Face à l’explosion des promesses de «remèdes miracles» sur les réseaux sociaux, l’Organisation algérienne de protection et d’orientation du consommateur (APOCE) tire la sonnette d’alarme. Entre ateliers clandestins, prix exorbitants et risques sanitaires majeurs, l’organisation dénonce un système qui cible impitoyablement les malades les plus vulnérables.
La prolifération des compléments alimentaires en Algérie n’est plus seulement un sujet de consommation, c’est devenue une urgence de santé publique. L’APOCE vient de lancer une campagne nationale d’envergure pour démasquer les réseaux frauduleux qui exploitent les citoyens, en particulier ceux souffrant de pathologies lourdes ou incurables.
Les chiffres et les constatations issus des récents contrôles font froid dans le dos. En coordination avec les services de sécurité et les agents de répression des fraudes, l’organisation a révélé l’existence de véritables filières souterraines.
Des ateliers clandestins produisent désormais des gélules et des mélanges à base de substances d’origine totalement inconnue. Sans aucune autorisation de mise sur le marché (AMM) ni contrôle sanitaire, ces produits sont vendus directement au consommateur, contournant tous les circuits légaux de la santé.
Le mirage des réseaux sociaux : cancer et fertilité en ligne
Interrogé sur cette dérive, Mustapha Zebdi, président de l’APOCE, pointe du doigt un vecteur principal : le web. «Les réseaux sociaux sont aujourd’hui envahis par des allégations dangereuses et mensongères», s’insurge-t-il.
Les algorithmes servent de vitrine à des promesses infondées scientifiquement : traitements contre le cancer, remèdes miracles contre l’infertilité, solutions définitives pour la chute de cheveux ou l’obésité.
Pour les autorités de protection du consommateur, il s’agit d’une atteinte grave aux droits des citoyens. Ces pratiques ciblent spécifiquement des personnes en état de faiblesse psychologique ou physique (patients atteints de cancer, couples en mal d’enfant, personnes souffrant de vitiligo).
«Nous recevons quotidiennement des signalements faisant état d’allégations totalement insensées et infondées, diffusées uniquement dans le but de soutirer de l’argent», martèle le président de l’organisation.
Une exploitation financière cynique : le prix du faux espoir
Au-delà du risque médical, le préjudice financier est colossal pour les familles. L’APOCE dénonce un décalage choquant entre le coût de production et le prix de vente. Certains produits destinés à la fertilité sont ainsi proposés à 40 000 dinars pour une cure de trois mois, alors que leur valeur réelle n’excède guère quelques milliers de dinars.
Cette inflation artificielle est nourrie par le désespoir. Les intermédiaires peu scrupuleux savent que les patients, face à une impasse thérapeutique, sont prêts à s’accrocher à n’importe quelle promesse. «Les victimes sont des personnes prêtes à tout pour un faux espoir», rappelle Mustapha Zebdi.
L’existence d’un marché informel structuré
L’inquiétude de l’APOCE est renforcée par la professionnalisation de ces réseaux. Il ne s’agit plus seulement de fraudeurs isolés, mais d’un marché informel structuré où opèrent des opérateurs fictifs. Cette production clandestine échappe à toute traçabilité, rendant quasi impossible le rappel des produits en cas d’accident médical grave.
Pour contrer cette menace, l’organisation passe à l’offensive à travers, notamment, la création d’une commission spécialisée. De ce fait, une cellule d’experts est désormais chargée d’analyser les requêtes des citoyens et d’examiner les publicités suspectes sur le web.
Les citoyens sont invités à utiliser les canaux officiels de l’APOCE pour dénoncer toute publicité ou produit douteux.
Vers une réglementation stricte des compléments alimentaires
En conclusion, l’APOCE exhorte les ministères de la Santé et du Commerce à une implication «ferme et rigoureuse». Le vide juridique actuel ou le manque de contrôle rigoureux profite aux charlatans du bien-être.
«Nous attendons toujours une réglementation stricte encadrant les compléments alimentaires. Il s’agit d’une urgence absolue», conclut Mustapha Zebdi.
Pour l’heure, la vigilance reste la meilleure arme du patient : ne jamais interrompre un traitement médical pour un complément alimentaire et toujours consulter un professionnel de santé avant toute consommation.
Rania N.
