels sont les objectifs de la nouvelle Académie arabe d’allergologie et d’immunologie ?
L’objectif premier est de nous connaître mutuellement et de situer chaque pays dans son niveau de prise en charge. Cela permettra de créer de véritables réseaux de coopération scientifique.
Nous travaillons déjà à la mise en place d’un registre arabe des pathologies allergiques et immunitaires, une étape essentielle pour comprendre l’ampleur réelle de ces maladies.
L’Académie prévoit également de proposer des formations dédiées, avec des diplômes arabes en allergologie. Nous avons l’ambition d’inscrire cette Académie au sein de la Ligue arabe, via l’Union des médecins arabes. Il est important que cette structure soit reconnue officiellement par les ministères de la Santé de tous les pays arabes.
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Où en est la prise en charge thérapeutique des pathologies allergiques et immunitaires en Algérie ?
Les pathologies allergiques et immunitaires bénéficient actuellement d’avancées majeures. Ces dernières années, de nouvelles molécules, notamment des biothérapies ciblant les interleukines 4, 5 et 13 — et plus largement l’axe inflammatoire de type 2 — ont transformé le traitement de l’asthme sévère. Pour de nombreux patients, cela constitue un progrès déterminant dans le contrôle de la maladie.
Concernant les déficits immunitaires primitifs, qui touchent malheureusement beaucoup d’enfants, notre combat aujourd’hui est clair : développer un centre de greffe de moelle osseuse entièrement dédié à l’enfant. La greffe reste le seul traitement capable de sauver ces jeunes patients.
Sur le plan du diagnostic, nous avons atteint un niveau remarquable. Tous les outils sont désormais disponibles en Algérie, y compris le séquençage à haut débit. Autrefois, nous envoyions nos prélèvements aux États-Unis ou en Chine pour le diagnostic génétique ; aujourd’hui, du phénotype au génotype, tout se fait chez nous. C’est une véritable fierté nationale.
D. K.
