L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé le Kenya, le Nigéria et l’Algérie comme leaders africains en matière de contrôle du cancer du sein, avec le score global de capacité le plus élevé du continent. Ce qui les positionnent comme modèle pour la lutte contre le cancer en Afrique.
Une étude d’évaluation des capacités de lutte contre le cancer du sein dans la Région africaine de l’OMS, publiée en février dernier, présente une analyse détaillée des infrastructures, des ressources humaines, des systèmes d’information sanitaire, et des politiques de santé dans 42 pays de la Région africaine de l’OMS. Elle met en lumière les défis et les lacunes dans la prise en charge du cancer du sein, tout en proposant des recommandations pour améliorer la situation.
«Le Kenya, le Nigéria et l’Algérie sont les plus performants, à plus de 60 %, ce qui démontre les possibilités qu’offrent des leaders régionaux à inspirer des progrès », signalent les auteurs de l’étude.
Importantes disparités régionales
Le score de performance global révèle d’importante disparités régionales, avec une capacité globale de lutte contre le cancer du sein qui s’établit à 37,3 % en moyenne, précise la même source.
Le leadership, la gouvernance et le financement sont en moyenne de 40,5%, le pourcentage le plus élevé étant enregistré au Mozambique et les plus bas aux Comores et en Guinée équatoriale.
Ces résultats indiquent que plus un pays investit dans le leadership et la gouvernance, plus le système d’information sanitaire est solide, plus le personnel de santé est renforcé dans une certaine mesure et plus la prestation de services s’améliore dans le pays.
« De plus, le Kenya était en tête de cette forte corrélation entre le leadership, la gouvernance et Capacité du personnel de santé Score global le financement d’une part et la prestation de service d’autre part, suivi par le Mozambique et l’Algérie », indiquent t-on en précisant que les mêmes pays étaient également en tête de la corrélation la plus élevée entre le leadership, la gouvernance et le financement d’une part et les personnels de santé, tandis que le Kenya et l’Algérie ont été en tête de la corrélation plus élevée entre la composante LGF et la composante SP.
Seuls 5 des 47 pays ont des programmes de dépistage
L’analyse révèle que seuls 5 des 47 pays de la région ont mis en place des programmes organisés de dépistage du cancer du sein et que de nombreux pays s’appuient encore sur des programmes de dépistage opportunistes. « L’accès à la pathologie en Afrique reste limité, seuls deux pays respectant la norme d’un laboratoire pour 100.000 habitants », est-il noté.
Les méthodes utilisées pour le dépistage et la détection précoce du cancer du sein dans la Région africaine ne sont pas standardisées. Plusieurs méthodes sont utilisées. On note que 71,43 % des pays utilisent l’examen clinique des seins (ECS), 64,29 % l’autoexamen des seins (AES), 52,38 % l’échographie associée ou non à la mammographie et 50 % utilisent la mammographie.
Le document met en avant une grave pénurie de personnel de santé ainsi qu’un accès limité aux centres de cancérologie spécialisés et absence de chimiothérapie dans certains pays.
Pour un dépistage et diagnostics précoces
Dans l’ensemble de la région, le nombre de centres de cancérologie, tant dans le secteur public que dans le secteur privé, se situe entre 0 et 10. D’autres pays, notamment en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, n’ont pas de centre dans le secteur public. Les données ont mis en évidence que le secteur public possède 63% de ces centres.
Par ailleurs, Seize pays sur 42 (38%) ne disposent d’aucun équipement de radiothérapie. L’analyse montre également que 37/42 pays (88,10%) disposent de services de chimiothérapie.
Les décès liés au cancer du sein dans la région sont en grande partie dus à un diagnostic tardif et à des mesures de prévention et de soins insuffisantes. « Rien qu’en 2022, 38 femmes sur 100.000 ont été diagnostiquées avec un cancer du sein et 19 sur 100.000 ont tragiquement perdu la vie à cause de cette maladie. », signale l’Oms dans son document
Atteindre les objectifs de l’Initiative mondiale de lutte contre le cancer
En résumé, quelques pays ont démontré des capacités plus fortes et peuvent servir de modèles pour l’amélioration. Pour atteindre les objectifs de l’Initiative mondiale de lutte contre le cancer et améliorer la prise en charge du cancer du sein dans la Région africaine, des efforts globaux et coordonnés sont nécessaires dans certains aspects du système de soins de santé.
Pour améliorer la prise en charge du cancer du sein dans la région, le rapport invite les pays à élaborer et à financer de manière adéquate des plans nationaux complets de lutte contre le cancer. Le document souligne le besoin urgent d’organiser des programmes de dépistage accessible et de diagnostic précoce du cancer du sein dans les pays. Comme, il préconise le renforcement de leurs systèmes d’information sanitaire et leurs registres du cancer basés sur la population.
Djamila Kourta
