Le SRAS COV-2 (covid-19) a tué plus de 41 % des patients atteints de cancer dans la région MENA, selon une étude publiée le 2 avril 2024 dans le journal JIPO, à laquelle l’Algérie a participé.
La pandémie a considérablement retardé le diagnostic ainsi que les traitements prévus en chirurgie, radiothérapie et pharmacothérapie, selon l’étude qui révèle des résultats similaires à ceux d’autres populations en termes de mortalité à 30 et 90 jours.
Une participation algérienne majeure à l’étude régionale
Huit pays ont réalisé cette étude dans douze centres de prise en charge du cancer entre fin 2020 et mi-2021. Le Pr Adda Bounedjar a représenté l’Algérie via le service d’oncologie médicale du CHU de Blida, qui a d’ailleurs fourni le plus grand nombre de patients (396, soit 20% de l’échantillon).
“Malgré des études approfondies sur l’impact du COVID-19 sur les patients atteints de cancer, la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) manque d’informations”, soulignent les auteurs en introduction, en précisant que “notre étude visait à rapporter les résultats pertinents du MENA COVID-19 et du Cancer Registry (MCCR) sur la prise en charge et les résultats des patients”.
L’étude a donc concerné un échantillon de 2008 patients dont 1132 femmes et 876 hommes avec un âge médian de 57 ans (18-98) dont 56,1 % étaient des femmes. La plupart des patients (87,8%) avaient des tumeurs solides et 59,6% présentaient une maladie métastatique.
Le registre comprenait des données sur les patients — 26% sont fumeurs ou anciens fumeurs —, les caractéristiques de la maladie, les comorbidités, le traitement adapté et les résultats des traitements.
Le cancer du sein était la plus importante localisation enregistrée (28,5%) de l’ensemble des cancers répertoriés et 50,5% des patients présentaient une maladie métastatique avec un indice de masse corporelle supérieur ou égal à 25 (63,09%) des cas.
Diagnostic positif et retards de soins : les causes de la surmortalité
La pandémie Covid-19 a causé des retards dans les traitements avec une interruption des traitements de plus de 14 jours pour la majorité des patients. “La cause du décès a été déterminée comme étant liée au COVID-19 chez 204 patients (41,12%), au cancer chez 224 patients (45,16%) et à d’autres causes chez 68 patients (13,70%)”, rapportent les auteurs de l’étude.
Ils ont fait savoir que les retards de plus de 14 jours dans le traitement prévu sont survenus dans 80,3% des cas pour la chirurgie, 48,8% pour la radiothérapie et 32,9% pour la pharmacothérapie. “Le retard ou l’annulation des trois modalités de traitement a été considérablement réduit après le 1er juin 2020”, notent-ils.
Les auteurs expliquent également que la cause la plus fréquente du retard dans le traitement était le diagnostic de COVID-19 chez les patients et, dans une bien moindre mesure, la progression du cancer.
“Le manque de ressources était une raison rare pour retarder le traitement”, avancent-ils. “Les taux de mortalité toutes causes confondues à 30 et 90 jours étaient respectivement de 17,1% et 34,5%. Ces taux ont augmenté après le 1er juin 2020. L’augmentation était significative pour la mortalité à 90 jours”, ont-ils expliqué et de préciser que la majorité des décès sont survenus à la maison : 41,65% des patients sont décédés à l’hôpital et 19,65% en réanimation. La survie globale médiane de tous les patients était de 533 jours.
Vers une meilleure résilience face aux crises futures
En conclusion, l’étude a révélé que les patients atteints de cancer et de COVID-19 de la région MENA avaient des résultats similaires à ceux d’autres populations en termes de mortalité à 30 et 90 jours et que de nombreux facteurs affectent les résultats des patients dans cette région.
“D’autres études sur l’impact des politiques locales ainsi que sur les vaccinations et les thérapies de soutien fournies pourraient aider à identifier des approches permettant de gérer toute crise similaire à l’avenir”, ont conclu les auteurs.
Djamila Kourta
