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Hémophilie : Lancement d’un nouveau traitement qui révolutionne la prise en charge des enfants

 

​Le CHU de Beni Messous a accueilli, hier, le lancement d’un nouveau protocole thérapeutique révolutionnaire destiné aux enfants hémophiles. Grâce à l’introduction de l’Emicizumab, une molécule innovante administrée par voie sous-cutanée, la prise en charge de cette pathologie lourde connaît une avancée importante en améliorant de façon spectaculaire la qualité de vie des patients et de leurs familles.

​C’est une avancée que les spécialistes et les associations de malades attendaient avec impatience. Le service d’Hématologie du CHU de Beni Messous, sous la direction du Professeur Salim Nekkal, a officiellement entamé l’utilisation d’un nouveau traitement innovant pour la population pédiatrique atteinte d’hémophilie avec complications.

Une révolution thérapeutique : de l’intraveineux au sous-cutané

​Contacté par le Tdmsanteinov, le Pr Salim Nekkal affirme que ce lancement est une première nationale qui change radicalement les paradigmes de soin. « Nous avons entamé l’utilisation d’une molécule innovante, l’Emicizumab, pour les enfants présentant des inhibiteurs (ACC), soit environ 150 patients à l’échelle nationale », explique-t-il.

​La rupture avec l’ancien protocole est totale. Jusqu’à présent, ces enfants devaient subir deux à trois injections intraveineuses par semaine. Désormais, le traitement s’administre par voie sous-cutanée, avec une fréquence réduite à une injection toutes les deux ou quatre semaines. « Nous divisons par dix le nombre d’injections annuelles, passant de plus de cent à seulement une quinzaine. C’est une transformation profonde du quotidien pour l’enfant et ses parents », souligne le chef de service.

Un effort budgétaire colossal

​Cette innovation a un coût, pleinement assumé par les pouvoirs publics. Le Pr Nekkal a tenu à préciser que le budget alloué par la tutelle à la lutte contre l’hémophilie a été multiplié par trente entre 2008 et 2024. Une enveloppe qui devrait encore croître avec la généralisation de ce nouveau protocole à l’ensemble des centres spécialisés du pays. Ce déploiement se fera en coordination étroite entre les services d’hématologie et de pédiatrie, à l’image de la collaboration fructueuse avec le service du Pr Hamlaoui à Beni Messous.

Le cri du cœur de l’Association nationale

​Si la satisfaction est immense du côté des familles, Latifa Lamhene, présidente de l’Association nationale des hémophiles, appelle à une vigilance accrue. « C’est une nouvelle vie qui commence, mais ce n’est pas la fin de l’hémophilie », rappelle-t-elle avec insistance.

​Mme Lamhene explique que si ce traitement prévient efficacement les saignements spontanés, il ne corrige pas le taux de facteur VIII ou IX dans le sang. En cas de traumatisme ou d’accident, le patient reste vulnérable et doit pouvoir accéder aux traitements classiques dits « bypassants ». « Le risque serait que les parents, voyant leur enfant en meilleure forme, baissent la garde. Nous lançons donc la “phase 2” de l’éducation thérapeutique pour accompagner ce changement de mode de vie », précise-t-elle.

Prévenir le handicap dès le premier âge

​L’association plaide désormais pour une généralisation rapide de ce traitement, notamment chez les nouveau-nés et les enfants de moins de quatre ans. L’objectif est de prévenir les micro-saignements cérébraux, souvent indétectables précocement, mais responsables de séquelles neurologiques graves ou d’épilepsie.

​« Protéger le capital santé de l’enfant dès son plus jeune âge est notre prochain combat auprès du ministère de la Santé », conclut Mme Lamhene. Avec ce nouveau traitement, l’Algérie s’aligne sur les standards internationaux, offrant enfin aux jeunes hémophiles la perspective d’une scolarité et d’une vie sociale quasi normale.

Rania. N

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