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Dr. Mouloud Merzouk, pédiatre «La circoncision collective comporte des risques médicaux qu'il ne faut pas sous-estimer »

Dr. Mouloud Merzouk, pédiatre «La circoncision collective comporte des risques médicaux qu’il ne faut pas sous-estimer »

Chaque année, à l’occasion du mois de Ramadhan, de nombreuses circoncisions collectives sont organisées en Algérie. Si cette pratique revêt une dimension sociale et religieuse forte, elle n’est pas sans risques médicaux. Le Dr. Mouloud Merzouk, pédiatre libéral, met en garde contre les complications potentielles et souligne l’importance d’une prise en charge rigoureuse pour assurer la sécurité des enfants.

Entretien réalisé par
Linda Ima

  • Quels sont les principaux risques médicaux associés aux circoncisions collectives, organisées principalement durant le mois de Ramadhan ?

La circoncision collective comporte plusieurs risques, notamment le risque infectieux, qui peut survenir en cas de défaut ou d’insuffisance de la stérilisation du matériel utilisé. Un autre risque est celui des accidents liés à un geste mal exécuté, souvent à cause de la fatigue du personnel médical. De plus, il existe un risque psychologique, en particulier chez l’enfant, qui peut être traumatisé en voyant du sang ou en percevant la douleur d’autres enfants subissant l’intervention.

  • Comment s’assurer qu’un enfant est apte à subir une circoncision sans risque majeur ?

Le risque zéro n’existe pas en chirurgie, et la circoncision ne fait pas exception. Pour limiter les complications, il est recommandé d’effectuer l’intervention après l’âge de 4 ans, pour éviter une reprise de la circoncision, car en Algérie 3 enfants sur 4 qui subissent une circoncision précoce notamment la première année de vie, sont repris pour une deuxième fois ( 67 % ) selon des étude de professeurs  Nacer Djidjli a l’hôpital Belfort.

Cependant, en cas de phimosis cela nécessite une prise en charge plus précoce. Avant l’intervention, un bilan de coagulation ainsi qu’une numération formule sanguine (NFS) doivent être réalisés et doivent être normaux. De plus, il est important de s’assurer qu’aucun médicament contre-indiquant la chirurgie n’a été pris. Enfin, en cas de malformation de la verge, il est impératif d’explorer la malformation avant d’envisager l’intervention.

  • Peut-on circoncire un enfant hémophile ? Si oui, quelles sont les précautions spécifiques ?

Il est possible de circoncire un enfant hémophile, mais cela nécessite des précautions particulières. Un dosage du facteur de coagulation manquant doit être effectué, et une perfusion du facteur doit être administrée avant l’intervention. En cas d’hémorragie abondante, une nouvelle perfusion peut être nécessaire, voire une transfusion sanguine pour compenser les pertes.

  • Quels examens doivent être réalisés avant l’intervention pour détecter un trouble de la coagulation ?

Avant de pratiquer une circoncision, un bilan standard doit être effectué. Celui-ci comprend une numération formule sanguine (NFS) avec une attention particulière aux plaquettes, une détermination du groupe sanguin, ainsi que des tests rénaux tels que l’urée et la créatinine. Des examens de coagulation comme le TP (taux de prothrombine), le TCK (temps de céphaline kaolin) et le TQ (temps de Quick) sont également indispensables pour s’assurer de l’absence de trouble de la coagulation.

  • Y a-t-il un protocole particulier à suivre avant, pendant et après la circoncision pour un enfant à risque ?

Le protocole postopératoire dépend de l’état de santé de l’enfant et de la présence éventuelle de maladies sous-jacentes. La surveillance porte principalement sur la qualité de la miction, afin de s’assurer que le jet urinaire est normal après l’intervention. Il est également essentiel de surveiller l’infection de la plaie, le risque d’hémorragie et la cicatrisation pour éviter toute complication.

  • Quel conseil vous pouvez donner  aux familles souhaitant circoncire leurs enfants dans un cadre collective ?

Je ne la recommande pas, car il s’agit davantage d’une décision administrative que médicale, surtout en ce mois de Ramadan. Si les autorités locales souhaitent prendre en charge la circoncision des enfants issus de familles nécessiteuses, il serait préférable d’adopter une approche plus discrète et individualisée, en collaboration avec des chirurgiens ou des structures adaptées, afin de préserver la dignité des familles concernées. De plus, il serait plus judicieux de laisser les enfants profiter pleinement des festivités et exprimer leur joie comme tout le monde, plutôt que de les contraindre à rester alités durant ces moments de célébration.

L. I.

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